Petite llépubiiquCj citée par la Liberté du 11 septombrc
2. Petite République citée par VEcho de Paris du 11 septembre.
De simples < galonnés > osaient résister à toute une armée de membres de l'Institut, de professeurs à TEcole des chartes, à TEcole normale, à l'Ecole polytechnique, au Collège de France : ne suffirait-il pas à ces maîtres de descendre dans Tarène pour faire éclater à tous les yeux l'infirmité intellectuelle et morale de leurs adversaires ? Et tout d'abord ils crurent bien avoir partie gagnée en effet. La déposition du général Mercier n'eut pas le succès qu'elle méritait : solide, ingénieuse, faite de déductions admirablement enchaînées mais qui demandaient à être suivies de près avec une attention soutenue et prolongée, elle ne répondait pas au goût naturel des Français pour les coups de théâtre et déçut l'attente du public maladroitement surexcitée par des amis trop zélés. Ce fut un triomphe au camp révisionniste. « Le misérable Mercier s'est effondré » s'écriait M.Jaurès. € Le coup de massue est resté en route, disait M. Sigismond Lacroix; c'est à peine si, en arrivant à Rennes, il a produit l'effet d'une simple chiquenaude. » Et M. Yves Guyot annonçait déjà aux lecteurs du Siècle « le suicide moral et intellectuel de Mercier, aussi complet que le suicide naturel de Henry (1) ». A la réflexion il fallut reconnaître que l'on s'était trop hâté peut-être de chanter victoire; et quand, à l'audience suivante, le général Mercier, confronté avec M. Casimir-Perier, fit voir que ce n'était pas du côté de l'armée qu'il fallait chercher les défaillances de mémoire ni les in-
4. Citations de la Petite République , du Radical et du Siècle, F. G., 14 août, ii, b et 0.
suffisances d'argumentation (1), on s'aperçut que le prétendu suicidé n'était pas si bien mort qu'il ne fût nécessaire de l'achever. M' Labori allait s'y employer quand il tomba, frappé par ce mystérieux inconnu que la police, — si habile pourtant à découvrir des attentats là où personne encore n'arrive à discerner l'ombre d'un complot, — trouva le moyen de laisser échapper. Et bien qu'aussitôt M. Glaretie eût caractérisé la situation de ce mot fort juste : € Voilà un coup de revolver qui vaut une plaidoirie (2) ! » M. Jaurès, oubliant l'adage :
Is fecit ciii prodest^ n'en écrivait pas moins :
1. Le général Mercier a établi dans sa déposition toute la gravité de la crise diplomatique amenée contre la France et rAllemagne par l'arrestation de Dreyfus. Il a raconté la nuit liistorique, sans employer les ménagements ni faire les € coupures » dont avait usé M. Casimir-Perier. Après avoir rappelé son entrevue avec M. Casimir-Perier, il ajoute :
« M. Casimir-Perier n'a pas été jusqu'au bout dans sa déposition. Il n'a pas dit que ce même jour, nous sommes restés, lui, Président de la République, M. Charles Dupuy, Président du Conseil, et moi Ministre de la Guerre, de 8 heures du soir à minuit et demi dans son cabinet, à TElysée, attendant le résultat des communications télégraphiques qui ' s'échangeaient entre l'empereur d'Allemagne et le comte de Munster.
Nous sommes restés pendant 4 heures et demie à attendre si la paix ou la guerre allait sortir de cet échange de communication. »
Dans la confrontation de M. le général Mercier avec M. Casimir-Perier celui-ci a dû reconnaître, plus ou moins explicitement, la véracité de celui-là sur la nuit historique. F. S., 14 août, i et ii. F. S. 19 août, iv, 3.