Gode d'instruction criminelle, art
Guerre qui tour à tour, dans les circonstances les plus diverses, avec les antécédents, les caractères, les intérêts les plus différents ont eu à prendre parti dans la question et tous Tont résolue dans le môme sens.
Mais cela n'est pas une preuve, direz-vous.
— En ôtes-vous bien sûr ? — C'est un acte de foi que vous nous demandez ! — Et quand cela serait, si cette foi est raisonnable ! Quel est donc l'homme, quel est le peuple qui dans les circonstances décisives de sa vie peut se dispenser d'avoir foi en quelquechose ou en quelqu'un ?
P.- S. — Le gouvernement vient de gracier Dreyfus. 11 avait relâché déjà le général Giletta sa condamnation à peine prononcée. On peut se demander si ce système est bien propre à imprimer dans les esprits ce respect des décisions de justice que M. Loubet voudrait faire prévaloir. Mais c est l'affaire du président et de ses ministres. Pour nous, qui n'avons jamais eu d'animosité personnelle contre le condamné, nous disons comme les bonnes gens qui voient un drôle échapper aux gendarmes : qu'il aille se faire prendre ailleurs ! La grâce supprime la peine mais non le jugement. Et c'est le jugement seul qui nous importe (1).
1. Dreyfus vient d'écrire à M. Clamageran, président de la Commission chargée d'examiner les projets d'amnistie au Sénat :
« Le jour même où la liberté me fut rendue par une mesure que je n'avais pas sollicitée, j'écrivis la déclaration suivante ;
i-fe§-.
JII
10 octobre 1899.
Dans une lettre récente à M. Méline, M. Jonnart proteste contre € la campagne de men-
« Le gouvernement de la République me rend la liberté.
« Elle n'est rien pour moi sans l'honneur. Dès aujourd'hui, je vais continuer à poursuivre la réparation de l'effroyable erreur judiciaire dont je suis encore victime... »
(Le Matin, 5 décembre.)
Nous ignorons si Dreyfus a signé ou non un recours en grâce. Mais ce que nous savons, c'est qu'il a renoncé à se pourvoir contre le jugement qu'il qualifie d'effroyable erreur judiciaire. Et « cela ne témoigne « pas précisément qu'il ait eu conscience de son inno- « cence » ainsi que l'a fait remarquer M. Liebknecht dans sa lettre du 4 octobre dernier au journal Die Fackel de Vienne que VAction française vient de reproduire in-extenso dans son numéro du 1«"^ décembre. Le célèbre socialiste allemand ajoute : « Que condamné pour « la seconde fois, Dreyfus ait accepté sa grâce, cela « n'est certainement pas à blâmer en soi-même. Ce « n'est pas héroïque, mais humain. Mais pourquoi « donc le retrait de la demande en revision ?
« La presse dreyfusienne répond tout sec : Parce « que sans cela la grâce ne pouvait pas intervenir.
« C'est vrai : mais qui empêchait Dreyfus d'attendre « le résultat de la demande en revision? Après ce qu'il « avait souffert, qu'était-ce que quinze jours de plus « ou de moins? Etant donnée la rapidité de laprocé-
songes, de faux et de diffamations qui a abouti à Tinqualifiable verdict du conseil de guerre de Rennes ». Et pour se retremper en face des iniquités de Theure présente, il remonte à deux siècles en arrière, interroge Pascal et trouve dans les Provinciales « le cri indigné de la raison humaine et de la conscience universelles (1) ». En lançant cet anathème, M. Jonnart ne saurait méconnaître qu'il est légitime cependant et qu'il peut être sage de soumettre à des arbitres les affaires épineuses, les litiges compliqués que nous n'avons ni le temps ni les
« dure française cela n'eut pas duré davantage, et là « prison en France lui était bien supportable. Si la « conscience de son innocence et Tardeur de la faire « paraître au grand jour avaient été chez Dreyfus aussi « fortes qu*on l'affirme, il n'aurait pas, à mon avis, « agi comme il a agi. En tout cas, le désir de sortir de « prison fut plus grand que le désir de prouver son « innocence; la meilleure et la plus prochaine chance « qu'il eut d'établir la vérité, il en a fait volontairement « abandon. Et décidément cela ne parle pas en faveur « de l'innocence du capitaine Dreyfus. »
4 . « Faut-il demander la convocation d'urgence de la Chambre des députés?
« Je n'hésite pas à répondre que non...
« Je ne me plains pas des loisirs qui me sont faits je les occupe à relire les Provinciales,
« J'en conclus que la Chambre peut prendre son temps pour apprécier et flétrir la campagne de mensonges, de faux et de diffamations qui a abouti à l'inqualifiable verdict du conseil de guerre de Rennes.
« Pascal a déjà poussé le cri indigné de la raison humaine et de la conscience universelle. Nous ne ferons pas mieux. > {Journal des Débats , 19 septembre.)
moyens de trancher en vertu de nos lumières individuelles et de notre autorité propre ; c'est la raison d'être des tribunaux dans les sociétés civilisées, et, pour qu'un peuple subsiste, il faut que « chacun, renonçant à se laire soi-même justice à préparer ou à dicter des sentenses, s'incline (1) » par un acte de foi, qui est un acte de bon sens, devant les décisions de ces arbitres, qu'on appelle des jugres.Tout cela M. Jonnart le sait,et,s'il l'ignorait, M. Waldeck-Rousseau se fût chargé de le lui apprendre le 26 juin dernier. Si donc en dépit de cette leçon et malgré les avis plus récents de M. deGalliffet (2), M. Jonnart refuse d'accepter € sans arrière-pensée » un arrêt pour lequel il ne trouve point de qualificatif, ce n'est évidemment pas qu'il s'insurge contre le principe même de l'autorité de la chose jugée, mais bien qu'il conteste au verdict de Rennes en particulier les qualités nécessaires pour s'imposer « au respect de tous ». Sans doute il fait campagne avec M. Gérault-
1. Déclaration du ministère Waldeck-Rousseau . {Journal officiel, 27 juin 1899, p. 1672.)