II. — Dans le Quang Binh et le Quangtri
C'est dans la région de Camlo et des six
<^haus laotiens du Keusong (neuf cantons) que
ï action siamoise fut le plus énergique et que la
résistance amnamite prit son caractère le plus
^^9u. La cause s'en trouve facilement. Tandis
9^G, au nord et au sud, leTranninhet les régions
^^ Bla étaient des vassaux de l'Empire avec
^'^e hiérarchie spéciale, le pays de Camlo avait
^^jours été relié à TAnnam par le lien très
^^l'oit d'une administration directe et par la ges-
^^Ou des mandarins royaux. L'intrusion de l'é-
tranger dans de tels territoires était à la fois plus dure pour les habitants, et plus pénible à supporter pour le gouvernement indigène. De plus, le Tranninh, les régions de Cam Mon et de Camcot se trouvaient aux frontières de l'empire, fort éloignés de sa vie commerciale et politique. Au contraire, le phu de Camlo venait toucher, par sa partie orientale, aux collines de partage des eaux et aux juridictions administratives de Tourane et de Hué. Son territoire entrait au cœur même de Tempire ; il intéressait les transactions, les routes militaires, les communications particulières. Si elles eussent été tant soit peu plus élevées, on eût pu voir, des montagnes extrêmes de Camlo, la capitale du royaume d*Annam. Les prétentions siamoises revêtaient donc là la valeur d'une menace perpétuelle à l'existence de l'empire et de la dynastie. On comprendra facilement que, de part et d'autre, le début ait été violent et passionné, que les tentatives des uns aient été poussées avec brusquerie, et repoussées avec acrimonie par les autres, et que la modération des fonctionnaires français, bien difficile en ces circonstances, ne soit pas arrivée toujours à éviter les conflits, et ait abouti à fjrand'peine à empêcher, jusqu'à l'heure décisive, l'emploi de la force et les effusions de sang.
On remarquera que, dans le dénuement absolu de moyens de résistance où nous laissaient la volonté du Gouverneur général et aussi les trop discrètes et succinctes conventions de M. Pavie, les agents français opposèrent heureusement aux troupes siamoises une suite de reconnaissances topographiques officielles, faites par des fonctionnaires français, escortés mais non armés. Leur présence dans les territoires contestés était mieux et plus qu'une protestation platonique; car leur caractère officiel indiquait une prise de possession morale, et leur permettait de réunir et de recevoir, sinon de provoquer, les plaintes et les regrets des habitants. Les troupes siamoises et leurs chefs n'osaient mal recevoir les ittembres de ces reconnaissances, ni contrarier 'eurs allées et venues, tandis que, au contraire, les autorités françaises et annamites ne supportèrent jamais le passage, sous quelque couleur que ce fût, d'une commission siamoise en deçà de la ligne conventionnelle du 27 mars
A ce moment les Siamois occupaient une ligne jalonnée par les postes deMuongchanh, Tabang et Langtrinh. Cette ligne correspondait à l'occupa- ^'^ïv du haut Sebanghien et de son affluent de gau- ^^e, qui ouvre la roule d'Annam sur le Camlo dans
le massif du Nui Yen Coc (i); elle laissait libre la roule commerciale de la Tchepôn par Ailao, où des autorités annamites administraient les centres populeux, mais où des postes militaires n'avaient , pas été constitués par le Protectorat Cette rouler qui est aussi la route naturelle des invasions, de — \ait être Tobjet de la convoitise des parties, cl allait en effet être chaudement disputée. Des 1^ 18 mars 1889 — dix jours avant la convention Pa-« vie — le ministère de la guerre à Hué se plaignai J que les indigènes du phu de Camlo fussent terre ^^ risés par les proclamations guerrières des Sia — mois, et le Résident supérieur d'alors, M. Rhei — nart, prescrivait de ne fournir ni convois, ni cor — ■ vées aux Siamois, mais de ne point les repousser*** par la force (2).
Lft. 8 avril, sur Tordre du Khaluong Phrayot, que la cour de Bangkok avait secrètement nommé « commissaire des frontières », les Siamois violèrent la convention du 27 mars ; leur observance et la religion de leur parole n'avaient pu leur durer quinze jours, et ils établissaient un poste armé à Nabôn, au confluent du Sebanghien et de la
(1) Ces postes portent sur la carte Pavie les noms de Cadap, Yantabang et Cap mathang,
(2) Lettre de M. Uheinart au ministre de la guerre à Hué :
20 mars 1889, no93.
To^lepôn. Les habitants s^enfuyaîent, et le gouverneur annamite de Quangtri en référait à Hué.
Xe conseil secret demandait immédiatement, pour tous les cas généraux, des instructions précises, et pour ce cas spécial^ une intervention arnrà^e.
< Qu'un mandarin du pays soit désigné pour « aller à Nabôn, et, avec lui,' un détachement de « 4o à 50 soldats armés, pour régler les affaires ^ du chau selon que les circonstances l'exigent. ^ Le Tuanphu de Quangtri demande les instruc- ^ tiens qui lui sont nécessaires. Quant à nous, ^^ ayant reçu vos ordres (du 20 mars 1889), nous ^ sommes embarrassés pour prendre une déci- ^ sion ».
(Lettre du conseil secret au chef de cabinet de ^a résidence générale : 8 avril 1889; n® 71).
M. Robineau, vice-résident de Dong hoï (cheflieu de la province de Quangbinh), fut chargé d'une enquête, pour préciser l'état des choses et reconnaître dans quelles mesures on pourrait donner satisfaction aux demandes du conseil secret. Ce fonctionnaire se rendit dans la région de Quangtri, où il interrogea le chef du phu de Camio et d'autres notables. 11 ressortit de ces interroga-
(1) Rapport du vice-réfiidcnt de Donghoï (l'^juin 1889, n» 185).
tions que les Siamois étaient descendus sur le coursdelaTchepônjusqu'unpeu enaval d'Ailao,et que, comme aucun poste armé ne s'y opposait^ ils s'infiltraient lentement dans toute la région, et forçaient les habitants à reporter vers le Mékhong leurs routes et leurs débouchés commerciaux.
M. Robineau semblait accuser de négligence le commandant mihtaire français du Quangtri, qui avait reçu à ce sujet de nombreuses doléances et ne les avait pas transmises (1). M. le chef de bataillon Contesse, qui était un nouvel arrivant, saisissait mal l'importance des moindres détails dans une aussi délicate question; et il est à regretter que l'autorité mihtaire supérieure, dans le choix d'un chef commis à de si difficiles fonctioixs, ne se soit, comme d'habitude, laissé guider que par le tour de service et l'ordre de l'ancienneté ; d'ailleurs M. Contesse était déjà aux prises avec la maladie qui devait l'emporter peu de temps après. Sur la demande de M. Robineau^ une commission militaire fut instituée, qui parcourut le pays pendant trois semaines, sous la direction de MM. le capitaine Simon et le lieutenant Marx,deschasseurs annamites, et cette démonstration platonique, sans parvenir à faire perdre aux Siamois leurs avantages, les détermina du moins à n'en pas chercher d'autres jusque en fin de 1889.
Au mois de mars 1890, sur Tordre du Khaluong
de Cam Mon Phrayot qui dirigeait toute Taction
Siamoise sur les frontières, les chefs militaires du
district Siamois de Nam Nao (rive droite du Mé-
khong) firent passer des détachements sur la rive
gauche, et vinrent occuper d'une façon complète
la vallée de la Tchepôn. Le conseil secret à Hué
fut averti de la création du poste avancé de Ho-
xang (50 soldats et 20 chevaux) ; il s'en plaignit
amèrement, et dans la plainte officielle qu'il en
fît, il mettait en doute, sinon la bonne volonté, du
moins l'habileté et le succès de M. Pavie, notre
commissaire aux frontières, dont on n'avait alors
aucune nouvelle, diplomatiques ou autres (i).
Une reconnaissance fut envoyée sur les lieux par ordre du Résident supérieur ; elle était commandée par un homme de haute valeur, l'inspecteur de i'® classe Grosgurin, dont le nom paraît pour la première fois, et dont la mémoire est attachée au retour, glorieux, mais sanglant, de notre pavillon sur le moyen Mékhong. M. Grosgurin se rendit de Camlo à Ailao, et de Ailao à Hoxang, dont les soldats siamois se retirèrent devant lui.
(1) Lettre du conseil secret au résident supérieur en Annam. 6 avril 1890, no 60.
Il constata que roccupation siamoise comprenait, outre les trois postes de Mùong chanh, Tabana et Langtrinh, antérieurs à la convention de 1889, les trois postes nouveaux de Hoxang (sur la Tchc pôn, à 3 heures en aval d'Ailao), de Nabon (au^a confluent de la Tchepôn), et de Thuongkhe (à jours S. 0. de Ailao). Il récueillit les plaintes dcî habitants, et en môme temps Tassurance que, mal gré leur bonne volonté, ils ne pourraient résistai par leurs seules forces aux ordres et aux exigeaces des Siamois. M. Grosgurin, poussé par soi caractère énergique et droit, adressa aux cheh militaires siamois de Nam Nao une lettre qui es un véritable ultimatum local, et dont ii est bon d présenter ici les termes, eu égard au résultat qur en fut obtenu.
< Je vous somme, au nom du Gouvernement € français et annamite, de retirer, dans le plus « bref délai, vos soldats des postes de Hoxang, ^^ Nabôn et Thuongkhe, et de vous borner simple- « ment à l'occupation des points où vous étiez « établi antérieurement à la convention faite avec « votre commissaire Phrayot. Vous ne devez oc- « cuper ces postes que jusqu'au règlement des « questions de frontières, qui aura pour résultat « de faire restituer à leur légitime propriétaire, « le roi d'Annam, les territoires que vous déte<«
« TiGz. Si vous maintenez vos soldats dans les « postes que je vous indique comme devant être « évacués, vous considérerez la responsabilité que « vous assumerez et les graves conséquences que « pourraient entraîner la violation des engage- « ments pris et la non-exéculion des ordres re • « Çus. »
(Lettre de M. Grosgurin au Commandant de Nann Nao, 28 juillet 1890, et rapport au résident de Donghoï, 7 août 1890).
La réponse à cette sévère sommation ne se fit pas attendre; elle fut aussi respectueuse et obséquieuse que Tordre avait été impératif. Le com- ^îindant siamois s'engageait, « puisqu'on le dé- ^^^ait », à n'occuper que les trois postes anténeurs à la convention de 1889, et demandait que 1 autorité française témoignât, à l'occasion, à Bangliok, de cette bonne volonté (i).Huit jours après, fes postes incriminés étaient levés, le pays délivré, et jusqu'en 1892, les Siamois ne se hasardèrent plus dans une région d'où ils avaient été si brusquement éconduits.
La conduite de M. Grosgurin, au point de vue de l'action militaire, est corrélative de la conduite
(1) Déclaration écrite du Luong-phi-that, commandant de Omoa Lac (Nam Nao), à l'inspecteur Grosgurin, !•' août 1890.
de M. Luce, au point de vue de Taction politique : elles sont toutes deux des exemples à retenir ei à suivre., quand des circonstances analogues se présenteront, et Ton peut être assuré de leur succès immédiat lorsqu'elles seront tenues avec cons tance, et lorsque, s'inspirant des événements elles s'adresseront à des Extrême-Orientaux coik vaincus de leurs torts et craintifs de leurs respon sabilités.
L'inertie dont fit preuve le gouvernement d M. de Lanessan dans la question des frontière permit aux Siamois de se réinstaller peu à pc dans les positions dont l'intervention de M. Gro gurin les avait chassés d'une façon si éclatant M. le Résident supérieur Brière, inquiet pour Im intérêts français, prit sur lui de prier M. Davi-le très éclairé vice-résident gérant la résidence c Donghoï, de faire dans la région de Gamio um. reconnaissance officielle, tout en évitant un co« flit matériel avec les Siamois.
La mission que remplit M. David eut un certaretentissement, mais elle présenta surtout Tint mense avantage de faire connaître au Protector^ la valeur et l'importance de ses adversaires, est en effet à remarquer que, jusqu'alors, noU n'avions pas même songé à faire l'estimation af
proximative des obstacles que présentait à notre ^iroit Toccupation eflFective siamoise. Le caractère français est tel qu'il juge mal l'exacte difficulté d'une entreprise. Le raisonnement fait trop sou- Vent, grâce à notre tempérgment, place au sentiraient. L'entreprise plaît-elIe ? Contre elle, nul obs- ^a.cle ne vaut, et l'on s'y jette avec un enthousiasme qu'elle ne justifie pas souvent, et une audace que lé succès ne justifie pas toujours. L'entreprise n'a-t-elle pas la faveur publique ou admixiistrative ? On regarde, l'on pèse, Ton examine, le Français qui a pesé et examiné a une tenince à trouver plus lourd et plus grand que la ï'éalité. Dans les circonstances présentes, l'importajice des Siamois allait à nos yeux grandissant et ^'augmentant tous les jours de leurs audaces et d.enos hésitations. Nous ne pouvions plus admettre que le rival était négligeable, vis-à-vis duquel ^us avions pris et prenions encore tant de mena- 9«ments. M. David remit les choses au point, et donna son opinion motivée avec la plus entière I franchise ;.et la conclusion prophétique de son re- 'ïïarquable rapport était que la seule solution à préconiser dans l'espèce était le retrait forcé des postes Siamois jusqu'au Mékhong, et que ce re- ^ï'ait ne coûterait ni argent ni hommes, et ne ferait pas verser une goutte de sang.
« Je ne puis vraiment ro'expliquer, disai « comment nous avons pu ainsi laisser le cha « libre aux Siamois, et leur abandonner le \ « sant du Mékhong. Nous avons sacrifié des se « mes énormes pour la possession des hautes j « vinces du Tonkin, et le plus léger effort n'a « été fait pour conserver une région immei « qui représente le tiers de l'empire, et don « population nous est entièrement dévouée. N « nous sommes laissé fermer la route duMékhc « qui ne nous coûtait rien à conquérir, que n 4C n'avions qu'à garder. Je ne pense pas qu'il pu « entrer dans les idées des gouvernements fi « çais et annamite de faire abandon aux Sian « de cette immense et riche région.
« Devons-nous considérer même con
« pouvant être justifiée la présence des po:
« siamois dans les chaûs laotiens, et recour « l'action diplomatique, toujours si longue, { « obtenir une délimitation de frontière? Je n « crois pas, et il serait plus simple et plus c « venable de faire évacuer purement et sim « ment les postes siamois. Cette entreprise « présente en rien le caractère d'une aventi « et, comme je suis certain du dévouement eu « et complet de la population, je me fais « d'enlever les uns après les autres, avec 60 fa
tk nies, et sans qu'un coup de fusil soit tiré, les ^ postes siamois établis en Annam, et de recon- * daire à la frontière officiers et soldats (i). »
Ce projet fut mis sous les yeux du Gouverneur général au mois d'avril 1892 : il n'y fut donné aucune suite, nî même une réponse quelconque. Mais cette proposition, sérieusement appuyée et officiellement transmise, dégage la responsabilité de nos fonctionnaires, et aggrave singulièrement celle qui pèse déjà, si lourde et de tous côtés, sur M. de Lanessan.
Au cours de sa tournée, qu'il dut restreindre à cause des instructions qu'il avait reçues, }1. David trouva les Siamois installés militairement aux points de Muon^chanh, Tabang, Xuongthanh,Nabon, Hoxang, Xathinh, c'est-à-dire aux points d'où, vingt mois auparavant, les avait chassés M. Grosgurin. Il eut divers entretiens avec les officiers du poste de Hoxang, qui lui déclarèrent que, à leurs yeux, la frontière passait dans le Dong Naï (montagnes de la chaîne de partage), 6t qu'ils avaient entendu dire que leur gouvernement voulait pousser jusque-là son occupation»
M. David, en faisant ressortir les graves dan-
(i) Lettre du Vice-résident de JJongnoi au résident supérieur en Annam, 17 février 1892.
gers d'une telle éventualité, proposait d'y échap* per par une occupation antérieure des points en litige, et notamment par la réinstallation de l'ancien centre pénitentiaire d'Âilao. II ne craignit même pas d'engager moralement le Protectorati en promettant aux indigènes d'Ailao et de Banphuong d'employer tout son crédit à l'installation en ces points d'un poste de gardes civiles.
M. David faisait suivre cette proposition et ces vues politiques de renseignements très précieux sur les Laotiens, leurs coutumes, leur organisation administrative intérieure, et sur les ressources du pays, ainsi que sur la façon enthousiaste dont il avait été accueilli, et les demandes pressantes que lui avaient faites les chefs des villages de procéder au rétablissement des autorités annamites.
M. le Résident supérieur Brière, jugeant le cas pressant, autorisa le résident de Donghoî à envoyer une reconnaissance militaire à Âilao et demanda par télégramme au Gouverneur général l'autorisation de faire rester cette reconnaissance à demeure et en garnison sur la TchepAn.M. Brière appuyait sa demande, quelques jours plus tard de la manière suivante :
« La situation n'est pas sans porter atteinte au € prestige de la France aux yeux de la popula-
« tion et du gouvernement annamites, qui s'éton- 4C nent de notre impuissance à faire respecter Tin- « tégrité de leurs territoires. Sans nous départir < de la prudence que commandent les circons- « tances, il suffirait de réoccuper le poste anna- « mite d'Ailao; j'ai autorisé renvoi d'une reconnais- « sance et d'^un garde principal ; si vous voulez bien « m'y autoriser, cet effectif y sera maintenu à « titre défmitif. J'étudie d'autre part un projet, .#c qui consisterait à créer, sur la frontièrede cha- « que province, une marche militaire dont la di- € Faction serait confiée à un mandarin choisi et « énergique, ayant sous ses ordres une troupe 4c armée de fusils à tir rapide. Nous éviterions « ainsi de mettre les forces françaises en contact € avec les Siamois ».
(Lettre de M. Brière au Gouverneur généraF 27 février 1892 ;n° 288).
M. de Lanessan vint plus tard à Hué, et le projet si sage, que lui soumettait en principe la lettre cidessus, ne trouva point grâce à ses yeux. Mais^ en ce qui concernait notre établissement sur la Tchepôn, il se résigna devant le fait accompli, et c'est ainsi que fut réinstallé le centre d'Ailao. Cette occupation parut exaspérer les chefs siamois de Hoxang et de Muongchanh. Un rassemblement de Siamois, évalué à six cents environ, fut formé
et maintenu sur la rive droite du Mckliontj cunime si le Khaluong Phrayot eût maniresté riiUctilioB d'aller prendre Ailao de vive force. Suivant Tliabitude orientale, tout se psasa en manifestations; mais notre chef de poste d'Ailao reçut Tordre de se garder avec la plus grande vigilance (i).
L'initiative de M. le vice-résident de DongiioT le conduisit à une autre reconnaissance sur la seconde route de Camlo au Laos, par le Nuîyencoc, route que les Siamois avaient déjà Icnlé d'occu-' per. M.David fut là moins heureux ou bien plutôt les Siamois, avertis de son nouveau déplacement craignirent une issue semblable à celle de la reconnaissance d'Ailao, et, prenant les devants, occupèrent, antérieurement à sa venue, les points dont ils convoitaient la possession (Axoc est dans le col de Doiigtun, vallée deMuonghuong). M. David rencontra un détachement siamois à Mantruong, dans le contrefort entre la Tchepdn et le hautSebanghien. Pour éviter tout conflit, il remonta vers le nord, et trouva, sur le Sebanr|hien le détachement siamois du poste de Tabang, ins-> tallé à Co Bay, un peu en aval d'Axoc, c'est-à-dire ayant envahi encore vers Touest la valeur d*une
(1) Télcrirammes du vice-rcsidcnt de Donghoî au résident suf^rieur :.du 7 et du 11 mars 18^)2.
journée de marche. M. David rentra donc à Donghoï, après avoir visité Axoc, et recueilli sur la région du haut Sebanghien des renseignements qui viennent heureusement compléter et rajeunir ceux qu'avait jadis fournis le voyage de M. Harmand (i).
Cette reconnaissance, sans résultat effectif, de M. David, et le refus que les chefs laotiens firent de prêter serment aux autorités siamoises (2), * portèrent les Siamois à quelques coups d'audace pour affirmer leur suprématie mensongère, et intimider la population encore récalcitrante. Successivement les soldats laotiens au service de Siam s'avancèrent jusqu'à Lambui, où ils laissèrent cinquante garnisaires (3), puis jusqu'à Axoc et à Adoa, coupant ainsi les deux routes du haut Sebanghien àCamlo (4).
Les Siamois possédaient ainsi, avec un effectif d'environ 200 fusils, un réseau de postes, grâce auxquels les Laotiens et les Annamites ne pou-
(1^ Rapport du résident de Donghoï au résident supérieur en Annam : 12 mars 1892, n9 3.
: (2) Dépêche du résident de Donghoï au résident supérieur en Annara, 28 mars 1892.
(3) Lettre du conseil secret au résident supérieur en Annam, IG avril 1892.
(4) Rapport du résident de Donghoï au résident supérieur en Annam, 20 avril 1892, n» 247.
valent ni commercer, ni s'administrer,' ni même se visiter, autrement que sous l'œil et le contrôle des envahisseurs. Le pays non seulement était surveilléy mais pouvait, à la suite d'un ordre central, être mis en coupe réglée. Les occupants ne ^'en firent point faute, et dès le mois de mai, ainsi qu'il appert d'une plainte du conseil secret au gouvernement du Protectorat (Hué, 21 mai, n^ 90), les habitants étaient obligés de fuir dans la montagne pour éviter les réquisitions de^ tra- : vailleurs que les Siamois exigeaient pour la réfec* ' tion de leur poste de Hoxang.
Le Gouverneur-Général ne donna pas aux autorités françaises l'autorisation ni les moyens d'ao* tion nécessaires pour réprimer ces nouveaux empiétements : mais il paraît qu'ils ne furent pas d'une utilité démontrée ou que les garnisaires s'en trouvèrent mal; car, dans le courant de Télé, Adoa et Axoc furent évacués sans bruit. Il esta remarquer d'ailleurs que les envahisseurs chao^ geaient fréquemment leurs cantonnements, soit qu'ils cherchassent à nous leurrer sur leurs intentions, soit qu'ils voulussent voir, par des tâtoï*^ nement successifs, jusqu'où ils pourraient pouB^ ser impunément leurs audaces, soit — ce qui c^^ infiniment probable — qu'ils marchassent un pc^ aveuglément, au hasard des circonstances et d^^
caprices possibles des différents chefs de leurs postes frontières.
Mais si l'exécution du plan était hasardeuse et parfois malhabile, le plan lui-même, dont la conception et la direction appartenaient au Khaluong de Cam Mon, était d'une précision et d une netteté absolues. Il tendait à s*emparer effectivement de la ligne de faîte orientale du bassin da Mékhong, et à isoler, s'il était possible, les postes français avancés sur la Tchépdn et le Sebanghien par des postes laotiens et siamois habilement enchevêtrés.
C'est ce que démontra fort bien M. Lemire, nommé en 1892, à la résidence de DonghoT, lors- I qu'il fit sa tournée d'entrée en fonctions parmi * les tribus de la frontière .provisoire. Mais à peine était-il nécessaire de le démontrer de nouveau. La question n'avait plus besoin d'une démonstration, mais d'une sanction. Les rapports émanés delà Résidence de Donghoï (18 juillet 1892, n° 5), <le la résidence supérieure de Hué (28 juillet 1892, n? 626), et surtout une communication de ^' Brière au Gouverneur-général (10 août 1892, ^^ 672), attiraient l'attention du chef du Protec- ^Oï'at sur de nouveaux et inquiétants symptômes : « Je crois devoir attirer votre attention, dit ^ M. Brière, sur l'inquiétude qui paraît se déga- *
« ger des rapports du Comat; j'ai eu déjà occ « sion de constater les mêmes appréhensions « la part des Régents; ces hauts dignitaires n'c « pas manqué de me manifester, avec une r€ « pectueuse discrétion, leur désir de voir le Pi « tectorat intervenir. En l'absence d'instructio « et de renseignements précis sur la matière. ^ me devient de plus en plus difficile de donr si; aux membres du gouvernement annamite c « explications acceptables sur notre politique « l'égard du Siam, dont les procédés violei « font, avec notre attitude passive, un contra « bien fait pour surprendre la cour d'Annam
Cette même communication confirmait Tocc pation du nouveau poste siamois de Langsen, ] menaces de vengeance et de représailles en c de désobéissance des Laotiens aux envahissea le recrutement des Moïs et des montagnards^ leur embrigadement dans les troupes siamois< et une suite d'autres violations de la conventi de 1889(1).
Au i*^ avril 1892, époque de l'entrée en for lions de M.Lemire dans le Ouangbinh etleQuan
(1) Notamment des réquisitions de coolies sur territoire an mite (Lettre du conseil secret au résident supérieur en Anna 25 août 1892).
Iri, les Siamois occupaient induement les postes
suivants :
Muongchanh (r officier, 3o hommes) Langtrinh (i officier, 12 hommes) Hoxang (i officier, 3o hommes) Nabon (i officier, 4o hommes) Thuongkhé (i officier, 3o hommes) Région d'Axoc (i sergent, 55 hommes) Langsen (i sergent, 12 hommes) Saphu (i officier, 3o hommes).
La tournée que fit M.Lemire dans les neufchaus occidentaux du phu de Camio lui fit concevoir, des orces et des ressources siamoises, une idée peu î^^anlageuse, bien plus conforme d'ailleurs à la mérité que celle que s'en pouvait faire le Gouverï^eur général. Le caractère ardent de M. Leinire ne lui permettait pas de voir d'un œil calme ^s empiétements continuels des Siamois, ni de recevoir d'une oreille indifférente les plaintes jus- ^'fiées des habitants molestés. Il résolut de répon- "i^e aux procédés des S'amois par des procédés '■^"alogues, c'est-à-dire d'opposer une marche en *'^^ant à une marche en avant, et des créations de Postes avancés à des créations de postes. C'était ^^e excellente manière de mettre un terme à d'in-
•supportables aggressions, et de rendre conGancrr
aux indigènes hésitants ; mais il était certain qu .
-ce jeu les compétiteurs- allaient fatalement as trouver face à face, et il était à craindre qu'i conflit violent n'éclatât. Il était à craindre s tout que ce conflit n'éclatât dans des conditi(^:xii <]ue nous n'aurions pas prévues, et que nous :xi( nous laissions entraîner, dans la fougue de cm. os raciles revendications, au-delà des bornes cg^ne nous avait temporairement assignées l'arrangp^ement du 27 mars. Le seul reproche qu'on ait ju faire à M. Lemire en cette circonstance est p X'écisément de ne pas avoir assez tenu compte des barrières provisoires que nous avions dressées devant nous, et de nous avoir fait avancer be»''icoup trop vite au gré des convenances diplom»^' ques. La cause, étant juste, avait le temps d^Bi' tendre: tel était, du moins, l'avis des autorité ^^ supérieures, et M. Lemire contrevînt à cet a^vi^ en étant trop bon défenseur des opprimés, tr^f entreprenant et trop vif, c'est-à-dire, en som trop français. Ce reproche fait — est-ce bien reproche ? — il faut convenir que le système d': tervention hardie de M. Lemire, s'il exigea bea»^ coup de tact des chefs subalternes qui l'appl^ quaient, maintint les populations dans une paix ^ une confiance relatives, et évita au phu de Cam.1^
les vexations et les pillages dont souffrirent le Cam Mon et le Tranninh. A ce point de vue, il est certain que M. Lemire a emporté avec lui, sinon la reconnaissance du gouvernement, du moins la sympathie et la gratitude des populations qu'il eut à administrer.
Le rapport qu'il fit à Hué, à la suite de sa tournée dans le phu de Camlo (août et septembre 1892) constata le départ des Siamois d'Axoc, et conclut à l'occupation par les milices annamites de ce point important. L'installation du poste suivit de quarante-huit heures. Cette conclusion prévalut; et, comme pour la création du poste d'Ailao, le Protectorat se résigna au fait accompli. M. Lemîre constata également Tabandon du poste Sianaois d'Adoa, et il y eût tout de suite installé un poste français, si son escorte eût pu lui fournir l'effectif nécessaire ; néanmoins il en décida dès lors 'a création en principe. Puis il fit jeter bas tous *^s poteaux que les Siamois avaient établis sur les 'Montagnes, dans le but de créer un précédent, ^^ de faire croire aux futurs commissaires de dé- . ^ïïiitation que la frontière passait par la ligne de Partage des eaux.
M. Lemire rapporta aussi de cette excursion ^He lettre du mandarin Siamois d'Oubôn, s'inti- ^itulant gouverneur du Laos, et donnant ordre aux
habitants de Hoxancj (région d'Âilao) de se a former aux instructions des chefs de poste SEZUainois, disant que « tous les habitants doiv^^nl « oliéir aux autorités du Siam, car les gouverrr^He-
« nients français et Siamois sont tous deux 1 âés
« d*amitié. C'est pourquoi les Français n'ont ^idbs ^ le droit et n'oseraient pas donner des ^CDr^ « dres » (i).
Le voyage de M. Lemire valut aussi de curieux détails concernant l'ex-roî Hamnghi, qui, apx'és sa fuite de Flué, séjourna quelque temps suK" la Tchepôn, et surtout concernant notre plus célèbre ennemi de la guerre de i883 au Tonkin, le prince Hoang-ké-vièm. Après la prise de Soatay par l'amiral Courbet, après l'acceptation par les Pavillons Noirs du traité de paix de Tientsin, l'aflr cien compagnon de Luu vinh phuoc avait di^* paru; le général de Négrier avait cru le retro^* ver plus tard à la prise de Hunghoa et de Doï*9' van, mais le « maréchal Vièm », qui avait ^^^ l'âme de la résistance tonkinoise, n'avait été ^ tué ni pris. Comme nul n'avait plus entendu p^^ 1er de lui depuis le couronnement du roi Dot^&
(1) Lettre de Phra-palat gouverneur d'Oubôn et du Laos» chef de canton de Hoxang (2:)e jour du 5e mois de rannée % ^ Enreyibtrc à la résidence supérieure de Hué, le 19 'sepleu»^ 1892, no 236.
kanh, on l'avait cru mort obscurément, comme tant d'autres de ces chefs redoutés, qui, après avoir paru invincibles et invulnérables, disparaissent tout-à-coup dans une aventure ignorée sous une balle anonyme. Au Tonkin même sa succession était déjà passée en plusieurs mains, et Bogiap, Docngu etDekeu avaient, non sans gloire, pris la suite des révoltes qu'il avait fomentées. M. Lemire le retrouva dans des rizières écartées du phu de Camlo, loin du bruit de la cour et de la vie publique, changé en seigneur campagnard, indifférent aux événements, et résigné au sort obscur, qu'il préférait à une participation à la vie politique de son pays sous une domination étrangère. La conduite du vieil agitateur ne manquait pas d'une certaine grandeur, et la retraite orgueilleuse et ignorée, dans un coin perdu, du célèbre patriote, était faite pour inspirer des ré fie- ^ions émues à tous ceux qui avaient suivi et vécu * histoire tragique des années de la conquête.
(Rapport sur la situation des régions entre ^^lïilo et le Mékhongrn' lo, et annexe ; et journal ^^ route : 26 septembre 1892).
La constitution du poste français d'Axoc, l'aménagement du futur poste d'Adoa, avaient jeté les Siamois dans une colère et une confusion inexprimables; ce premier succès, que tout nous avait
autorisés à tenter et à obtenir, mit en goût M. L mire, et^ sur une autorisation que M. Brière, iim. aJ renseigné, lui donna, il fit occuper par des lin^Jhs annamites le poste siamois de Tabang, que le chaûkhoun de la région avait fait abandomier nm^^ymentanément, à cause des exigences du ravitaLil- Icment. C'était là une imprudence, et de plus ULxe inégalité, car Tabang était occupé par les Siamc^ift antérieurement à la convention de 1889. Le goiiverneur d'Oubôn saisit avec joie l'occasion ç mjc lui fournissait cette manœuvre hasardée ; il j ^t» 4oo Siamois dans la vallée de la Tchepôn, faisflfcnt annoncer à grand fracas qu'il allait attaqix^r Ailao. M. Brière en informa M. de Lanessan, cjui demanda des explications à Bangkok (i). Bi^^ entendu la cour de Siam nia tout, et, de fait, 1^ posle d' Ailao ne fut pas inquiété. Mais les lial^*"* tants furent horriblement pillés et molestés, et ï^ le clief du cliau de Thuongkhé se fit leur inte ^"^ prête auprès des autorités françaises (2). Les Sî^^^ mois se répandirent dans la région avec d'aiire «-*" ses menaces: le chef du chau de Thuongkhé fut e
(1) Télcgr. de M. Brière à M. de Lanessan (5 octobre 1892) de M. de Lanessan à M. Brière (6 octobre no 165 et 18 ectol^ 1892).
(2) Ilapport de M. Brière à M. de Lanessan (10 octobre 1892, Ù12)'
é, les garnisons de Hoxang et de Thuongkhé- *et doublées, les inquiétudes augmentèrent: «Si es Siamois venaient à inquiéter Banphuong , télé-jraphie M. Brière, àun kilomètre au sudd'Ailao je ne vois pas trop comment nous pourrions évier une intervention. Or Hoxang n'est qu'à trois^ leures de Banphuong.
(Télég. du Résident supérieur en Annam au mverneur Général, 26 octobre 1892, n* 179).
Mais le plus mauvais symptôme fut que le gourneur siamois d'Oubôn envoya ses troupes réocper Tabang, de telle sorte qu'un poste siamois un poste français se trouvèrent installés dans même village, à la distance d'un jet de pierre. ' plus fâcheux était que la convention de 1889 torisait les Siamois au séjour de Tabang, et ^terdisait aux Français. Sur l'avis du Comat lui-^ 5me, il fallut retirer nos soldats et les replier t* le poste d'Axoc. Il est inutile d'épiloguer sur ïet désastreux que produisit dans la région te reculade inévitable : les Siamois en prirent e pour déclarer que nous connaissions nos ts, et que nous nous retirions devant eux par iinte. Les apparences étaient pour leurs dires : sicun les crut. Le Gouverneur général jugea n de désavouer M. Lemire et son système, lui leva la direction des affaires de Camlo, et le
nomma à un poste au Tonkîn, fort éloigné de ces affaires. Il est regrettable qu'on ait fait supporter à la politique de M. Lemire, la défaveur que méritait seulement l'application trop vigoureuse cl incoordonnée de cette politique (i). Les affaires du Quangtri en souffrirent, et les Siamois conçu* rent beaucoup plus d'audace à Téloignement de leur adversaire le plus décidé. Ils occupèrent, tout près d'Axoc, le poste avancé de Cobaï, et rétablirent les poteaux frontières aux points où M. Lemire les avait renversés. La cour de Hué en témoigna « son regret et sa douleur » dans une forme d'une vivacité inusitée dans les cours et diplomaties orientales (2).
Dans le courant du mois de décembre, les Siamois réoccupèrent Adoa, et s'emparèrent de Langsen, de telle sorte que, malgré notre reculade de Tabang, les avant-postes siamois et français se trouvaient enchevêtrés les uns dans les autres sur un territoire exclusivement français (3). La Résidence supérieure eu Annam s'émut fortement de cette situation :
(1) Télécj. de M. Brière à M. de Lanessan (25 octobre 1892).
(2) Lettre du conseil secret au résident supérieur en AnoaQ (30 novembre 1892).
(3) Têléij. de M. Brière à M. de Lanessan (30 décembre 1892 :
« L'objectif des Siamois, disait M. Brière, est ^ d'occuper la route entre Axoc et Ailao, et en- « suite d'occuper le massif du DongnaT. Ils ont ^< déjà planté les poteaux indiquant la frontière « à laquelle ils prétendent. J'ai recommandé la
< plus grande réserve à nos gardes principaux ; « mais il n'est pas sans danger de laisser ainsi K les Siamois installer ainsi des postes enchevé-
< très dans les nôtres et pouvant intercepter les c communications. C'est pourquoi je crois devoir c faire appel à votre haute intervention pour ic obtenir de la cour de Bangkok le retrait des ec postes établis en avant de Muongchanh et
< Tabang, à Cobaï, Langsen et Adoa ».
(Lettre du Résident supérieur en Annam à
M. de Lanessan, 5 janvier 1898; n. 8).
Le poste d'Adoa fut immédiatement évacué par l^^s Siamois, et M. Brière donna l'ordre à l'ins- P^cteur des milices Quénel de faire une reconnaissance armée dans la région Ailao-Axoc-Adoa. '^■■
L'inspecteur Quénel était coutumîer de ces sor- ^s de besogne, où la prudence extrême et l'ex- ^ôme audace doivent également être employéesj ^^rfois à quelques instants d'intervalle. Déjà en ^ S 90, par son entêtement et sa bravoure, il avait "^ussi à écarter le Docngu de la partie de la province de Sontay qui était dévolue à sa sur-
reinance ; et rétablissement, sous l'œil même du puissant et célèbre rebelle, de Yenkhoai et de Dachung avait largement contribué à la pacification de cette région (i). M. Quénel avait bien gagné là ce grade d'inspecteur, que Ton serait désireux de ne voir accorder qu'à des aptitudes ci à des dévouements pareils aux siens. Son anciei chef est heureux de lui rendre ici ce public témoi gnage.
' Les Siamois avaient eu vent de la mission d M. Quénel ; aussi lorsque celui-ci arriva à Axoc il les trouva installés à Langho, à une heure au dessus ; lorsqu'il arriva à Âdoa, il les trouv embusqués aux portes mêmes de cet ancien pos te, à Cobay : M. Quénel n'hésita point, et s'im talla dans Âdoa avec sa seule escorte, demai dant qu'un poste y fut établi, et qu'un chef de milices vint l'y remplacer (2). Sur ses instances un garde principal, M. Charbonnel, y fut envoj avec 35 hommes, « avec les instructions les pli « expresses de n'engager aucune action, et d se borner à occuper le poste (3).
Et, à la grande surprise du Gouverneur gêné
(1) Voir € Deux années de lattes », Savine, éditeur.
(2) Tclég. confidentiel du vice-résident de Donghol à M. Brièr Il février 1893 ;n. 142.
, le poste d'Âdoa fut ainsi créé, sur la courause initiative d'un seul homme.
Les Siamois usèrent de leurs moyens habituels 1 faisant annoncer l'arrivée d'un chef militaire L de nombreux renforts (i). Le tout se borna à ne promenade-parade du Chaukoun qui comaandait à Muongchanh. Mais la situation ne laissait pas que d'être alarmante à cause de l'enche. vêtrement des postes français et siamois d'Axoc (français), de Langho (siamois), de Nahaî (siamois), d'Adoa (français) et de Cobay (siamois). De fréquentes alertes eurent lieu ; Tune d'elles fit ^ssez de bruit ; le chef du poste siamois de Cobay s'ingénia à refuser le passage entre Adoa et Axoc, ce qui interceptait les relations d'Axoc ^vec. le groupe d'Ailao. En revanche, le garde principal d'Axoc menaça de ses fusils les rondes siamoises qui passaient sous son poste, en allant •de Langho à Cobay. C'est un incident qui fit le s^jet d'une correspondance très remarquée du "^ Journal des Débats », et d'un article de la ^ Revue française » (2). En elle-même cette affaire d'Axoc-Adoa n'était rien ; mais elle symp- ^^matisait bien les incidents qui allaient inévita-
(1) Télég. de Tlnspecteur Quénel à M. Brière (Adoa 16 février (2)-
blême nt découler d'une situation aussi mal définie. Elle fut du reste avantageuse, en ce sens que l'opinion publique française commença à s'inquiéter, et à juger les procédés des Siamois en général sur l'âpreté qu'ils apportaient dans la discussion des droits et dans la dispute des moindres plis de terrains du haut Quangtri. Pour tenir ses agents en éveil, la Résidence supérieure exigea des agents des milices à Ailao, Axoc et Adoades rapports continuels et une incessante surveillance. Et la prudence de l'inspecteur Quénel, chargé de cette région depuis le mois de mars 1898 fit que Ton atteignit dans cette position singulière, sans conflits sérieux, la fin de la période d'observation.