‹ "L'affaire"Chapitre 31 sur 42 · F. 0., 27 août, I · texte numérisé non relu

F. 0., 27 août, I

2. Mittelstaedt, Die Affaire Dreyfus, p. 105. (Berlin, Gutentag, 1899.)

En quoi le colonel de Schwartzkoppen ne faisait que se conformer du reste h Texemple de ses plus illustres devanciers. Il y a plus de quarante ans, ce n'était rien moins qu'un prince Hohenlohe qui jouait le même rôle à Vienne, et qui en était récompensé en se voyant nommé bientôt après aide de camp de son souverain.

Lisez dans ses Mémoires le récil de sa mission en Autriche en 1854-1855. Vous y verrez les rapports très intéressants et très suivis que cet attaché militaire de Prusse avait noués avec un personnage interlope, espion de haute envergure qu^l désigne simplement sous le pseudonyme de Jérémie, — estimant, bien que cet agent soit mort depuis longtemps, qu'il ne faut jamais trahir ceux qui trahissent à votre profit. — Vous retiendrez cette phrase qui résume toute la tradition allemande sur la matière , « Assurément, un homme comme il faut répugne à se trouver en relations avec de pareils individus. Mais il n'y a pas moyen de faire autrement dans la vie diplomatique. Et celui qui ne s'y résigne pas est le dindon de la farce, comme les généraux qui ne veulent pas payer d'espions (1). »

En rattachant notre service des renseignements au ministère de la Guerre, nous ne faisions donc rien d'anormal ni de scandaleux.

Quant à la façon dont ce service fonctionnait, libre à M. Develle de prétendre que c'était « l'un des plus mal organisés de l'administration fran-

1. Prinz Kraft zu Hohenlohe-Ingelfîngen. Aufzeichnungen aus meinem Leben, I, 287. (Berlin, Mittler,1897.)

çaise (1) ». Le colonel Cordier, mieux placé

Î eut-être pour s'en rendre compte, et que les reyfusistes, encore un coup, ne sauraient suspecter, en a conservé un souvenir tout différent :

Vous connaissez cette entreprise, dit-il. A côté

1. M. Develle donne un bel exemple de la façon dont les amis patentés de la lumière formulent les accusations les plus graves et se dérobent ensuite quand il s'agit de les justifier par des faits précis. Il dit devant la Cour de cassation:

« Tous les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur, tous les préfets de police sont unanimes à dire que le service des renseignements du ministère de la Guerre est Fun des plus mal organisés de l'administration française. J'en ai eu plusieurs exemples... Les correspondances recueillies ou envoyées par eux sont souvent insignifiantes et ne paraissent pas toujours sincères, »

Un conseiller lui demande :

< Pourriez-vous citer quelques cas dans lesquels vous auriez été à même de constater que ces correspondances n'étaient pas sincères ? »

Et il répond:

€ Il m'est difficile de préciser. Mais il m'est arrivé fréquemment qu'en lisant des rapports des agents secrets nous avons eu Vimpression au ministère des Affaires étrangères que ces appréciations étaient erronées et exagérées. » (Enquête de la Cour de cassation (Stock), I, 334.)

Ainsi il commence par parler de correspondances peu sincères, autrement dit de mensonges. Et finalement, il ne s'agissait que d'erreurs ou d'exagérations. On l'invite à citer des faits, et il n'apporte que des impressions.

d*un agent étranger se place un agent à nous. Après cela, on en recrute un autre, puis deux, puis trois et, en définitive, il arrive à un moment donné, que nous avons une organisation immense. C'est absolument comme sile service français avait entrepris le recrutement du service de Tautre côté.

C'est nous qui les recrutions. Ceci nous procurait deux profits : d'abord de pouvoir gaver l'étranger de faux renseignements; ensuite nos faux agents remplissaient chez lui la place de bons agents et, en outre, par suite du frottement, nos faux agents nous aidaient à découvrir les véritables agents à l'étranger. C'est comme ça qu'il y en a eu tant qui ont été pris en France et qui ont été condamnés.

Il y a une chose qu'on oublie trop depuis que l'affaire Dreyfus a occupé exclusivement l'attention publique^ c'est qu'après la guerre de 1870, le grand reproche qu'on faisait à l'état-major français, c'était de ne pas avoir su organiser notre service d'espionnage...

Or, si la guerre avait éclaté il y a quelques années avec l'organisation que nous avions, c'est nous qui étions les maîtres absolus de ce service... Nous étions sûrs de notre affaire (1).

MM. Schrammeck et Grumbach feront-ils mieux ? On peut en douter, et Ton comprend que le colonel Gendron eut des « sanglots dans la gorge » en constatant qu* < il ne reste plus rien de l'édifice construit par Sandher : ni argent, ni procédé, ni méthode », plus rien de « Tinstrument de défense merveilleux fabriqué par ce grand patriote (2) ! »

i. F. S., 29 août, n, 1.

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