‹ L'affaire DreyfusChapitre 108 sur 178 · DO UE RE AN AURA · texte numérisé non relu

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sidérable pour chercher à compromeltre le lieutenant-colonel Picquart.

Au cours de l'enquête du général de Pellieux, Henry n'a pas craint d'affirmer que la pièce n'avait pu sortir du Ministère que par la faute ou la mégligence du lieutenantcolonel Picquart. Il s'est porté garant que, jusqu'en septembre 1896, elle était demeurée constamment enfermée dans une armoire de fer placée dans son bureau et dont il avait la garde et le secret. I a ajouté que le lieutenant-colonel Picquart n'avait pu la connaître que parce que, profitant d'une de ses absences, il s'était fait remettre le dossier secret par Gribelin au mépris. de la consigne donnée {{).

Et Gribelin à confirmé cette déclaration, en laissant entendre clairement que l'indiscrétion ne pouvait être imputée qu'au lieutenant-colonel Picquart (2).

Nous avons déjà dit que le lieutenant-colonel Picquart a reconnu s'être fait remettre le dossier secret par Gribelin, mais a ajouté qu'il n'avait fait ainsi qu'user de son droit incontestable de chef du Service des renseignements (3). Nous aurons à revenir bientôt sur les procédés de l'Etat- Major pour donner une apparence à la fable du vol commis p. 335 chez lui par une femme (4). Contentons-nous de constater ici que toutes ces manœuvres ont misérablement échoué.

Confirmant sa déposition de 1899 devant la Chambre criminelle (5) et les indications de sa lettre du 5 avril 1899 au Ministre de la Guerre (6), M. du Paty de Clam, au cours de l'enquête nouvelle, a nié avoir remis le « document libérateur » à Esterhazy.

J'ai déclaré ‘et je déclare encore que jamais je n'ai remis ni fait remettre aucun document: secret, ni en copie, ni sous enveloppe, ni sans enveloppe, d'aucune façon quelconque au commandant Esterhazy et j'étais convaincu qu'il n'avait jamais ‘eu le document libérateur entre les mains, attendu que ce document à: mon sens, d'après les renseignements. que j'ai pu me procurer au Ministère de la Guerre, n’est pas sorti du Ministère et a été remis par quél-

qu'un du Service des renseignements au cabinet du Ministre où on l'a rapporté (7).

(1) Henry (Pell.), 28 novembre 1897, p. 22.

(2) Gribelin (Pell.), 23.

(3) Voir, page 448.

(4) Voir pages 536 et sûiv.

(5) Du Paty de'Clam, Cass. 99, I, 451,452.

(6) Lettre de du Patv de Clam au Ministre, 5 avril 1895. (7) Du Paty, de Clam, Enq: crim. I, 192,ret I, 938.

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Esterhazy prétend, au contraire, que, s'il n'avait pas eu le document entre les mains lors de la rédaction des lettres au Président de la République, cette piêce était pourtant sortie du Ministère et qu'elle lui avait été remise le 14 novembre 1897 par M. du Paty de Clam pour être annexée à la lettre de restitution adressée le même jour au général Billot (1).

Au premier abord, il pourrait sembler assez diflicile de se prononcer entre ces deux vérsions contradictoires ; la parole de M. du Paty de Clam n'a pas plus de valeur que celle d'Esterhazy et son témoignage est trop intéressé et a été trop souvent reconnu inexact pour être accepté sans réserve alors qu'il se présente seul et n'est corroboré d'aucun fait, d'aucune déposition. Nous devons ajouter que seule, la version d'Esterhazy à trouvé créance auprès de plusieurs témoins. Si le commandant Lauth (2) et le capitiane Junck (3) n'ont pu fournir à ce sujet aucune indication, le général Roget sans vouloir se prononcer d'une façon ferme, a laissé entendre qu'Esterhazy devait dire la vérité. Sa croyance s'est formée au récit d’une conversation qui se serait tenue dans le cabinet du général Gonse au début de l'affaire, alors que la presse commençait à s'occuper de la pièce en question. Comme le général Gonse et Henry se demandaient quel pouvait être le document visé dans la lettre au Président de la République, M. du Paty de Clam aurait dit : À moins que ce ne soit la pièce : « Ce canaïlle de D...» et Henry aurait objecté : « En quoi cela assurerait-il sa sauvegarde ?... » De cette conversation, dont l'exactitude lui avait été confirmée par le général Gonse, le général Roget à retiré cette impression que M. du Paty de Clam, ayant été le seul à avoir songé à cette pièce, avait dû être l’auteur de la communication. Il est également porté à admettre la partie du récit d'Esterhazy d'après laquelle celui-ci n'aurait recu le document qu'au moment précis où il l’a rapporté au Ministère ; car il à déduit d'une conversation que M. Cavaignac, alors Ministre de la guerre, avait eue avec M° Tézenas,

(1) Esterhazy, Cass. 99, I, 583 ; Rennes II, 128 ; Londres, 22 février 190; Eng. crim, II, 485, et 26 février 1900 ; Enq. crim. II, 486.

(2) Lauth, Enq. crim. I, 533

(3) Junck, Enq. crim. I, 501.

avocat d'Eslerhazy, que celui-ci ne devait pas connaître le texte exact de la pièce (1).

Devant la Chambre criminelle, le commandant Cuignel p- 336 et le lieutenant-colonel Picquart ont, en 1899, également paru croire à la réalité de la communication du document par M. du Paty de Clam. Le commandant Cuignet a nettement déclaré que « la dame voilée » n'était autre que M. du Paty de Clam lui-même (2). Et le lieutenant-colonel Picquart qui se souvenait de toute une autre affaire de « dame voilée » imaginée en 1892 par M. du Paty à l’occasion de son différend avec la famille de Comminges, a partagé le mème sentiment (3). |

Esterhazy invoque d'ailleurs à l'appui de ses allégations, l'accusé de réception que lui a adressé le colonel de Torcy. Il fait observer que le cabinet du Ministre, en constatant qu'il rentrait en possession du document, reconnaissait par là-même qu'au préalable cette pièce était sortie des archives et avait été communiquée à un tiers. Le général Roget a procédé à une enquête sur les conditions dans lesquelles ce reçu a été délivré. Dans une lettre du 26 juillet 1898, le général de Torcy a déclaré qu'Esterhazy avait déposé un soir de novembre 1897 dans le cabinet de l'officier de service au Ministère un pli portant la suscription : « Monsieur le Ministre de la guerre », et, si ses souvenirs sont exacts, la mention « Urgent ». TH l'avait lui-même décacheté ; mais, dès qu'il s'était aperçu qu'il s'agissait d'une lettre d'Esterhazv. il l'avait immédiatement refermé sans en poursuivre la lecture et placé sous une double enveloppe qu'il avait cachetée et contresignée. Le lendemain matin, il l'avait remise au général Billot qui avait été seul à en prendre connaissance. Il se croyait toutefois au‘orisé à affirmer qu'au cours de cette opération « il n'avait vu ni même entrevu de pièce jointe à cette lettre, si tant est (ce dont il est porté à douter) que cette lettre en contint une ». Il &vait d’ailleurs conservé le souvenir très net de n'avoir connu pour la première fois le texte du « document libérateur » qu'au procès Zola, e til explique cette ignorance prolongée par ce fait qu’ « en ie

(1) Général Roget, Cass. 99, I, 100; Rennes I. 322: Enq. crim. I, 605. (2) Cuignet, Cass. 99, I, 344.

(3) Picquart, Cass. 99, I, 213.

en

chargeant de faire l'accusé de réceplion, le: général Billot ne lui a donné aucune explication el s'était contenté de lui dire d'employer des termes vagues et de signer la lettre P. (TE STE

Devant la Cour de cassation, le général Biüllof à prétendu que la mémoire lui faisait défaut sur des incidents qu'il à considérés comme extravagants et auxquels.1il n’a pas attaché d'importance ; mais il n'en à pas moins affirmé qu'il prenait l'entière responsabilité du reçu signé par son chef de: cabinet, (2). |

Ajoutons que, si l’on prétendait élever encore le moindre doute sur là valeur de ce reçu, il suffirait de le rapprocher de la lettre que le Ministre de la Guerre adressail le 19 novembre 1897 au Gouverneur militaire de. Paris-en lui transmettant le dossier destiné à l'officier qui allait être chargé d'instruire sur la plainte de M.Mathieu Dreyfus contre Esterhazy. Le Ministre y signale, en effet, à l'attention du, Gouverneur que « dans la lettre du 1% novembre, le comman- « dant Esterhazy à mis la pièce qu'il considère comme sa « sauvegarde et.sa défense (3) ».

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