L'incident est clos
« Les juges militaires, entourés du respect de tous, se sont prononcés en toute indépendance ; nous nous sommes, sans arrière-pensée aucune, inclinés devant leur arrêt ; nous nous inclinerons de même devant l'acte qu'un sentiment de profonde pitié a dicté à M. le Président de la République. » (Général de Galliffet, Ordre général à V armée, du 20 septembre,) Ainsi, de l'aveu même du ministre qui l'a proposée, la grâce est un acte non de réparation, mais bien de pitié. Cela précise du même coup le caractère des circonstances atténuantes.
Richard depuis trop peu de temps pour avoir pu s'approprier déjà toutes les rictiesses du vocabulaire de la Petite République \ aussi laisset-il à son ami le soin de traiter le colonel Jouaustd' « incomparable brute (1) ». Mais sa pensée, pour s'exprimer en termes moins énergiques, n'en est pas moins nette; il estime que le conseil de guerre, par faiblesse d'esprit ou de caractère, a pris des mensonges, des faux et des diffamations pour l'expression de la vérité, qu'il s'est laissé abuser par des témoins indignes de confiance, par ceux-là même qu'un autre de ses alliés, M. Jaurès, appelle avec sa verve coutumière des € scélérats de sacristie et d'état-major (2) ».
Comment les juges de Rennes ont compris leurs devoirs, ce que pensaient de leur loyauté, de leur indépendance, de leur sérieux au cours du procès, le Temps et d'autres organes pour lesquels M. Jonnart a certainement plus d'affinités encore que pour la Petite République ^non^ l'avons vu déjà. Mais que valaient les témoins qui ont pris position de part et d'autre? Et si Pascal revenait, de quel côté trouverait-il des Escobars à flétrir ? Voilà ce qu'il importe de rechercher maintenant, puisque aussi bien l'intérêt supérieur du débat résidait précisément dans la question de savoir si, oui ou non, depuis nombre d'années, notre Etat-major était un ramassis de canailles et d'imbéciles.