F. 0., 23 août, in, 4. — F. S., 22 août, v
Faut-il s'étonner dès lors que la presse allemande se soit mobilisée tout entière à la voix de Zola, tandis qu'Egidy n'a pu la galvaniser en faveur de Zielhen(l). Qu'elle ait pris fait et cause avec une impétuosité si tenace pour un prétendu martyr de Tarmée française, elle qui avait assisté sans broncher au massacre des 400.000 Arméniens, qui avait vu sans indignation ni remords un monarque, dont l'idéal semble osciller entre Lohengrin et Frédéric II, quitter son empire au lendemain de ces boucheries, traverser l'Europe et venir solennellement mettre sa main et celle de sa femme dans la main du « Grand Saigneur » de Constantinople?...
S'il ne s'agissait encore que du bureau des renseignements ! Mais c'est l'armée elle-même que du haut en bas l'on a bouleversée I Et si M. Reinach n'a pas dit peut-être qu'il voulait tout chambarder, il est bien certain en tout cas qu'il l'a fait. Croyez-vous, en effet, qu'une armée puisse impunément changer trois fois de chef d'état-major et sept fois de ministre en deux ans ? Sommes-nous si riches en hommes que nous ne perdions rien en nous privant brusquement, coup sur coup, de deux chefs comme Zurlinden et Négrier? Avons-nous une organisation si stable, des méthodes si suivies, que ces généraux, ces colonels, ces officiers de tout grade, chassés ou déplacés à la douzaine, n'emportent pas avec eux le secret de notre force ? Ne savez-vous pas enfin qu'une armée
1. Voy. Egidy et Moch, VEre sans violence, p. 184. Editions de la Revue blanche,)
ne peut rien dont les soldats n'ont pas confiance en leurs chefs î Et pensez-vous que les sermons de M. Pressensé, les philippiques de M. Clemenceau, la casuistiqpie de M. Anatole France, l'anarchisme de M. Sébastien Faure soient bien propres à développer ce sentiment parmi nos troupes?
Certes, nous ne sommes pas belliqueux, nous ne songeons nullement à jouer les Don Quichotte ; mais nous trouvons que nous faisons piètre figure dans le monde depuis quelque temps ; nous pensons que l'Affaire y est pour beaucoup, et nous ne sommes pas seuls à le croire. L'observateur étranger que nous citions tout à l'heure ne dit-ilpas, lui aussi : 4:La France n'a plus la même aptitude à se procurer des alliances. Sa force offensive et défensive dans le domaine de la politique internationale a subi, pour un certain temps tout au moins, la plus sensible diminution. Il est douteux, par exemple, que l'Angleterre l'eût traitée avec une désinvolture aussi outrageante dans les questions de Fachoda, de Mascate et de Madagascar, si elle n'avait eu la conviction que toute la politique française se trouvait paralysée par l' Affaire(l). »
Sans méditer aucune agression, sans autre souci que de ne point déchoir, un peuple, comme le nôtre, a besoin de pouvoir imposer par la force le respect de ses droits. Et voilà pourquoi, nous pékins, nous bourgeois, ouvriers, paysans,
ffens tranquilles qui ne portons pas de képi sur 'oreille, mais qui tenons à notre patrie, nous