‹ L'affaire DreyfusChapitre 122 sur 178 · C. — La femme Dosjoub · texte numérisé non relu

C. — La femme Dosjoub

Une tentative de subornation de témoin caractérisée a été faite vis-à-vis de la femme Dosjoub. Cette femme à été au service de Dreyfus, dont elle a allaité l’un des enfants et s’est ensuite retirée dans son village à Celles (Puy-de-Dôme). A l’époque où l'affaire a été reprise, deux personnes élégamment vêtues se sont présentées un jour chez elle et lui ont proposé une somme importante pour le cas où elle consentirait à témoigner que, pendant son séjour dans la famille du capitaine Dreyfus, celui-ci l'avait chargée de porter une lettre à la maison A... Pour mieux la séduire, ses interlocuteurs lui ont montré les billets de banque qu'ils lui destinaient.Comme la femme Dosjoub refusait, en disant qu'elle n'avait jamais reçu une semblable mission et qu’au demeurant elle ne savait même pas lire, ils ont cherché à l'intimider, en lui faisant observer que son mari était encore soumis à la loi militaire et, après avoir renouvelé leurs efforts sans plus de succès, ils se sont retirés, non sans lui adresser les plus graves menaces pour le cas où elle révélerait à qui que ce fût leur démarche auprès d'elle.

Ce récit que la femme Dosjoub a d'abord fait connaître à M. Bonnard, ingénieur civil à Marseille, dont elle avait un &es enfants en nourrice, à été pleinement confirmé par elle,

par son mari et par M. Bonnard, dès qu'ils ont été entendus

sur commission rogatoire de la Cour de cassation (2).

D, — Le capitaine Pouydraguin.

Le dossier secret renferme deux notes cotées sous les nératrel12; :

Dans la première, le capitaine de Pouydraguin déclare

(1) Martinie, Eng. crim. I, Il, 227. — M° Martinie, Enq. crim. I, 228. — Massé, Enq. crim. 1, 149-150.

(2) F* Dosjoub, Enq. crim. II, 221. — Dosjoub, Enq. crim. Il, 224. — Bonnard, Enq. crim. Il, 219

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qu'au cours d'un voyage d'études qu'il faisait avec ses collègues, élèves, à l'Ecole de guerre, il a été obligé de s'’absenter pendant vingt-quatre heures et qu’à son retour il a demandé au capitaine Dreyfus de lui prêter son carnet de visites des places fortes, pour pouvoir meltre le sien à jour :

Il m'a communiqué, ajoute-t-il, bien qu’en général il aimât peu prèter ses travaux, le résultat de la visite de la place forte d'Epinal, qui contenait les plus grands détails, en particulier sur le tracé de la voie du chemin de fer à voie étroite Péchot, sur les nouveaux abris de secteurs el tous les abris casematés, en un mot sur tout ce qui était neuf et intéressant à Epinal. J'ai souvent

depuis pensé que ce que je croyais être le zèle d’un officier travailleur et ambitieux pouvait bien avoir une autre cause (1).

Dans la seconde note datée du 13 mai 1898, le capitaine de Pouydraguin signale la connaissance parfaite qu'avait Dreyfus du plan de mobilisation et rapporte qu'au cours d'une conversation qu'ils avaient eue sur son mérite ef sa valeur, il avait fait en quelques coups de fusain sur une carte des chemins de fer appendue au mur le dessin de la position de nos armées, sans prendre la précaution de l’effacer, une fois la conversation terminée (2).

J'avais fait, y dit-il en terminant sa note, la remarque mentale que Dreyfus avait une excellente mémoire, pour pouvoir ainsi dessiner de souvenir à près d’un an de distance l’ensemble d'une concentration, dont nous n'avions généralement fait qu'entrevoir la disposition générale et dont nous ne connaissions les détails que pour les lignes auxquelles nous étions attachés (3).

Ces notes, bien que n’attribuant à Dreyfus que le zèle et les connaissances qu'on est en droit d'attendre d'un officier d'Etat-Major, ont été versées au dossier secret, comme pièces à charge contre lui. On a prétendu en tirer la preuve de l'intérêt excessif et suspect qu'il prêtait aux questions intéressant au plus haut point la défense nationale. Le général Mercier à fait état dans sa déposition à Rennes et il a même versé aux débats un rapport du capitaine de Pouydraguin, qui est la reproduction à peu près textuelle de la note du 13 maï 1898 (4).

(1) Dossier secret, pièce 11.

2) Voir page 294.

3) Dossier secret, pièce 12.

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Le capitaine de Pouydraguin a déclaré, au cours de la récente enquête de la Chambre criminelle, qu'il n'avait rédigé ces notes qu à la demande du commandant Henry et avec la pensée qu'elles ne seraient jamais produites en justice et il a ajouté :

Si de ces noles il peut se dégager une impression un peu défavorable sur Dreyfus qui dans un cas m'avait rendu un service, et dans l’autre n'avait fait qu’exposer des idées en matière de concentration, concentration que nous connaissions tous, c’est que je me trouvais à ce moment sous l'influence des idées régnantes à l'Etat-Major de l’armée. Mais depuis je dois déclarer que mes idées se sont modifiées à cet égard et que d’ailleurs en

rappelant tous mes souvenirs, je n'ai jamais rien constaté à la charge de Dreyfus (1).

Le capitaine de Pouydraguin a également reconnu avoir rédigé de mémoire, à la demande du général Mercier, qui l’a fait venir près de lui, le texte approximatif de la seconde note. Mais il à affirmé n'avoir fait qu'obéir aux sollicitations de son chef, le général Gonse, qui l’a mis en rapport avec l’anc'en Ministre de la Guerre. A la demande du lieutenant-colonel Henry, il a d’ailleurs rédigé plusieurs autres notes destinées au général Gonse, notamment sur la question de savoir à quelle époque les stagiaires avaient su qu'ils n'iraient pas aux manœuvres de l’automne 1894 Cetle note nettement favorable à Dreyfus, aussi bien que la lettre qu'il à écrite au capitaine Janin, en réponse à celle que cet officier lui avait écrite « pour le général Roget » ont été, nous l'avons vu (2), supprimées, tandis que les deux premières, qui pouvaient donner lieu à une interprétation tendancieuse contre l’accusé, ont été aussitôt versées et retenues au dossier (3).

GP ÉESVFAUX.

Les manœuvres que nous venons de rappeler pouvaient demeurer impuissantes à sauver l'œuvre de 1894 à raison de l'inanité des charges matérielles relevées contre Dreyfus. Il fallait donc, suivant l'expression d’un témoin, « corser le dossier ». On n'a pas craint d'avoir recours au moyen le plus

(1) De Pouydraguin, Enq. crim. II, 211.

(2) Voir pages 255, 256. — De Pouydraguin, Enq. crim. Il, 211. (3) De Pouydraguin, Enq. crim. II, 211.

simple, au faux. Tantôt on a forgé de pied en cap des documents constituant des charges que l’on croyait accablantes contre Drevfus. Tantôt on a altéré par changement de dates ou altération de texte des pièces existantes, pour les iai rendre applicables, alors qu'elles ne le pouvaient concerner.

A.— Le faux Weiler.

Nous avons dit l'arrivée au Ministère des Golonies de cette lettre datée du 31 août 1896, signée Weil ou Weiler où de grossières inscriptions écrites à l'encre sympathique en interlignes semblaient révéler l'existence d’un complot en faveur du condamné. Le lieutenant-colonel du Paty de Clam y trouvait la confirmation de l'idée qu'il avait émise et qui s'était répandue dans l'Etat-Major du travail tenté par la famille Dreyfus pour lui substituer un homme de paille (1).

Le lieutenant-colonel Picquart partagea d’abord ce sentiment ; mais comme il était d'ores et déjà convaincu de la culpabilité d'Esterhazy, à l'exclusion de celle de Dreyfus, il y voyait une tentative désespérée dans l'intention d’arracher le condamné à l'ile du Diable (2). Toutefois, dès le milieu de septembre, des doutes lui vinrent à l'esprit, lorsque en examinant la pièce il constala la grossièreté du procédé employé pour celte prétendue communication clandestine. Ses doutes se changèrent en une conviction absolue à la suite d’une conversation avec M. Cavard, directeur de la Sûreté générale (3).

L'événement lui a donné raison ; personne, aujourd'hui, ne conteste plus que cette pièce ne soit un faux. Mais, tandis que le commandant Cuignet l’attribue à M. .du Paty de Clam (4), celui-ci le nie énergiquement, et, signalant les ressemblances d'écriture de ce document avec les lettres anornymes adressées au Ministre de la Guerre et au général de Boisdeffre, il n’est pas loin de penser que l’auteur en pourrait être Esterhazy (5).

Quel que soit le faussaire, son intention manifeste était de créer une pièce compromettante pour Dreyfus. Or, si nous

(1) Picquart, Rennes I, 435-436.

(2) Picquart, Rennes I, 436-437.

(3) Picquart, Cass. 99, I, 163 ; Rennes ï) Cuignet, Cass., 99, I, 344.

(5) Du Paty de Clam, Enq. crim. I, 944.

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remarquons qu'elle a élé fabriquée au moment précis où le lieutenant-colonel Picquart avisait ses chefs de sa découverte, et dans le but de contre-carrer ses projets ; si nous observons qu’à celte époque les sentiments de cet officier n'étaient connus que d'un très petit nombre d'officiers de l’Etat- Major (1), nous en concluons forcément que c'est de ce milieu seul qu'eile peut émaner.

Joint aux bruits d'évasion de Dreyfus, en même temps mis en circulation le 3 septembre, ce faux a eu pour effet d'entraîner un redoublement de surveillance et de rigueur contre le condamné (2).

B. — Le faux Henry

Il est un autre faux qui a joué un rôle bien plus impor- . {ant au procès, parce qu'il était de nature à fournir une preuve certaine de la culpabilité de Dreyfus. C'était une let- | tre de l’agent B, par laquelle ii faisait connaître à l'agent A. … les relations qu'il avait eues avec Dreyfus, dont il citait le nom en toutes lettres. Datée du 34 octobre 1896, elle a été … fabriquée quelques jours avant l’interpellation Castelin, dont » l'Etat-Major semblait suspecter les intentions à son égard, » sur la foi d'un rapport de Guénée l’accusant « d’être vendu . aux juifs et de faire leur jeu » (3).

Nous avons déjà indiqué dans notre premier réquisitoire » les circonstances dans lesquelles l'existence de ce document na été divulguée. Le général Billot y avait déjà fait allusion en juillet 1897, lorsqu'il avait déclaré à M. Scheurer-Kestner qu'il avait une pièce qui supprimait toute incertitude (4). » Mais c'est seulement devant la Cour d'assises, au cours du “procès Zola, que pour la première fois il en à été fait publi- “quement usage. À l'audience du 18 février 1898, le général de Pellieux s’est exprimé en ces termes :

(1) Voir page 452.

—. (2) Rapport de l'Administration pénitentiaire sur le séjour de Dreyfus -à l'île du Diable, Rennes I, 249-250.

… (3) Rapport de Guénée sur M. Castelin, 19 septembre 1896, assorti d'une “note du général Gonse qui l'analyse. — Targe, Enq. crim. J, 98.

Do (4) Général Billot, Rennes I, 179.

Au moment de l'interpellation Castelin, il s'est produit un fait. que je tiens à signaler. On a eu, au Ministère de la Guerre ,— el remarquez que je ne parle pas de l'affaire Dreyfus, — la preuve absolue de la culpabilité de Dreyfus, absolue ! et cette preuve, je l'ai vue. Au moment de cette interpellation, il est arrivé au Ministère de la Guerre, un papier, dont l'origine ne peut être contestée et qui dit, — je vous dirai ce qu'il y a dedans : — « Il va se produire une interpellation sur l'affaire Dreyfus. Ne dites jamais les relations que nous avons eues avec ce juif ». Et, Messieurs, la note est signée ; elle n’est pas signée d'un nom connu, mais elle est appuyée d’une carte de visite ; et, au dos de cette carte de visite, il y a un rendez-vous insignifiant signé d’un nom de convention, qui est le même que celui qui est porté sur la pièce, et la carte de visite porte le nom de la personne. Eh bien ! Messieurs, on a cherché la revision du procès par une,voie détournée Je viens donner ce fait. Je l’affirme sur l'honneur, et j'en appelle à M. le général de Boisdeffre pour appuyer ma déposition (1).

Et le général de Boisdeffre disait aussitôt :

« Je confirme de tous points la déposition de M. le général de Pellieux comme exactitude et comme authenticité » (2).

C’est de cette pièce dont on s’est servi pour former la conviction de M. Wattine, lorsqu'il & élé appelé à constituer, en mai 1898, le dossier secret avec le général Gonse et à préparer le rapport du 1* juin (3).

Quelques semaines après, le 7 juillet 1898, M. Cavaignac, Ministre de la Guerre, livrait enfin, à la tribune de la Chambre des députés, le texte même du document.

Mon cher ami,

J'ai lu qu'un député va interpeller sur Dreyfus. Si on me demande à Rome nouvelles explications, je dirai que jamais j'avais des relations avec ce juif. C'est entendu ! Si on vous demande diles comme ça. Car il faut pas que on sache jamais personne ce qui est arrivé avec lui.

Et M. Cavaignac, se flant aux renseignements que lui donnait le général Gonse dans un rapport du 4 juillet 1898, assorti de deux notes du lieutenant-colonel du Paty de Clam (5), ajôutait :

(1) Général de Pellieux, Compte rendu sténographique du procès Zola II, le : (2) Général de Boisdeffre, Compte rendu sténographique du procès Zola II, 127.

(3) Wattinne, Enq. crim. I, 868 et suiv. (4) M. G., Dossier secret, pièce 365.

5) Texte : Targe, Eng. crim. I, 112 à 117.

Son authenticité matérielle résulte pour moi non seulement de tout l’ensemble des circonstances dont je parlais, 11 y & un instant; mais elle résulte entre autres d’un fait que je veux indiquer : elle résulte de la similitude frappante avec un document sans importance écrit par la même personne,"et écrit comme celui-là au crayon bleu sur le même papier assez particulier qui servait à la correspondance habituelle de cette même personne et qui, daté de ee n'est pas sorti depuis cette date des archives du Ministère de à Guerre.

Son authenticité morale résulte d'une façon indiscutable de ce qu'il fait partie d'un échange de correspondances qui eut lieu en 1896. La première lettre est celle que je viens de lire. Une réponse contient deux môts qui tendent évidemment à rassurer l'auteur de la première lettre. Une troisième lettre, enfin, qui dissipe bien des obscurités, indique avec une précision absolue, avec une précision telle que je ne puis en lire un seul mot, la raison même pour laquelle les correspondants s'inquiétaient (1).

Quelques jours à peine écoulés, la preuve était faite que c'était un faux.

Lorsqu'en effet le commandant Cuignet a été chargé par le Ministre de l'examen de toutes les questions se rattachant à l'affaire Dreyfus (2), il n'a pas eu de peine à découvrir que le quadrillage des fragments de tête sur lesquels étaient écrits les mots Mon cher ami, et celui des fragments qui por-

taient la signature Alexandrine, étaient de teinte gris bleuté,

tandis que tous les autres fragments formant le corps de la pièce élaient d'un quadrillé violet ou rouge lie de vin. En se reportant à la pièce de comparaison, il fit la constatation inverse. Il a en outre observé que, dans la pièce du 31 octcbre 1896, le quadrillage des fragments de tête ne pouvait se raccorder exactement avec celui du corps du billet. II à eu immédiatement le sentiment qu'il y avait eu de l’une à l’autre pièce échange des fragments de l'en-tête et de la signature (3). Cette. impression s’est transformée en certitude absolue à la suite d’une double épreuve à laquelle il s’est livré sur l'ordre du Ministre. Pour ne pas altérer l'état matériel des deux pièces, il en a soigneusement décalqué tous les fragments, en reproduisant le quadrillage et les mots écrits au crayon bleu ; et avec l’aide de ces décalques, il à reconstitué les deux pièces, en leur affectant respectivement Îles

Séance de la Chambre des députés du 7 juillet 1898, Journal officiel Ds ecol 3 NES DMRE Cuignet, Rennes I, 501. — Roget. Enq. crim. I, 607.

du 8 ) 3) Rapport Cuignet, 30 août 1898. — Cuignet, Rennes I, 502.

morceaux qui semblaient devoir leur appartenir d'après la teinte du quadrillage ; il a alors obtenu, dans toutes les par- Lies des deux documents, un raccord parfait, tant du qua- drillage que des déchirures. Il a ensuite procédé à une contreépreuve et rendu aux deux pièces les fragments de papier calque correspondant à ceux des originaux suspects, et il a alors constalé au point de vue du défaut de concordance du quadrillage les anomalies qu’il avait signalées dès l’origine (1).

Le Ministre, qui, jusque-là, avait montré quelque incrédulité à l'égard des observations du commandant Cuignet, se déclara absolument convaincu par cette expérience (2). Il convoqua à son Cabinet Henry qui avait reconstitué le document, el, le 30 avril 1898, dans un inlerrogaloire poignant, fait en présence des généraux de Boisdeffre et Roget (3), il lui a peu à peu arraché l'aveu qu'il avait fabriqué de toutes pièces la lettre du 31 octobre 1896 (4).

A ce premier faux avoué par son auteur, ne convient-il pas d’en ajouter un second, et de penser que la pièce de comparaison datée de 1894 qui a servi à authentiquer celle de: 1895, est également apocryphe ?

Telle n’est pas l'opinion du commandant Cuignet. Il a estimé que la pièce n'est. pas fausse, et qu'elle date réellement de 1894 ; mais, suivant lui, Henry l’a déeollée en 1896, pour pouvoir la calquer plus facilement, et c’est par inadvertance qu'en la reconstiluant il y a introduit des fragments de la pièce fausse qu'il fabriquait (5). Nous ne pouvons, au contraire, nous empêcher de remarquer qu’elle est suspecte à plusieurs égards. 4

La date du 16 juin 1894, qui figure dans le coin gauche, et qui semble être de la main d'Henry (6), a été inscrite par lui très certainement après coup, lorsqu'il eut fait son faux: chevauchant sur un morceau du document primitif et sur un de ceux qui y ont été rapportés par la suite, elle est manifeste-

(1) Rapp. Cuignet, 30 août 1898 (M. G.) dossier Henry, pièce 1. — Cuignet, Rennes I, 502. — Cavaignac, Rennes I, 198-199. — Général Roget Rennes I, 319. — Cpr. Targe, Enq. crim. I, 984.

(2) Cavaignac, Rennes I, 198-199.

(3) Général de Boisdeffre, Rennes I, 529. ;

(4) Procès-Verbal du général Roget. — (M. G) dossicr Henry (pièce 2).— Cavaignac, Rennes I, 199.

(5) Cuignet, Rennes 1, 512-513. js

(6) Cuignet, Rennes I, 513. — M‘ Labori, Rennes IT, 216.

ment postérieure à la grave altération qu'il a subie (1). Ecrite à une époque si tardive et dans les circonstances que nous connaissons, elle n’a évidemment aucune valeur.

D'autre part, si cette pièce remontait à 1894, il serait tout à fait singulier qu'on n’en eùt pas fait usage au cours du procès de 1894. Son texte ne pouvait pas, en effet, ne pas appeler l'attention sur elle :

Mon cher ami, je vous renvoie le manuel... nous nous retrouverons à diner chez Laurent ; ü y aura trois de mon ambassade, dont un seul juif (2).

A celte époque, où 7 fixait le bordereau au printemps de 1894, cette lettre, dans laquelle 1l eût été question du manuel et d’un juif en relations avec B el À, aurait assurément paru intéressante. Personne n’en a parlé. Il faudrait donc admettre qu'elle serait restée enfouie dans les cartons de la Section de statistique, el qu'elle n'en serait sortie qu’en 1896, au moment précis où Henry en avait besoin pour authentiquer son faux. La coïncidence serait au moins singulière, et nous comprenons que M° Labori ait pu penser que la pièce a été fahriquée en 1896 pour les besoins de la cause, mettant ainsi en doute la fidélité de la mémoire de Gribelin et du com-

mandant Lauth, qui ont déclaré l'avoir vue dès 1895 et même

en 1894 (3).

Arrêté séance lenante et conduit au Mont-Valérien, Henry y a été trouvé le lendemain 31 août dans sa chambre mort, « étendu sur son lit après s'être ouvert la gorge avec un « rasoir, qu'il tenait encore dans la main gauche (4) ».

Le lieutenant-colonel Henry a-t-il agi de son propre mouvement, ou bien a-t-il eu des complices ? Il appert du procèsverbal dressé par le général Roget le 3 septembre qu'Henry se serait exprimé avec beaucoup de netteté sur ce point.

(1) Général Roget, Rennes II, 217-218. — Cuignet, Rennes I, 513.

(2) Picquart, Rennes I, 411. — Dossier secret.

(3) Labori, Rennes II, 218. — Cpr. Lauth, Rennes II, 219. — Gribelin, Rennes II, 217.

(#) Rapp. du commandant Walter, 31 août 1898 (M. G. dossier Henry pièce 6). —- Procès-verbal du commandant Walter, 31 août 1898 ( M. G. dossier Henry, pièce 7). — Rapp. du médecin major Pauzat, 1* septembre 189$ (M. G. eod., p. 9). — Proc. verb. du commissaire de police (M. G. dossier Henry banal). — Rapp. médical du docteur de Lagorce M. G. eodemu. — Cpr. Rapp. médical du médecin-major Bernard sur le suicide au Val de Grâce du capitaine B. dans des conditions identiques (M. G. dossier suicide Henry, 16). — Targe, Enq. crim. I, 107. ;

D. Vous avez été seul à faire cela ?

R. Oui.

D. Gribelin n'en a rien su ?

R. Personne n'a su cela, personne au monde.

Lorsqu'après l’aveu il a été gardé à vue par le général

p. 385 Roget dans une pièce attenant au Cabinet du Ministre, en

attendant la décision à intervenir, il serait revenu sur cette question, et « aurait déclaré, avec la plus grande énergie, à « plusieurs reprises qu'il n’avait pas eu de complice et que « personne au monde ne savait ce qu'il avait fait (1) ».

Il convient de remarquer que le procès-verbal d'interrogatoire a été établi après la mort d'Henrv, et n'est par conséquent pas signé de lui.

Le lieutenant-colonel Henry a également exprimé la mêrne pensée devant le colonel Féry, major de la place de Paris, lorsque celui-ci l’a conduit au Mont-Valérien.

Au cours du trajet, il semblait atterré, et n'avoir pas conscience de sa situation. I] monologuait à demi-voix, en répétant plusieurs fois les mêmes paroles : « C’est inconcevable ; que me veut-on ? C’est à devenir fou, ma conscience ne me reproche rien. Ce que j'ai fait, je suis prêt à le refaire encore. C'était pour le bien du pays et de l’armée. Je n'ai jamais fait de mal à personne ; j'ai toujours fait mon devoir. Quel malheur d’avoir rencontré sur mon chemin de pareils misérables ! ils sont la cause de mon malheur... (2)

D'autre part, peu après sa mort, on à trouvé près de lui sur une table deux lettres à l’adresse de sa femme ; l’une ouverte :

Ma Berthe bien aimée, je suis comme fou ; une douleur épouvantable m'étreint le cerveau. Je vais me baigner dans la Seine (3).

L'autre fermée :

Ma Berthe adorée, je vois que, sauf toi, tout le monde va m'’abandonner ; et tu sais dans l'intérêt de qui j'ai agi. Ma lettre est une copie, et n'a rien de faux, absolument rien ; elle ne fait que confirmer les renseignements verbaux qui m'avaient été donnés quelques heures auparavant. Je suis absolument innocent,

(1) Procès-verbal du 3 septembre 1898 (M. G. dossier Henry pièce 2).

(2) Colonel Féry (M. G. dossier Henry pièce 4). |

(3) Proc.-verb. Roget, 3 septembre 1898 {M. G. dossier Henry pièce 10). — Proc.-verb. Féry 1* septembre 1898 (M. G. dossier Henry, pièce 8). — Rapp. Walter (M. G. dossier Henry, pièce 7).

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