‹ "L'affaire"Chapitre 35 sur 42 · Voy. appendice B · texte numérisé non relu

Voy. appendice B

blade, Margon, le colonel du 51® à Beauvais, qui sont touchés à leur tour.

Qu'on n'invoque pas, pour justifier ces vexations, les gaffes de celui-ci ou les incartades de celui-là ; car il en est à qui Ton ne peut rien opposer, rien en dehors de viles calomnies ou de reproches dérisoires. Mais quand bien même tel ou tel, dans un moment d indignation bien naturelle, serait sorti des gonds, à qui la faute, sinon au gouvernement qui réclame le silence dans les rangs et ne l'impose pas aux aboyeurs de place publique? Et d'autre part, si certaines maladresses ont été commises, qui donc en est responsable encore, si ce n'est les hommes appelés à prendre en mains la cause de la € Grande Muette » et qui sont restés les spectateurs inertes ou malveillants de ses luttes, quand ils n'allaient pas fournir des munitions à ses ennemis? — Supposez un Reinach allemand montant là-bas l'affaire Kotze ou l'affaire Tausch, comme le nôtre a monté ici l'affaire Dreyfus ; supposez qu'il ne trouve, pour suivre ses exercices, au lieu d'un Guillaume II, qu'un Félix Faure ou qu'un Loubet : croyez-vous que l'Allemagne n'aurait pas eu, elle aussi, son défilé de « fausses barbes » et de « dames voilées »?

Mais Tarmée et la magistrature ne suffisent pas à la rançon que les vaincus exigent comme dédommagement de leur défaite. C'est à la liberté d'enseignement, à la liberté d'association qu'ilsvonts'en prendre du jugement de Rennes; et puisque Dreyfus n'est pas acquitté, ils fermeront les couvents et les collèges catholiques. M. Jonnart l'annonce dans une nouvelle lettre à M. Cornély. Et cela lui cause quelque cha-

grin,mais ne le surprend ni ne Tindigne autrement (1).

1. 4c Demain, dit-il, c'est la liberté de renseignement qui aura à subir les plus rudes assauts... C'est Todieuse doctrine à laquelle les Provinciales ont infligé une impérissable flétrissure qui vient de triompher à Rennes. Cette doctrine s'enseigne quelque part. Les députés républicains, soyez-en sûr, tiendront à honneur de la flétrir après Pascal, et, dans le tumulte des pas* sions et des haines, qui peut répondre que la liberté de l'enseignement n'aura pas à souffrir d'irrémédiables atteintes ? Les uns ont tourné le dos à la justice ; les autres tourneront le dos à la liberté.

« Et je constate, avec un étonnement douloureux, que des hommes comme Denys Gochin, et tant d'autres catholiques comme lui, que j'aime et respecte profondément, n'ont pas eu, au plus fort de la crise, — non pas un cri d'indignation, on ne leur en demandait pas tant, — mais un cri de pitié.

« Les congrégations dispersées en 1880 se sont reconstituées presque partout, celle des Jésuites notamment. Hier, une proposition ayant pour objet de remettre les fameux décrets en vigueur, et cette fois de les appliquer sérieusement, n'aurait ému personne et aurait piteusement échoué. Demain, vous pensez bien qu'elle aura quelques chances du succès. Quelle force, en effet, les derniers événements et la propagande de la Libre Parole et des moines ligueurs de la Croix ne donnent-ils pas à l'argumentation de ceux qui estiment que la République, comme la monarchie, ne peut supporter chez elle certaines congrégations non autorisées, certaines associations considérables, puissantes et riches, inconnues de l'État, échappant complètement à son contrôle et conspirant sans cesse contre sa sécurité et l'ordre public; conspirateurs incorrigibles, battus au 16 mai, battus avec Boulanger, battus toujours et remontant toujours à l'assaut des

Que le Siècle fasse de Dreyfus une victime des Jésuites, nul ne s'en étonnera. — On prétend qu'en parlant du Siècle de son temps, M. Thiers disait déjà : < Ne faut-il pas qu'il y ait un journal bête (i)? » — Que la presse étrangère recueille pieusement les oracles du € Vieux petit Employé » et les colporte en les amplifiant, il fallait s'y attendre : la National Review n'a-t-elle pas raconté le plus sérieusement du monde, et à plusieurs reprises, que le général de Boisdeffre suppléait à Tinsuffisance de sa solde en vendant à l'Allemagne nos secrets militaires (2)? Et ne savons-nous pas

institutions républicaines, avec les même sophismes, les mêmes prétentions, les mêmes ambitions, avec les mêmes armes :1e mensonge et la diffamation I Vous avez proscrit l'Internationale des ouvriers, Tlnternationale rouge; pourquoi tolérez-vous l'Internationale noire? Les Jésuites se concertent pour la domination du monde; pourquoi les ouvriers ne se rapprocheraient-ils pas pour rechercher l'amélioration de leiu* sort?

€ Que répondront les modérés ? Vos amis leur ont fermé la bouche et lié les mains. »

{Journal des Débats^ 25 septembre.)

Page 1