SPERANZA
Ces deux dépêches, qui sont, à n'en pas douter, l'œuvre
P. 353 d'Esterhazy et de la fille Pays, sur les indications de M. du
Paty de Clam et d'Henry (3), prouvaient à l'évidence que, dans un certain milieu, on cherchait à le compromettre, en lui attribuant la fabrication du Petit-Bleu et des relations mystérieuses avec une personne qualifiée de « Demi-Dieu » et qui devait être M. Scheurer-Kestner (4). Justement alarmé de tous ces faits, le lieutenant-colonel Picquart s’'empressa d'adresser, avec l'autorisation du général Leclerc, une: aemande d'enquête et une plainte en faux au général Billot. (5).
Enfin, il reçut un dernier avertissement qui lui prouva que la campagne menée contre lui se. poursuivait sans relàche. Quelques jours plus tard, en effet, le 15 novembre 1897, le Ministre de la Guerre adressait au général Leclerc un télégramme ainsi CONÇU :
Le Gouvernement a reçu des lettres disant que le lieutenant colonel Picquart aurait communiqué des documents ou donné des renseignements concernant son service au Ministère à des- personnes étrangères à l'armée. Je vous prie de vouloir bien fairevenir à Tunis cet officier supérieur et de l'interroger dans le plus grand secret. Vous lui demanderez des explications complètes, Ee vous me transmettrez d'urgence le résumé par télégramme chiffré (6).
(1) Cpr. Picquart (Pell.), 20-26. (Raw), 171. —- De Lallemand (Rav.), 176. — Curé (Pell.), 26.
(2) Picquart, Cass. 99, I, 199 ; Rennes I, 463.
(3) Cpr. Picquart (Rav.), 174; Enq. crim. 1, 687; Cavard, Eng. crim. I. 892-893. — FF, Pays, Enq. crim. I, 207. — Arrêts ch: acc. Paris, 5et 12 août 1898. — M. du, Paty de Clam nie sa participation ; Lettre au. Ministre du 5 avril 1899 (Rav.) 185, et Enq. crim. TI, 942. — Henry accusait un nommé Souffrain (Rav. 175), qui n'y est pour rien ; Bertulus; Rennes I, 364. ,
(# Picquart, Rennes I, 463:
(5) Picquart (Pell.), 20; 26; Rennes: I, 46%, 468:
(6) M. G. Dossier Picquart, annexe ?, pièce 33.
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À cette nouvelle accusation, le Heutenant-colonel Picquart répondit nettement, le 17, qu'il n'avait jamais fait de communication de ce genre, sauf dans une circonstance où, pour
sa défense personnelle, il avait confié à M° Leblois, avocat,
tenu du secre( professionnel, sa correspondance particulière avec le général Gonse (1).
Au cours de ces événements et ne doutant pas que sa correspondance ne fût décachetée et lue, 1} avait prié ses amis de placer leurs lettres sous double enveloppe collée, afin d'éviter qu’on püt les remettre en circulation, après les avoir ouvertes (2j. Le résultat de cette mesure ne se fit pas attendre. À partir du 7 novembre, le lieutenant-colonel Picquart ne reçut que les trois billets sus-indiqués et une nouvelle lettre anonyme ainsi conçue :
A craindre. Toute l’œuvre découverte. Retirez-vous doucement. Ecrivez rien (3).
Les lettres qu'il attendait de sa famille ne Jui parvinrent jamais.
Sa correspondance ne se prêtant plus aux pratiques du Cabinet noir, l'Etat-Major eut recours à un autre procédé. L'Administration des Postes, à laquelle on s’élait présenté de la part du Ministère de la Guerre, pour obtenir la remise des lettres adressées au lieutenant-colonel Picquart, ayant refusé, en l'absence de pièce qui la couvrît, de faire droit à cette requête insolite, le général Gonse se fit remeltre, le 12 novembre 1897, par le Ministre, une délégation écrite lui donrant mission d'enquêter contre le colonel en qualité d'officier de police judiciaire (4). Le fait ne peut être démenti, puisque la délégation elle-même à été retrouvée et représentée à la Chambre criminelle et par elle aux généraux Gonse et Billot. Il a été en outre établi que, grâce à ce procédé, le général Gonse ne s'était pas contenté de saisir les lettres du lieutenant-colonel Picquart, mais qu'il avait étendu cette mesure à la correspondance adressée au beau-frère de celui-ci,
(1) Picquart, Cass. 99, I, 200.
(2) Picquart, Enq. crim. I, 832-833.
(3) Picquart Cass. 99, I, 200.
(4) Picquart, Enq. crim. I, 832. — La délégation esl au dossier du M. G. Picquart III, pièce 16. — La réquisition du général Gonse à l’Administration des Postes est au même dossier IT, pièce 17.