‹ L'affaire DreyfusChapitre 107 sur 178 · AS · texte numérisé non relu

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suicide, courant chez l'agent: A. pour le supplier d'intervenir auprès de Mme Dreyfus et de déclarer que le bordereau: émanail bien du’condamné:(1).

En. quittant A;. qui l'avait éconduit, Esterhazy se dirigea vers le pare de Montsouris (2), où, le matin même, Gribelin, affublé de lunettes bleues, et venu chez lui à deux reprises lui avait donné rendez-vous pour 5 heures du soir. Gri-belin à reconnu le fait (3), alléguant quil n'avait agi quesur l'ordre du commandant Henry, d'accord en cela avec M. du Paty de Clam (4).

A l'heure et au lieu fixés, Esterhazy se trouva. en présence de l'homme qu'il avait reçu le matin et d'un deuxième personnage porteur d'une fausse barbe noire et de lunettes bleues, et qu'il a su depuis être M. du. Paty de Clam.

Celui-ci n’a pas contesté la matérialité du fait.

Je suis allé, dit-il, au rendez-vous fixé. par un officier du Service... J'avais pris des précautions pour n'être pas reconnu, c'est à-dire que j'avais mis des conserves bleues et une barbe noire dans le but, si Esterhazy était l'objet d'une surveillance occulte, de ne pas mettre en cause l'Etat-Major. Le commandant Henry était. dans le voisinage ; l'officier qui m'accompagnait était Gribelin (9).

Gribelin reconnait également qu'il à pris part à la démarche, ajoutant qu'il n’a fait qu'obéir à Henry qui considérail sa présence comme indispensable pour modérer, le cas. échéant, les -emportements du lieutenant-colonel du Paty (6).

L'entretien dura une heure environ, et, selon Gribelin, porta exclusivement sur l'inanité de l'accusation dont Esterhazy était. l’objet, et! aurait pu sans inconvénient, vu son caractère avoir lieu au Ministère de l& Guerre: (7;.

M. du Paty est plus explicite sur ce point et il reconnaît avoir avisé son interlocuteur des sentiments de l'Etat-Major à son égard et lui avoir donné des conseils sur la conduite

CL Voir page 461.

(2) Esterhazy, Cass. 99, I, 578: Rennes II, 124. —. Desvermines. Enq. crim. 1, 520: Dossier seeret, pièce 48. — Cpr. du Paty, Enq. crim: I{ 936.

(3) Gribelin; Rennes, L 606.

(4) Gribelin. Eng. crim. 1, 919.

(5) Du Paty de Clam, Cass. 99, I, 448.

(6) Gribelin, Rennes, I, 600.

(7 ribelin, Rennes, I 600 ; Eng. crim. I, 920-921:

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à tenir (1). Esterhazy n'a fait que préciser ces déclarations en indiquant que le lieutenant-colonel du Paty de Clam lui avait brusquement: adressé la parole sans se faire connaître et l'avait informé, avec beaucoup de volubilité des « mae@hinations » dont il était l'objet, et de la nécessité d'obéir strietement aux conseils: qui lui seraient donnés: ultérieurement.(2).

Désormais, Esterhazy pouvait être assuré qu'il serait énergiquement défendu et il était en droit de dire à la fille Pays, qui manifestait quelque inquiétude

J'espère que vous ne m'abandonnerez pas ; d’ailleurs je ne suis pas seul ; ne craignez rien : l'Élat-Mäjor est avec mof (3).

Dès le lendemain, le lieutemant-colonel du Paty de Clam vint le retrouver et l'emmena au. cimetière Montmartre: ; ià, il lui révélà son nom; sa qualilé,. et’ lui dicta séance tenante une demande d'audience pour le Ministre, en Jui faisant promettre de nouveau une obéissance absolue (4).

Le soir, dans une nouvelle rencontre au Cercle militaire, le lieutenant-colonel! du Paly de Clam lui ft éerire sous. sa dictée des notes sur ce qu'il avait à dire au général Billof (5j. Ce soir même, en rentrant rue de Douai, Esterhazy trouva à sa porte le commandant Henry dans une voiture: celui-ci lui certifia l'exaetitude de tout ce que -lui avait: dit M. du Paty, et protestàa de nouveau « qu'en haut lieu on « savait très bien tout ce qu'il en était et qu'on élait'résolu « à le défendre àroutrance contre ce qu'il appelait: d’abomi- « nables manœuvres (6) ».

Sur tous ces points, là véracité du récit d'Esterhazy est indiscutable puisque M: du Paty de Clam a lui-même reconnu s'être livré à:ces démarches incroyables en déelarant à la Chambre criminelle en’ 1899 qu'il avait effectivement eu plusieurs entrevues avee Esterhazv !{7).

(1Y Dur Päty:, Cass. 992 11455:

(2) Esterhazy, Cass. 99, I, 578 ; Rennes, II, 124. (3) Femme Pays, Enq. crim. II, 206. — Cpr. Fenime Pays, Rennes.I}, OMAN (4) Esterhazy, Cass: 992 I: 578. —-Lettre au Ministre de ia: Guerre (M. G. Dossier W. Esterhazy 3, cote 1).

(5) Esterhazy, Cass. 99, 1, 579.

(6) Esterhazy, Cass. 99 1,579.

(7) Du Paty de Clam, Case 99, I, 448.

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Reçu par le général Millet, directeur de l'infanterie au

p. 330 Ministère de la Guerre à la suite de sa demande d'audience au Ministre, Esterhazy se vit conseiller par cet officier, qui trouvait étrange « toute celte histoire », de reproduire par écrit le récit qu'il venait de lui faire, d'y joindre la lettre anonyme qu'il avait reçue, et d'adresser le tout au Ministre (1).

Le lieutenant-colonel du Paty de Clam, à qui il rendit compile du résultat de cette visite, lui dicta alors, mot pour mot, le texte de la lettre à adresser au Ministre en lui remettant une note qui, écrite de sa main, a été représentée à la Cour en 1899, et qui est ainsi conçue : « Copiez votre lettre « et sachez-la bien ; réclamez le manuscrit de la pla- « quette (2). »

Cette lettre devait avoir pour but de hâter l'intervention du général de Boisdeffre, sur l’appui duquel M. du Paty croyait pouvoir compter. « Le Ministre, aurait-il dit à Ester- « hazy, ne peut pas faire autrement que de saisir le général « de Boisdeffre de cette lettre et alors nous allons mar- « cher (3). »

Le lendemain soir, impatienté de voir qu'elle était restée sans réponse, il invita Esterhazy, dans une rencontre sur l’'Esplanade des Invalides, à écrire directement au général de Boisdeffre. « Votre lettre, — ajoutait-il, — permeltra au « général de Boisdeffre d'intervenir personnellement ei de « parler au Ministre de la lettre que vous avez adressée à «ce dernier (4).

Si l’on ajoute foi aux paroles de M. du Paty de Clam, telles qu'elles sont rapportées par Esterhazy, il faudrait d’ailleurs admetire que les « grands chefs » connaissaient et approuvaient les démarches de leurs subordonnés, puisqu'ils se seraient eux-mêmes préoccupés de rechercher un moyen de Communiquer avec Esterhazy, sans risquer d’être dévoilés, et que, sur la proposition de ce dernier, Mme Pays aurait été acceptée comme intermédiaire (5). C’est du reste ce qui résulte de la nole suivante qu'Esterhazy a représentée au

(1) Esterhazy, Cass. 99, T7, 580 (Pell.), 11.

2) Esterhazy, Cass. 99, I, 580. — Lettre d’Esterhazy au Ministre (M. G) Dossier 3, W. Eslerhazy : note indiquant qu'elle a élé détruite.

3) Esterhazy, Cass. 99, I, 581 (4) Esterhazy, Cass. 99, LE 581.

(5) Esterhazy,, Cass."99/ML "2582:

Consul de France à Londres comme lui ayant été remise par Mme du Paty de Clam :

J'ai rendu compte au général G. de votre proposition. L'inter médiaire de Mme P. est acceplé (1).

Ces manœuvres étant restées sans résullat, Esterhazy revit älors le lieutenant-colonel du Paty de Clam et Henry. Celui-ci se montra très violent :

Tous ces gens-là ne marchent pas, s’écria-t-il ; Méline et Billot et tout le Gouvernement sont pris par l'approche des élections et par les voix que représentent MM. Scheurer-Kestner, Reinach, etc. Si on ne met pas la baïonnette dans le derrière de tous ces gens-là, ils sacrifieraient toute l'Armée française à leur siège de sénateur ou de député ! Sabre à la main : nous allons charger (2).

Le lendemain, 28 octobre 1897, dans un nouveau rendezvous sur l'Esplanade des Invalides, le lieutenant-colonel du Paly de Clam dicta à Esterhazy le texte d’une première lettre adressée au Président de la République, en lui disant, pour en expliquer le style extraordinaire :

Tout le monde sait que vous êtes un emballé ; de vous, ça ne paraîtra pas extraordinaire : c'est dans votre note (5).

Nous avons déjà donné le texte de celte lettre (4) que, devant le Conseil d'enquête, le lieutenant-colonel du Paty de Clam a reconnu avoir dictée à Esterhazy, et de laquelle nous nous bornons à extraire le passage suivant :

Si j'avais la douleur de ne pas être écouté du Chef suprême de mon pays, mes précautions sont prises pour que mon appel parvienne à mon chef de blason, au suzerain de la famille Esterhazy, à l'Empereur d'Allemagne. Lui est un soldat et saura mettre l'honneur d'un soldat même ennemi, au-dessus des mesquines et louches intrigues de la politique. Il osera parler haut et ferme, lui pour défendre l'honneur de six générations de soldats ! (5)

Le Président de la République ayant gardé le silence, deux jours après, le 31 octobre, on fait écrire à Esterhazy Fa

(1) Esterhazy, Cass. 99, I, 582.

(2) Esterhazy, Cass. 99, I, 582 ; Rennes II, 127. — Cpr. du Paty, Enq. Crime n935;:

(3) Esterhazy, Cass. 99, I, 582; Rennes IT, 127.

(4) Réquisitoire introductif ,page 308.

(5) M. G. Dossier W. Esterhazy, I, cote 12.

lettre dite « du document libérateur » (1). C’est une nouvelle menace non moins odieuse que la précédente.

La généreuse femme, qui m'a prévenu de l'horrible machination ourdie contre moi par les amis de Dreyfus avec l’aide du colonel Picquart, a pu me procurer depuis, entre autres documents, la photographie d'une pièce qu'elle a réussi à soutirer à cet officier. Gette lettre volée dans une légation étrangère par le colonel Picquart est des plus comproîneitante pour certaines personnalités diplomatiques. Si je n'obliens ni &ppui, ni justice, el si mon nom vient à ètre prononcé, celte photographie, qui est aujourd'hui en lieu sûr à l'étranger, sera immédiatement publiée (2).

Enfin, le 5 novembre, une troisième lettre est adressée dans les mêmes conditions au Président de la République (3). C'est toujours la même menace de publier la pièce qui est une protection pour lui puisqu'elle prouve là canailierie de Dreyfus, et un danger pour son pays puisque sa publication avec le fac-similé de l'écriture forcera la France à s'humilier ou à faire la guerre.

Ces letires, communiquées par le Président de la République au Ministre, eurent un double effet.

Sur l'ordre du général Billot, le Gouverneur de Paris convoqua Esterhazy à son cabinet. Le général Saussier avait la réputation méritée « d'être très sévère et d’avoir même la « main lourde » (4). Esterhazy ne se rendit pas moins auprès de lui. Il savait que cette comparution ne serait qu'une simpie formalité : car, dès que la convocation avait été décidée, äl avait reçu la note suivante, écrite de la main de Mme du Paty de Clam :

Vous allez être convoqué pour demain par le Gouverneur : le général Saus$ier vous interrogera sur la pièce ; refusez de parler et dites que vous l'avez en lieu sûr. 11 n'insistera pas du reste. Toutva: bien (5).

Tout en effet se passa bien ainsi : le général Saussier n'insista pas sur ses questions, et Esterhazy se retira après avoir simplement promis de demeurer calme à l'avenir (6).

(1) Cass. 1904. Débats, 309.

(2) M. G. Dossier W. Esterhazy, II, cote 14.

(3) M, G. Dossier W. Esterhazy, II, cote 24, — Cass. 1904. Débats, 310.

(4) Picquart, Enq. crim. I, 662.

(5) Esterhazy, Londres, '26 fév.1900, p. 14 ; Enq. crim. II. 486.

(6) Esterhazy (Pell.) 11, Cass. 99, I, 582. — Londres, 22 février! 1900, p. 10; Eng. crim. II, 484 — Picquart, Enq. crim. 1, 662.

Et, d'autre part, l'Agence Havas communiquait le soir aux p. 332

journaux la note officielle suivante ::

A l'issue du Conseil, la note suivante a été communiquée à la presse : « Le Président du Conseil’et'le Ministre de la Guerre ont informé le Conseil des intentions que leur ont ‘manifestées MM. Castelin et Mirman députés, de leur poser une question relative aux polémiques 'de presse engagées à l’occasion de l'affaire Dreyfus. M. Méline et le général Billot ont indiqué au Conseil la réponse qu'ils ont faite : Le capitaine Dreyfus a été régulièrement ét justement condamné par le Conseil de guerre. La condamnation subsiske avec ses pleins'effets ; elle me pourrait être infirmée que par un arrêt de revision » (1).

Esterhazy recevait ainsi satisfaction ! Ses protecteurs lui donnaieñt en même temps l'ordre d’avoir à rendre le « document libérateur », ainsi qu'en fait foi la note suivante rédigée par M. du Paty de Clam

Il faut restituer la pièce immédiatement. Copiez Îa letire ci- “contre pour le Ministre.'Les trois enveloppes, comme il à été con- “venu. Ne demandez pas de reçu; il vous:sera accusé réception offi-

cielkement. Trouvez-vous :ce soir à 10 heures au même endroit qu'avant-hier avec le pli, avant d'aller le remettre (2).

‘Conformément à ces instructions, Esterhazy rapporta le document au cabinet du Ministre le {4 novembre en y joignant une Copie de la lettre que ‘lui avait dictée M. du Paty de :Clam : le fout était contenu ‘dans trois ’envéloppes qu'il | avaitipris soin de sceller de son cachét (3). Et'le lendemain il recevait du Chef de cabinet du Ministre la lettre suivante :

Le Ministre de la Guerre à M. le:commandant Walsin-Esterhazy, à Paris.

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 1#movembre; par laquelle vous me faites parvenir la photographie

d'une pièce qui vous avait été remise par une femme inconnue et provenant du Ministère de la Guerre.

P..0. Le Chef de'Cabinet,.….

(Signé) pe TORCY (4).

On à pu dire :sansiexcès que « les trois lettres adressées au Président de la République étaient odieuses et qu’elles

(1) Cass. 1904, 310.

(2) Esterhazy (Londres),°26 février 1900 :‘Enq. crim. 11.486.

43) Esterhazy (Pell.), 11; Gass. 99, I, "583.

(4) Esterehzy, Rennes IT, 128 ; Cass. 99, 1,584 : RenneslIL, ‘488.

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constituaient de la part d’un officier à l'égard du Chef de l'Etat un véritable chantage par cette menace d’un recours à un souverain étranger et par cette perspective d'une divulgation de nature à amener des complications internationales (1). »

Elles étaient odieuses à un autre point de vue, car elles insinuaient mensongèrement que la pièce restituée avait été emportée du Ministère de Ia Guerre par le lieutenant-colonel Picquart, qui aurait ainsi méconnu fous ses devoirs, et dérobée chez lui par une femme.

Elles étaient enfin au moins étranges sous la plume de ceux qui, quelques jours à peine écoulés, allaient faire retentir la presse de leurs attaques furieuses contre les partisans de la revision accusés par eux de pactiser avec l'Etranger.

Esterhazy prétend n'avoir été dans cette circonstance qu'un instrument docile entre les mains des membres de l'Etat-Major aux instructions desquels il n'avait fait que se conformer strictement. Il convient de vérifier ses allégations sur ce point et de préciser les responsabilités.

Quant à la forme des lettres incriminées, Esterhazy à toujours déclaré qu'elles avaient été entièrement rédigées par M. du Paty de Clam et ses acolytes et les enquêtes qui ont élé faites sur ce point ont pleinement confirmé ses dires. Au cours d’une confrontation, qui a eu lieu le 24 août 1898 entre M. du Paty de Clam et lui devant le Conseil d'enquête présidé par le général Florentin, M. du Paty a, en effet, reconnu qu'il avait été l’un de ceux qui avaient le plus contribué à la défense d'Esterhazy et que notamment il avait approuvé en principe l'envoi d'une lettre au Président de la République ; sans doute il réprouvait les termes de celles qui avaient été écrites : mais il était obligé en même temps d'avouer qu'il avail donné « la carcasse de l’une d’entre elles (2) » ;: et à la question qui lui était posée : « Eterhazy ment-il en disant que la lettre lui a été dictée ? », il répondait : «Il ne ment pas. ou plutôt... je retire ce que j'ai dit;

1) M° Mornard : 1* mémoire à la Cour de cass. — Rapp. BB. 69. — Cpr. Gribelin, Rennes I, 597. TT @) Conseil d'enquête, 24 août 1898 : Cass. 99, II, 178. — Voir note du

colonel Brochin citée par le commandant Targe, Enq. crim. I, 79 et suiv. et Du Paty, Enq. crim. I, 937.

je ne sais pas. Je n'ose pas confirmer le récit du commandant; je ne dis pas le contraire (1) ».

Lors de l'enquête nouvelle, M. du Paty de Clam a insisté sur le caractère « respectueux » et « raisonnable » de « la carcasse » qu'il avait préparée et qui, suivant lui, consistait uniquement en une demande d'audience ; mais, en même temps, il a reconnu que les lettres au Président de la République avaient été dictées à Esterhazy, se contentant d’en rejeter la responsabilité sur Henry qu'il a accusé d’en être l’auteur (2).

Quant au fond des lettres, deux questions se sont posées. Quelle était la pièce à laquelle il était fait allusion et qui constituait le document libérateur ? Comment Esterhazy l’avaitil en sa possession et de qui la tenait-il ?

Sur le premier point, il est certain qu'il s'agissait de la pièce « Ce canaille de D... ». Nous l'avons retrouvée au dossier de l'enquête Ravary avec les enveloppes écrites de la main d'Esterhazy et scellées de son cachet.

Au cours de l'instruction Ravary, Esterhazy en avait donné la description en ces termes : « Cette pièce consistait « en deux feuilles de papier photographiées d'un côté, « blanches de l’autre. Les deux étaient écrites et l’une était « bâtonnée. Cette lettre commençait par : « Je vous » et « finissait par « Alexandrine » (3) ».

Devant la Cour de Cassation, il a décläré que la pièce en question était celle que l’on désigne sous le nom de « Ce canaille de D... » et comme il ne peut avoir intérêt à cacher la vérité sur ce point, il n’y a pas lieu de suspecter sa parole (4).

C’est l’avis du général Roget (5).

Le lieutenant-colonel Picquart partage cette opinion et la fonde sur une déclaration formelle faite en ce sens par le général Gonse (6).

(DACASSe IT; 179.

(2) Du Paty de Clam, Enq. crim. I, 937.

(3) Esterhazy (Rav.), 163.

(4) Esterhazy, Cass. 99, I, 583.

a Général Roget, Enq. crim. I, 614. — Cpr. générai Roget, Rennes [, (6) Picquart, Enq. crim. 1, 668.

PT ET A TES MALTE CN NA PEU ORES NORMES ES | J - À L € FDA 3 . . QJ a [A

EAN | 1

p. 334 Enfin M. Waltinne affirme qu'au cours de ses travaux, on lui à signalé la photographie de la pièce « Ce :canaille de D... » comme étant:celle qui aurait, jouéile rôle de « .document libérateur,» (1).

La seule dissidence qui se soit produite émane de M..Joseph Reinach. Il estime que la pièce dont Esterhazy a dû menacer le Président de la République est ou la prétendue lettre impériale, ou le bordereau annoté de la main del Empereur ‘d'Allemagne et qu'à supposer que cette pièce n'ait Jamais eu d'existence réelle, elle a eu une’ existence ‘idéale qui à permis de l'utiliser à titre de moyen de défense (2). Il fonde son avis sur cette considération, qu'en octobre 1897, la pièce « Ce canaille de D... » était connue et que sa publication ne pouvait pas être de nature « à forcer la France à s'humilier ou à faire la guerre ».

Si féconde qu'ait élé l'imagination des protecteurs d'Esterhazy, il nous semble difficile d'admettre qu'ils aient entendu faire usage d’un document purement fictif, ainsi que nous le démontrerons ultérieurement (3).

D'autre part, autre chose était de connaître ‘le texte du document par le bruit public et par des indiscrétions de presse ; — autre those, de représenter l'original ou une photographie ‘de ‘cet original ;‘ear alors il eût été impossible de contester son origine et les procédés irréguliers mis en œuvre pour se le procurer.

ÆŒEnfin, dernière invraisemblance du système proposé par M.'Reinach, il est obligé d'admettre que la pièce visée dans le:corps de la léttre au Président de la République est différente de celle qui'a été réellement rendue au ‘cabinét du Ministre et qui, de son aveu même est la pièce « Ce canaille de D... ». L'opinion toute personnelle de M..Joseph Reinach ne nous parail donc pas fondée.

Sur le second point, c’est-à-dire sur la question @e savoir si « le document libérateur » a été effectivement remis .à Esterhazy et, au cas d’affirmative, qui l’a retiré des archives du Ministère de la guerre, une discussion passionnée s’esb engagée et les adversaires de Dreyfus-ont fait un æffort con-

Wattinne, Enq. crim.1, 874.

J. Reinach, Enq. crim. I, 573.

Î (2 3) Voir pages 643 et suiv.

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