Le Siècle, 11 septembre
3. Le 19 juin, M. Cornély écrivait dans le Matin : 4c Imaginons l'hypothèse de la condamnation de Dreyfus! Tout ce qui est républicain en France se soulève..., et c'est la lutte ouverte, acharnée, furibonde
s'écrie dans le Radical : « Ce sont les prétoriens qui affirment leur dédain... de la République. Soit? la République relèvera le gant? »
11 esta craindre, par conséquent, que les avis de M. Loubet restent sans eiîet et que « la bataille continue », comme M. Viviani l'annonce expressément dans la Lanterne,
Cette bataille dure depuis deux ans, deux ans de polémiques passionnées, d'intrigues complexes, de péripéties incohérentes qui ont fasciné et dérouté le public. Aujourd'hui le drame n'est peut-être pas terminé; mais l'acte décisif vient de se jouer. Le moment semble venu d'en récapituler les incidents et d'en tirer la moralité. C'est le but des pages qui vont suivre. Qu'on n'y cherche point de révélations sensationnelles. Il ne s'agit pas de découvrir ce (]i)e nous ignorons, mais simplement de constater, d'une façon précise et succincte, ce que nous savons. De cet amas d'événements, de racontars et de documents qui nous encombrent la mémoire, essayons de dégager les résultats acquis, les faits essentiels, ceux qu'il ne faut laisser ni oublier ni défigurer en vue de l'avenir et des assauts déjà promis aux défenseurs de la chose « deuxfois jugée » ; nous verrons ensuite quels enseignements il convient d'en tirer.
entre le monde gouvernemental et le monde militaire, (/est Finconnu, c'est le saut dans les ténèbres, c'est la révolution. »
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Et d'abord le conseil de Rennes avait-il le droit de condamner Dreyfus?
11 est étrange qu'on ait à répondre à une pareille question. Mais elle a été posée: ona soutenu que l'arrôt de cassation suffisait à lui seul pour réhabiliter le condamné et que la juridiction de renvoi n'avait qu'à entériner cette déclaration d'innocence.
Rappelons donc qu'aux termes de l'arrêt du 3 juin dernier, les faits retenus par la Cour. sont simplement « de nature à établir l'innocence (1) » et n'impliquent pas que l'innocence se trouve d'ores et déjà réellement éfablie.
Le rapport de M. Ballot-Beaupré ne laisse aucun doute à cet égard : < Aucune contradiction n'existe, dit-il, entre votre arrêt déclarant la demande recevable et la décision ultérieure d'un autre conseil de guerre maintenant la condamnation : la recevabilité est déclarée parce qu'en l'état, d'après les documents soumis à votre examen, d'après l'enquête, des faits nouveaux vous semblent de nature à établir l'innocence; la condamnation est maintenue parce qu'à la suite de nouveaux débats la culpabilité a été reconnue (2). »
Ainsi les juges de Rennes étaient libres d'acquitter ou de condamner suivant la conviction qui résulterait pour eux des nouveaux débats.