‹ "L'affaire"Chapitre 24 sur 42 · F. S., 23 août, II · texte numérisé non relu

F. S., 23 août, II

veront employés par d'autres. Quels reproches n'ont-ils pas adressés à l'Etat-Major pour avoir daté le bordereau d'abord de mai puis d'août. Et lui même, dausun rapport du l*"" septembre, alors qu'il est tout près encore des événements, qu'il a sous lamain tous les documents pour contrôler ses souvenirs, il assure avoirreçu le petit bleu à la fin d'avril, tandis qu'il le détient en réalité depuis le commencement de mars. Pour enlever la condamnation de Dreyfus, on aurait dissimulé au conseil de 1894 des renseignements de police favorables à l'accusé! Et l'entretien du capitaine Le Rond, qui est capital au point de vue de l'inuocence d'Esterhazy, Picquart s'abstient d'en rendre compte à ses chefs. Enfin celui qui n'aura pas assez d'indignation pour les télégrammes forgés sous le nom de Blanche ou de Speranza propose d'adresser à l'officier suspect une dépêche signée de la même initiale que le petit bleu^ rédigée dans le style convenu du petit bleu, et assignant au malheureux un rendez- vous d'autant plus perfide que les manœuvres touchent à leur terme, et qu'à ce moment l'amant de M''® Pays, pressé de rejoindre sa maîtresse, ne saurait manquer d'accourir en tout état de cause à Paris.

Ainsi pour « l'intelligence lucide », pour « la volonté probe » qui a pris la succession de Sandherr, tout est permis, tout est décisif contre Esterhazy. En revanche rien de ce qui pourrait confirmer la culpabilité de Dreyfus ne mérite, qu'on s'y arrête. En d895 il reçoit des Affaires étrangères une lettre qui devrait ne point passer inaperçue; c'est un agent avec qui Ton est en rapports depuis longtemps et qui écrit d'Italie :

Le major Z. est ami depuis quatre ans du excapitaine Dreyfus... 11 y a chez le C. C. G. (un officier supérieur italien) deux lettres de Dreyfus, écrites à l'adresse du major avec la date du 23 décembre 1892, et une lettre avec la date de mai 1893. Les deux lettres en question, le C. C. G. as (sic) chez lui dans son bureau.

Le nouveau chef du service des renseignements ne tient aucun compte de celte communication, et le dossier qu'il transmet à ses successeurs n'en garde pas trace. Pur racontar, ditil, émanant d'une femme qui ne méritait aucune créance! Mais, puisque le dossier secret, au dire des gens « éclairés », n'est qu'un amas de potins sans consistance, pourquoi celui-là et celui-là seul manque-t-il à la collection? Sans doute Tadministration de M. Delcassé, dans une note du 3 mai 1899, représente M™* X. comme une femme dont < les informations touchaient très souvent au fantastique ». Mais cette même note constate qu'on lui doit des « services rendus avec intelligence, quand on lui précisait les commissions à faire ou les renseignements à prendre », qu' « elle a été, qu'elle pouvait être un instrument utile sous la seule réserve de l'avoir en mains (i) ». M. Delaroche-Vernet avait donc quelque raison d'insister sur « l'intérêt que pouvait présenter cette correspondante ». Et s'il est vrai qu' « elle demandât trop cher », que l'on trouvât trop onéreux de pousser la chose plus avant, il est étrange tout au moins qu'il ne reste dans les dossiers de la rue Saint-Domini-

4/F. S., 12 août, V, 6. — F. S., 8 septembre, m, 6.

que aucune mention de ces premières ouvertures, aucun extrait des renseignements sur les- 3uels le représentant du quai d'Orsay avait cru evoir s'appesantir « à plusieurs reprises (1) ». Tant d'acharnement dans un sens, tant d'indifférence dans Tautre, est-ce bien le fait d'une âme sans passion ni parti-pris?

Un moment le capitaine Freystaetter a disputé au colonel Picquart l'honneur d'incarner aux yeux des intellectuels « la conscience angoissée et résolue » de l'honnête homme, la loyauté du soldat qui dit leur fait « aux matamores d'antichamJbre » et ne veut être « ni dupe ni dupeur (2) ». A vrai dire, ce commensal de M. de Lanessan n'apportait rien qui fût propre à trancher la question débattue àRennes,

f>uisque sa déposition concernait uniquement a procédure suivie en 1894 et que, Tarrêt de 1894 une fois cassé, peu importait de savoir comment et pourquoi il avait été rendu. Mais le général Mercier avait déclaré que la dépêche Panizzardi n'avait pas été communiquée aux juges, et Freystaetter venait affirmer que cette communication avait bien été faite, qu'on lui avait bien soumis à lui et à ses collègues la version accusatrice pour Dreyfus, celle que la traduction officiellement adoptée depuis a mise au rancart (3). {Dreyfus arrêté; émissaire prévenu, au lieu de : démentez^ pour éviter commentaire de la Presse.) Voilà donc le général

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