Lanterne, 10 septembre
GalliflFet (1)? Pourquoi s'incliaer devant les généraux disgraciés et non devant le gouverneur actuel de Paris? Pourquoi écouter Roget ou Zurlinden de préférence à Brugère, dont on n'a pas oublié la venue à Rennes et la visite au colonel Jouaust à la veille du procès?
S'ils avaient à se défendre, les juges de Rennes n'auraient d'ailleurs qu'à invoquer le témoignage des amis les plus sûrs du condamné. Reportez-vous Q.n Figaro; le 16 août, au lendemain de Fattentat contre M^Labori, vous y lirez :
« Tenez pour certain que malgré les coups de revolver et la mauvaise foi et la méchanceté, et toutes les passions basses coalisées, les juges, qu'il suffit de regarder pendant un quart d'heure pour croire « leur conscience, à leur honnêteté, à leur sincérité rendront bonne et saine justice, »
Le 17, le Temns trouve le rejet de la demande d'ajournement présentée par W Démange € raisonnable et justifiée », et il ajoute : «Tout le monde rend hommage à l'attitude impartiale ducolonelJouaust et des juges qui l'assistent. »
4. Le général de Galliffet,si Fon en croit M. de Pressensé, ne cachait pas son désir de voir Dreyfus acquitté et insistait à cet égard d'une façon singulière auprès des témoins. Rappelant la note du général Deloye à la Cour de cassation, M. de Pressensé dit en effet : « Cette mission ne le désignait peut-être pas précisément pour aller représenter à Rennes un ministre qui croyait à Tinnocence de Dreyfus. On crut faire merveille en lui intimant V ordre de protester contre une condamnation prononcée sur des hypothèses arbitraires. » {Auro7'ef 13 septembre.)
Le 25, M. Charles Laurent écrit dans le Matin : € Regardez les sept officiers qui sont assis dans la salle des fêtes du lycée de Rennes. L'esprit militaire, ils l'ont, certes... Mais, en raCrae temps, tout subalternes qu'ils soient, ils comprennent que la haute mission temporaire dont la loi les investit fait d'eux les égaux des plus grands et rend à leur âme de soldat toute sa liberté. La discipline leur commande toujours les marques extérieures de déférence; elle ne leur ordonne plus de s'incliner devant le jugement d'autrui. Us veulent savoir et compreridre par eux-mêmes. Ils cherchent ; ils respectent les droits de la défense ; ils écoutent les témoins, multiplient les questions, déchirent tous les voiles. Ce sont des capitaines., des chefs d'escadron, des colonels : les généraux et les ministres qui défilent à leur barre sont écoutés par eux en toute indépendance. Nulle crainte n'a prise sur ces juges que le soupçon injuriait ' avant l'audience et de qui l'arrêt à venir n'est désormais plus suspect pour personne, »
Le 2 septembre, le Fig^aro célèbre de nouveau le profond sérieux et la grande honnêteté des juges de Rennes. < On ne trouverait pas, dit M. Cornély, de tribunal civil capable de suivre une affaire pendant trois semaines, à raison de cinq heures et demie d'audience par jour, avec une attention aussi soutenue, aussi passionnée. >
Que veut-on de plus ?
Je sais bien que, depuis, la défense s'est mis en tête de citera la barre du conseil des attachés militaires d'Allemagne et d'Italie, qu'elle a paru surprise autant que scandalisée de voir le
conseil s'y refuser. Comment I on n'entendrait
{•as ceux au profit de qui Dreyfus aurait trahi, es « témoins nécessaires i^ selon M. Trarieux, comme si dans une affaire de détournement le témoignage indispensable et décisif n'était pas justement celui du receleur présumé I
Et quand le colonel Panizzardi, <sc sur son honneur de soldat et de gentilhomme » , proteste qu'il n'a jamais eu de relations avec Dreyfus, quand le gouvernement allemand répond aux cris de détresse de M* Labori (1) en déclarant, lui aussi, qu'il n'a jamais entretenu aucune espèce de rapports avec l'accusé, l'accusation n'est pas abandonnée ! En vérité, ne sait-on plus que «si les rois peuvent se tromper, ils ne doivent, ils ne peuvent jamais mentir » î Oublie-t-on qu' « il y a des règles d'honneur pour les peuples comme pour les individus»
et que lorsqu'ungouvernementditd'un homme:
« Il n'a pas trahi pour moi — on doit le croire, on ne peut pas ne pas le croire (2) »?
Evidemment pour ceux qui ne voient que des parjures parmi nos officiers, il est doux de penser que, dans les rangs ennemis, on échappe à ces bassesses, que là du moins le culte de la franchise se conserve intact pour l'honneur de l'humanité et le réconfort des cœurs généreux. Mais hélas ! au risque de contrister l'âme en deuil de M.Trarieux, il fautbien reconnaître que ces belles théories ont un tort : c'est d'être en contradiction avec les faits ; et dans la réalité
1. F. G., 6 septembre, III, 4/ — F. 0., septembre, 2' J. Gornély, Figaro^ 9 septembre.
les démentis officiels, pour employer l'euphémisme de M. Gavaigaac, « laissent très facilement passer la vérité à travers leurs maille6(i)». Faut-il rappeler la mésaventure du colonel Schneider î Le général Mercier et le général Roget (2) avaient invoqué à Tappui de leur démonstration quelques lignes de cet attaché autrichien, que notreservice de renseignements avait réussi à se procurer, et qu'il convient de citer :
Paris, 30 novembre 1897.
On avait déjà émis bien des fois pareille supposition que le traître est autre que Dreyfus, et je ne serais pas revenu là-dessus si depuis un an je n'avais appris par des tierces personnes que les attachés militaires allemand et italien auraient soutenu la même thèse dans les salons à droite et à gauche. Je m'en tiens toujours et encore aux informations publiées dans le temps au sujet de l'affaire Dreyfus, Je continue à les considérer comme justes et à estimer que Dreyfus a été en relation avec les bureaux confidentiels allemands de Strasbourg et de Bruxelles C[ue le grand état-major allemand cache avec un som jaloux, même à ses nationaux, j
Le 18 août, le Figaro recevait d'Ems et publiait en gros caractères la dépêche suivante :
« Lettre du 30 novembre 1897 attribuée à moi est un faux.
« Colonel Schneider. »