‹ L'Affaire des trois rouésChapitre 12 sur 24 · VARIATIONS DES THOMASSIN · texte numérisé non relu

VARIATIONS DES THOMASSIN

(( Ces variations ne portent pas seulement sur quelques circonstances accessoires, sur quelques détails indifférents; elles portent sur tout ; elles portent sur les moments, sur les lieux, sur les personnes, sur les rôles, sur l'espèce même des délits. Je ne présenterai que les plus frappantes : »

Sur le coup de couteau.

Dénonciation : C est au moment de l'assaillement, et parmi les coups de bâton, qu'il a été aussi frappé d'un coup de couteau au bras gauche.

Déposition : Il était déjà lié sur le lit, lorsqu'il a été frappé d'un coup de couteau.

Sur la manière dont les voleurs ont assailli la femme.

Dénonciation : Sa femme a été assaillie et e.vcédée dans une chambre à côté.

Déposition : Au contraire, sa femme étant venue dans la chambre où il était, un des trois inconnus s'est jeté sur elle.

Sur le nombre de ceux qui ont lié là femme.

Dénonciation : Un des inconnus ayant atteint sa femme, Ta liée sur son lit.

Déposition : Tous les trois l'ont liée également sur un lit.

Sur les lits où ils ont été liés Vun et Vautre.

Dénonciation : Le mari a été lié sur son lit, dans sa chambre ; la femme a été liée sur son lit, dans une chambre voisine.

Déposition : Ils ont été liés l'un et l'autre sur le même lit, à côté l'un de l'autre, dans la même chambre.

Sur les menaces faites le couteau sur la (jorcje.

Dénonciation : Malgré les menaces, ils n'ont pas voulu déclarer où était leur argent.

Déposition : Contraints par les menaces, ils ont déclaré où était leur argent.

Sur les lumières allumées par les voleurs.

Dénonciation : Ils ont pris trois chandelles qu'ils ont allumées de même qu'un grand feu.

Procès-verbal : Ils ont allumé deux chandelles et une lampe qu'ils avaient trouvées, à l'aide d'un morceau d'amadou, qu'ils avaient jeté dans le foyer.

Sur le moment où ils ont allumé les lumières.

Dénonciation : Ils ont Hé la femme à la lumière. Procès-verbal : Ils l'ont liée dans l'obscurité.

Sur r attentat commis sur la femme.

Dénonciation : Nulle mention du fait.

Déposition du Mari : Nulle mention du fait.

Récolement : L'un des particuliers a porté la scélératesse jusqu'à enfoncer la main ...avec tant de violence qu'elle en a été incommodée.

Procès-verbal : L'un d'eux a porté ses mains sur tout le corps de sa femme avec la plus grande indécence.

Sur le motif des voleurs dans Vattentat commis sur la femme.

Dénonciation : Pour Fempêcher de crier.

Procès-verbal : Pour savoir si elle n'y avait rien de caché...

Arrêtons-nous. Il est facile de se rendre compte du procédé Dupaty.

Que les voleurs aient allumé trois chandelles ou deux chandelles et une lampe ; qu'ils aient lié la femme à la lumière ou dans l'obscurité ; que la femme par j^udeur ait caché au biigadier l'outrage qu'elle a confessé au juge ; que les deux époux aient été jetés sur le même lit ou sur deux lits, on ne voit vraiment pas en quoi ces variations peuvent faire douter de la sincérité des témoins.

Une seule d'entre elles présentait de l'intérêt. Tliomassin, devant le Prévôt et devant le juge de Chaumont, avait accusé formellement Bradier, dont le nom, disait-il, lui avait été indiqué depuis le crime. Or, dans le procès-verbal de la maréchaussée, Thomassin n'avait parlé que de « trois particuliers de lui inconnus ». D'où provenait cette contradiction apparente ou réelle ? Thomassin avait-il craint des représailles ou reçu depuis le crime des révélations? L'instruction, faite pour délier les langues et percer les réticences, devait élucider ce double point.

Il était habile en tout cas de la part de Dupaty de jeter le discrédit sur les témoins avant de heurter de front la preuve essentielle, qui devait étrangement l'embarrasser.

Thomassin et sa femme n'avaient-ils pas reconnu formellement leurs trois agresseurs? L'un et l'autre n'avaient-ils pas déposé sur ce point sans hésitation et sans réserves ? Gomment parer ce coup redoutable ?

Dupaty se réfugia dans les subtilités de l'ancien droit.

Qu'est-ce que les Tliomassin, se demande-t-il ? — Des dénonciateurs.

Ici Dupaty crée volontairement entre les parties civiles, les délateurs et les victimes une confusion, que le public ne peut saisir.

« Un dénonciateur témoin !... Ses dépositions, ses récolements, ses confrontations peuvent-elles être autre chose que sa dénonciation simplement répétée et déguisée sous d'autres noms ? Comment la justice pourrait-elle prendre pour arbitre entre le dénonciateur et l'accusé le dénonciateur lui-même? ...Écouter comme témoin celui qui a besoin lui-même de témoins... Nullus idoneus in re sua intelligitur. »

Les dénonciateurs, conclut-il, sont toujours suspects et leur témoignage ne saurait compter. Qu'on ne vienne pas lui objecter que les Thomassin sont des témoins nécessaires. Il s'insurge contre ce mot; il se révolte contre les théories des criminalistes :

« Qu'est-ce que des témoins nécessaires ? — Ce sont des témoins suspects. — Qu'est-ce que condamner sur la foi de témoins suspects? — C'est condamner sans preuves. — Or qu'est-ce maintenant, criminalistes, jurisconsultes, magistrats, rois, que de condamner sans preuves?... Qu'est-ce que la maxime et l'usage de condamner sans preuves de certaines accusations criminelles?

« Et dans quelles accusations encore la maxime et l'usage veulent-ils que l'on condamne sur des dépositions de témoins nécessaires, de témoins suspects, de témoins sans preuves ? — Est-ce du moins dans ces accusations légères où la faiblesse de la nature humaine rend le délit vraisemblable, oii la nature témoigne pour ainsi dire contre l'accusé?

« Non... c'est dans les accusations capitales où la bonté

de la nature humaine rend le délit invraisemblable, où le cœur humain dépose en quelque sorte en faveur de l'accusé.

(( Est-ce du moins dans les accusations où la justification de Faccusé a mille issues pour éclater au grand jour? — Non, c'est précisément dans celles où elle ne peut se faire jour d'aucune part, où elle est ensevelie avec l'accusation dafis les ténèbres...

« Non, je ne saurais concevoir que le délire de l'esprit humain ait pu enfanter cette opinion de Jousse : « En gé- (( néral la déposition des personnes suspectes n'est pas ad- (( mise en matière criminelle ; mais celte règle n'a pas lieu « dans le cas où Ton ne peut savoir la vérité que par cette « sorte de témoins. » ...Jousse a écrit cela, et Jousse est le guide, Tesprit, la raison et la jurisprudence du royaume... »

Sur ce point Dupaty avait beau jeu, car c'est déraison pure que de soutenir qu'un témoignage, qui est suspect, si le crime a été commis en plein jour, cesse de l'être, si le fait s'est passé la nuit dans un endroit désert.

Mais entraîné par sa fougue, Dupaty ne voit pas le grave défaut de son argumentation, A l'en croire, jamais une victime n'aurait le droit de déposer en justice ; elle ne serait qu'un demandeur qui doit faire sa preuve en dehors de sa déclaration personnelle. Au criminel rien n'est plus faux ; la victime est un témoin. Il est abusif de vouloir écarter a priori son témoignage et de proclamer que parce qu'elle a été frappée, violentée, dépouillée, elle est incapable ' de dire la vérité ? '

1. Signalons dès à présent que la thèse de Dupaty, lorsqu'elle fut examinée par le Conseil, saisi de la demande en Cassation, fut nettement condamnée par le rapporteur. Voici en quels termes le secrétaire du sceau Blondel, dont nous analyserons l'œuvre, quand le moment en sera venu, formula ses conclusions sur ce point spécial : \° l'admission des témoins nécessaires ne peut être présentée comme un moyen de cassation. 2° L'on serait mal fondé à soutenir qu'ils ne doivent jamais être entendus, mais on ne le serait pas moins à prétendre qu'il faut toujours les croire. 3" L'on a fait de vains efforts pour établir que les Thomassin étaient des plaignants et de accusateurs ; mais il ne serait pas exact non plus de dire qu'ils ne sont même pas des dénonciateurs. »

Dupatj va plus loin encore. Il ne lui suffit pas que les Thomassin soient des témoins suspects. Ils ne sont qu'un, dit-il, car la femme n'est que l'écho du mari et le fils celui du père. Or, Testis unus testis nullus. On sourirait aujourd'hui en entendant plaider de pareilles pauvretés.

Restait une difficulté et des plus graves :

Gomment expliquer que les Thomassin, braves gens dont pour l'instant il ne pouvait médire, en fussent venus à accuser formellement des innocents? Ecoutons-le :

<( Thomassin, vous donnez d'abord à la Maréchaussée trois signalements vagues, les premiers venus, vous laissez échapper par hasard les mots veste rouge et habit gris. La Maréchaussée se met en campagne, elle cherche, elle rôde, elle ne trouve rien ; il faut pourtant bien qu'elle trouve, car il faut bien qu'on la paie. Le premier jour s'écoule ; aucun renseignement, aucun indice ni de voleurs ni de vols dans les environs de Vinet. Le lendemain la Maréchaussée se remet en marche, bien résolue à ne pas perdre aujourd'hui ses pas ; elle va à Salon ; à Salon on lui dit que Bradier, habitant d'Allibeaudière, et Simare, habitant de Champfleury, ont passé le lendemain du vol une partie de l'après midi à boire dans le cabaret de Dubois avec un mendiant, qu'ils ont été ensuite tous les troisà Champfleury au cabaret de Linceux, où ils ont encore bu ensemble jusqu'à minuit. Un mendiant passer avec deux particuliers une soirée entière à boire, dans deux cabarets différents, le lendemain du vol à cinq lieues de Vinet ! Ce pourrait fort bien être là nos trois inconnus, se dit la Maréchaussée. Allons, comme;içons par arrêter le mendiant; un mendiant, c'est sans conséquence ; les deux autres sont domiciliés, il faut attendre. Où est ce mendiant ? Dans la maison du juge ; elle y va ; elle l'arrête ; une veste rouge, c'est lui. On le fouille ; rien de suspect, n'importe, qui nous paiera? Ah! il a une veste rouge, en prison. Elle vient vous rendre compte en triomphe de la découverte.

a Vos trois inconnus sont trouvés. C'est un mendiant

nommé Lardoise, il est fait de telle manière, il a une veste rouge ; les deux autres sont Simare de Ghampfleury et Bradier d'Allibeaudière ; mais nous n'avons arrêté que le mendiant parce que Bradier et Simare sont domiciliés, et il ne nous est pas permis d'arrêter les domiciliés. Alors grand étalage de la peine qu'ils ont prise, des courses qu'ils ont faites, vous les payez. Cependant vous aviez parlé d'un habit gris; il passe dans les rues de Vinet un habit gris, on arrête cet habit gris. Vous n'êtes pourtant pas encore bien sûrs que ce soient là vos inconnus ; mais deux mendiants en prison, vos remords se taisent... »

On devine la suite. Le développement logique de son hypothèse le conduira bientôt à transformer les victimes en coupables. Encore quelques mois et les imprudents ne seront plus que des imposteurs.

Avant de terminer son mémoire, Dupaty qui possède à fond toutes les ressources du métier, essaie d'attendrir sur le compte de ses clients. Le morceau est curieux ; il est habile et joli et vaut la peine d'être cité.

a J'arrive à la prison ; je demande ces trois malheureux ; on me les amène dans une chambre où j'attendais ; les voilà ! Quoi, dis-je en moi-même, voilà donc ces trois hommes qui sont innocents, et qui sont condamnés par un arrêt à être roués. Eh bien, mes amis, n'êtes-vous pas Simare, Bradier, Lardoise ? — Oui. — Qui est Simare? — Moi. — Bradier? — Moi. — Lardoise? — Moi.

« Du courage, mes amis ; on m'envoie vers vous pour vous assurer que l'on s'occupe de vos malheurs. — Hélas ! depuis trois ans ! — Vous avez donc beaucoup souffert depuis trois ans ? — Si nous avons souffert I . . .

« Alors Simare, élevant la voix, m'a raconté que dans les prisons de Chaumont une épidémie affreuse s'était établie peu de temps après leur arrivée, qu'elle avait moissonné dix-sept prisonniers, que l'infortuné Guyot fut du nombre ; l'épidémie était telle, m'a dit Simare, que les geôliers n'osaient presque nous approcher pour nous apporter, tous

les matins, notre pain, notre eau et notre paille ; pour moi, j'en ai été quitte pour être perclus des jambes et des cuisses pendant treize mois; je fus obligé, pendant tout l'hiver dernier, de me traîner sur mes mains dessus la neige. — Et, moi, dit Bradier, j'ai eu la moitié du corps enflé pendant six mois. — Et moi, dit Lardoise, grâces à Dieu, j'ai résisté ; cependant l'empreinte de mes fers (je le crois bien, pendant trois mois) m'avait tellement blessé la jambe que la gangrène s'y était mise ; on a failli la couper.

« Ils m'ont raconté encore que lors de leur renvoi de la Prévôté de Troyes à Vinet, ils avaient subi, devant le juge de Vinet, dans les prisons empruntées de Ramerupt, un interrogatoire ; qu'il fallut porter Simarc, qui avait la fièvre, sur un brancard, dans l'auditoire ; que le juge lui dit : « Je (( crois que tu fais le malade. » — Mais, mes amis, cet interrogatoire du juge de Vinet n'est pas au procès. — Nous avons pourtant été interrogés à Ramerupt, se sont-il écriés tous les trois.

« Ils m'ont assuré que, lors de leur transport des prisons de Ghaumont dans celles de Piney, ils n'avaient pas été interrogés. « Mais mes amis, il y a au procès un interrogatoire général daté de Piney. — Nous n'avons pourtant paru qu'une fois à Piney devans le juge, et pour être confrontés aux Thomassin. » Alors je me suis rappelé qu'il était bien difficile en effet, que les juges de Ghaumont eussent pu avoir le temps, dans l'espace de sept jours, d'instruire à Piney toute cette procédure si volumineuse composée de quatre cents rôles, de faire tous les actes, tous les récolements, toute cette information, toutes ces confrontations, enfin cette descente et ce procès-verbal dans la maison de Thomassin, qui ont consommé deux jours.

'< Après ces premières questions, je les ai interrogés successivement sur plusieurs points du procès, sur leur état, leur genre de vie, leur famille. Simare a trois enfants; il est marié en secondes noces ; il a encore sa mère âgée de près de quatre-vingts ans. Il vivait avec sa mère, avec sa femme, avec ses enfants, avec sa sœur dans une petite maison à Ghampfleury. Bradier a six enfants.

« Ils m'ont tracé toute leur route, toute leur conduite avant le fatal 29 janvier et jusqu'au jour de leur arrêt. Ils m'ont nommé quarante témoins de leur alibi. Pourquoi ne les a-t-on pas fait entendre, disaient-ils? Qu'on les fasse entendre. Si les fermiers de Perthe, disait Lardoise, nient que j'ai couché chez eux le 29 janvier, nient qu'ils aient dit avoir été volés peu de temps auparavant, nient que j'ai veillé avec eux jusqu'à minuit, je prends condamnation. — Cependant, mes amis, les Thomassin vous ont reconnu à la confrontation. — Reconnus, se sont-ils écriés... Lardoise alors reprenant : le juge a demandé à la Thomassin : reconnaissez-vous cet homme-là ? — Eh, eh, dit-elle, c'est pourtant bien fâcheux ce qui nous arrive... oui, oui, je le reconnais. — Vous entendez bien, dis-je au juge, ce que dit cette femme ; qu'on l'écrive. — Le juge se mit à rire. Mais, Monseigneur, lui dis-je, ce ne sont pas ici des badinages.

« Pour moi, dit Bradier, j'ai dit à Thomassin : puisque vous avez reçu un coup de couteau au bras gauche, montrezle donc? — Ah ! j'en suis guéri. — Mais la cicatrice? — Il n'a pas osé la montrer. J'ai en vain prié le juge d'en faire mention.

«Et moi. a dit à son tour Simare, j'ai dit à la Thomassin : où avez-vous acheté votre croix? — A Troyes... Je me suis écrié : écrivez, car la mienne a été achetée à Sézanne en Brie, et le poinçon et la marque vont nous juger.

(( Tout ceci se disait entre nous avec une paix, avec une tranquillité, avec une sécurité qui me troublait jusqu'au fond de l'âme. Laisse, laisse donc parler Monsieur, disaientils de temps en temps, chacun notre tour. — Nous étions là en effet tous les quatre assis autour dune table, une lumière au milieu; et moi (car je n'ai jamais été si tranquille qu'avec ces trois assassins) et moi, tandis qu'ils parlaient, à la lueur de cette lumière qui vacillait sur leurs visages, je cherchais leur innocence sur leur front pâle, dans leurs traits amaigris, dans leurs yeux caves où brillait un rayon d'espérance, dans leur contenance, sous leurs

lambeaux, et je la trouvais partout. Quelle sécurité, disaisje en moi-même, le regard attaché sur eux ! Quoi, sous la fatale barre suspendue dans ce moment sur eux (que moi seul j'apercevais, car ils ignorent la sentence et l'arrêt) tous les soirs donc ils s'endorment, tous les matins ils se réveillent, tout le jour ils respirent.. . Quoi, me disais-je encore en frissonnant, on serait venu dire tout à coup à ces hommes si innocents, si paisibles, qui ne se doutent même pas qu'on puisse croire au crime dont on les accuse, tout à coup serait tombé comme la foudre au milieu de cette sécurité de leur innocence : « Vous allez être roués tous les trois. » Je me peignais alors ces mêmes visages. Ah ! Malheureux ! »

Tels sont les moyens variés autant qu'ingénieux dont se sert le mémoire pour démontrer l'innocence des trois condamnés. Les appels à la pitié, les protestations solennelles, les apostrophes véhémentes, les paradoxes savants se succèdent, s'entremêlent avec un art consommé. Toujours vibrant, Dupaty reste toujours sincère. On sent que transporté par son sujet, il se grise de sa parole et de ses illusions.

Au fond, si l'on démonte froidement sa démonstration, il en subsiste peu de chose. En dépit de ses efforts, l'erreur judiciaire n'apparaît point. On voit une affaire mal instruite, qu'une confrontation en audience publique éluciderait de nos jours en quelques instants, La culpabilité malgré certaines lacunes, demeure plus que probable, en raison de la reconnaissance des accusés par les victimes.

Ce qui nous frappe par contre, ce sont les fautes, les négligences des juges de province, ce sont des enquêtes mal faites et pour tout dire une justice médiocre.

C'est là qu'était le procès à faire. Aussi, quand Dupaty, abordant le vrai débat, attaquera les institutions, sa voix prendra-t-elle soudain une force et une autorité souveraines. Ses envolées superbes, ses démonstrations ardentes, son éloquence magnifique et tumultueuse nous émeuvent

encore ! C'est à ce beau côté de son œuvre, à celui-là seulement qu'il faut s'attacher.

Qu'importe après tout que les clients de Dupaty fussent ou non coupables, si en les arrachant au supplice, il a fait progresser les lois et sauvé pour l'avenir des innocents véritables ?

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