‹ "L'affaire"Chapitre 26 sur 42 · Ihid, III, 3 et · texte numérisé non relu

Ihid, III, 3 et

3. On sait que M. Forzinetti est entré au service d'un autre ami de Dreyfus, le prince de Monaco,

C'est grand dommage, d'ailleurs, que Ton ne puisse accepter ses déclarations que sous bénéfice d'inventaire ; car c'est lui qui prête à M^ Démange, au sujet de Dreyfus, ce propos vraiment digne de mémoire s'il était exact : « Voici trente-trois ans que je plaide, et c'est le deuxième innocent que je suis appelé à défendre. » (Enquête de la Cour de cassation, i, 320.) Quel est donc l'autre ? Et parmi tous ceux de nos contemporains que M** Démange a disputés au bagne ou à l'échafaud depuis trente ans, qui choisit-il pour le mettre sur le même

de rhomme qui fréquentait « le grand monde et les grands bars »?

Un autre personnage autrement important est intervenu à Rennes, non seulement par ses instructions aux témoins, au ministère public et aux juges (1), mais par la déposition qu'il

rang que Dreyfus? Est-ce Arton? ou Pranzini ? Voilà le problème qui se poserait et qui mériterait à coup sûr d'exercer la perspicacité des historiens futui*s, si... Ton pouvait prendre au sérieux les récits de M. Forzinetti.

Puisque nous avons parlé, à propos de M.Forzinetti. du prince de Monaco, citons ici la lettre adressée par ce souverain à M™® Dreyfus, pour inviter Alfred Dreyfus à venir se reposer, après son acquittement, au château de Marchais :

« Madame,

« Vous avez défendu Thonneur de votre mari avec

< une vaillance admirable, et la justice triomphante « vous apporte une séparation due.

« Pour aider les honnêtes gens à vous faire oublier « tant de douleurs et tant de souffrances, j'invite votre « mari à venir chez moi, au château de Marchais, dès

< que l'œuvre sainte de la justice sera accomplie.

« La présence d'un martyr, vers qui la conscience « de l'humanité tournait son angoisse, honorera ma « maison.

« Parmi les sympathies qui vont à vous, madame, « il n'y en a pas de plus sincère ni de plus respec- € tueuse que la mienne.

« Albert, « Prince de Monaco.

« 5 juillet 1899. »

1. Le Temps, 6 août. — F. S., 5 septembre, v, 6. — F. S., 7 septembre, i, 4.

avait faite à la Cour de cassation et que Ton a rappelée au conseil de guerre. C'est le général de Galliffet. A l'œuvre de son ami Picquart il avait tenu, lui aussi, à venir apporter sa pierre; et naturellement, comme tout ouvrier qui se respecte dans l'équipe de M. Trarieux, il avait été la chercher à Tétranger. A l'en croire, le général Talbot lui aurait dit en mai 1898, en revenant d'Egypte :

Je suis étonné de voir Esterhazy en liberté. Nous tous, attachés militaires, nous savions qu'avec un ou deux billets de 1.000 francs le commandant nous procurerait les renseignements que nous ne pouvions avoir directement au ministère.

Et comme on lui demandait s'il avait transmis ce renseignement au ministère de la Guerre, il répondait que non, ajoutant avec une désinvolture de talon rouge, que « les relations d'Esterhazy avec les attachés militaires étaient connues de tous (ce qui n'indiquerait pas qu'elles fussent bien dangereuses), qu'il n'était plus, quant à lui, en activité de service, et n'avait aucune relation avec le ministre (1) ». Comme s'il se fût agi d'une question personnelle, et non de l'intérêt permanent et général de l'armée 1 Tout était donc bizarre dans cette histoire, d'autant que, si l'on prétendait à Paris qu'Esterhazy était à vendre pour un mor-

4. Enquête de la Cour de cassation (Stock), t, 217, et F. 0., 6 septembre, v, 5,

ceau de pain, à Rome on racontait à notre ambassadeur qu'on l'avait acheté aussi, mais qu'il coûtait 200. 000 francs (1). Et maintenant, voici que l'officier anglais dont M. de Galliffet s'est fait le porte-parole a tenu à s'expliquer lui-même; et il est loin de s'accorder avec son truchement.

Je n'ai jamais obtenu, écrit-il, ni cherché à obtenir aucune information d'un officier français contre paiement d'une somme... Mes observations tendaient seulement à établir ce fait que le caractère du commandant Esterhazy était connu des attachés militaires : mais c'est un fait postérieur à mon départ de Paris: car Je ne me rappelle pas avoir entendu son nom quand J'étais attaché militaire (2).

Point d'équivoque : quand on a échafaudé tout une argumentation sur la diflférence existant entre : si fai et si f avais livré des documentSj on serait mal venu à prétendre qu'en disant : nous savions que.,, le général Talbot aurait voulu parler d'une chose qu'il n'aurait as connue par lui-même, qu'il aurait apprise e seconde main et après coup, une fois éloigné du théâtre du fait. Il a été témoin des errements d'Esterhazy, et s'il n'en a pas profité personnellement, du moins il en entendait parler couramment pendant son séjour à Paris : voilà bien, n'est-ce pas, le sens des propos que son ami lui attribue? Or, Talbot affirme avoir quitté

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