‹ L'affaire DreyfusChapitre 128 sur 178 · SO · texte numérisé non relu

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M. Painlevé n'a cessé de protester et de s'inscrire en faux p. 395

contre les allégations contenues dans cette note. Dans la conversation qu'il a eue avec M. Jacques Hadamard, cousin éloigné de Dreyfus, celui-ci à, au contraire, affirmé de la manière la plus catégorique sa foi absolue dans l'innocence du condamné et ce n’est que pour donner plus de poids à sa parole et montrer qu'il n’apportait dans la question aucune sentimentalité, aucune passion, aucun esprit de famille, qu'il a déclaré qu'il l'avait vu juste une fois dans sa vie, le jour de son mariage, quil ne lui avait guère été sympathique et qu’on lui avait même rapporté certains faits de sa vie privée qui ne lui plaisaient pas (1).

Dans sa déposition devant la chambre criminelle, en 1899, M. d'Ocagne a déclaré que tel était bien le sens de la conversation que M. Painlevé lui avait déclaré avoir eue avec M. Jacques Hadamard (2).

Lorsqu'il a été entendu par le général Gonse, le 28 février 1898, M. Painievé a tenu un langage si différent de celui que lui prête la pièce 96 et il s’est exprimé en termes si formels que son interlocuteur, après avoir vainement insisté pour savoir s'il ne connaissait pas quelque chose des incidents de la vie privée de Drevfus auxquels il était fait allusion, a été amené à lui avouer, non sans un Certain dépit, que son témoignage ne lui apprenait rien de nouveau ce n'offrait pas d'intérêt particulier (3).

Comment expliquer, dans ces conditions, que le général Gonse at rapporté faussement dans une pièce destinée à faire partie d’un dossier judiciaire, l’entretien qu’il avait eu avec M. Painlevé ? Au Conseil de guerre de Rennes, il a allégué; qu'au premier abord il avait considéré les déclarations de M. Painlevé comme éfant sans importance, mais que, le Ministre auquel il en avait référé n'ayant pas partagé son sen-

fiment, et ayant manifesté son désir que la trace de l'incident

fût gardée au dossier, il avait été obligé de rédiger de mémoire la note en question (4).

M. Painlevé n'a pas eu de peine à démontrer que, sur ce

Q Painlévé, Rennes IL, 332 ; Enq. erim. I, 645. — Hadamara, Cass., 99, #581et Rennes [1,327

5 Painlevé, Rennes III, 386-337.

(3) Painlevé: Rennes III, 334-335 el Enq. crim. I, 645.

(4) Painlevé, Rennes III, 546 et Enq. crim. I, 645-646.

point encore, les explications du général] Gonse étaient matériellement et volontairement inexactes, et que la note du 8 mars 1898 n'avait élé insérée au dossier secret que pour être substituée à une autre préexistante. II a tout d’abord fait observer que M. d'Ocagne avait, de son aveu même, entretenu, dès le commencement de décembre 1897, le capitaine

Hély d’Oissel, officier d'ordonnance du général Gonse, des

propos tenus par M. Jacques Hadamard et qu'à cette époque, l’'Etat-Major avait précisément le plus grand intérêt à démonrer que la famille Drevfus n'était pas de bonne foi (1). I a surtout tiré argument de l'entretien qu'il avait eu lui-même avec le capitaine Hély d'Oissel le 28 février 1898, quelques minutes avant d'être introduit auprès du général Gonse. Celui-ci lui avait alors expliqué que sa conversation avec M. Jacques Hadamard était parvenue aux oreilles de son chef, qu'elle était déjà notée au dossier, mais que le général Gonse, procédant à une revision absolument complète de ce dossier, et ne voulant laisser au Ministère de la Guerre qu'une procédure irréprochable, et d'une authenticité indiscutable, avait voulu tenir de lui-même les termes exacts de cette conversation (2).

M. Painlevé a d’ailleurs invoqué à l'appui de ses assertions, une lettre que lui a adressée M. d'Ocagne. Il en résulte, en effet, que le capitaine Hély d'Oissel confirme ses déclarations sur ce point, en se contentant d'attribuer au général Gonse lui-même le langage qui lui est prêté. « À ce propos, écrit M. d'Ocagne, d'Oissel me dit que dans votre déposition vous lui mettez dans la bouche certaines phrases qu'il se rappelle fort bien vous avoir été adressées par le général en personne (3). »

Après avoir démontré qu'il y avait au dossier une note préexistante à celle du S mars 1898, M. Painlevé a cru pouvoir établir quels en étaient le sens et la portée. S’emparant de la déposition que le général Roget a faite devant Ia chambre criminelle en 1899, et au cours de laquelle il a attribué à M. Hadamard, beau-père de Dreyfus, et non plus à M. Jacques Hadamard, les propos tenus à M. Painlevé, il en a conclu que la même confusion avait dû être faite dans la pre-

mr

(1) D'Ocagne, Cass. 99, I, 755: Painlevé, Enq. crim. I, 646. (2) Painlevé, Enq. crim. I, 6#4.

(3) Painlevé, Eng. crim. I, 6%4.

mière note (1) et il a vu, dans cette déclaration du général Roget que la question avait fait l’objet d'un rapport au Ministre, la preuve que la première note contenait des allégations beaucoup plus graves que celles figurant maintenant au dos- SIÉTISOUS : le m79642);

Enfin, selon lui, la seconde note a été antidatée et la substitution de celle note à la première a, en réalilé, été bien postérieure au 8 mars 1898. Si elle avait été rédigée à cette aate, le général Gonse n'aurait pas manqué d'y relever le jour exact de l'audition de M. Painlevé. Le fait, que sur ce point on à été réduit à fournir une indication vague, témoigne qu'il l’a écrile à une époque où ses souvenirs n'étaient déjà plus parfaitement précis (3). M. Painlevé en a conclu que la pièce 96 était un faux, mais un faux atténué remplaçant une autre pièce accablante pour la famille Dreyfus et qui à été employée pour agir sur ie Ministre avant le procès Zola (4).

Si vraisemblables qu'elles puissent paraître, certaines des déductions de M. Painlevé ne sont pas encore entièrement démontrées. Mais il est d'ores et déjà établi que, dans un but inavouable, le général Gonse à dénaturé une Conversation qui s'analysait en une affirmalion catégorique de l'innocence de Dreyfus et a abusé du nom de M. Painlevé pour chercher à donner le caractère authentique à cette altération de la vérité.

En face de toutes ces constatations, en face de toutes ces falsifications, on comprend la révolte du général de Pellieux écrivant sa lettre : « Dupe de gens sans honneur... qui m'ont fait travailler sur des faux... » et l’on ne peut que partager le sentiment que le général Chamoïin à de son côté exprimé devant la Chambre criminelle en ces termes :

J'éprouve le besoin de vous dire combien j'ai été attristé, peiné, même écœuré, quand, après avoir pris connaissance du rapport de M. le Procureur général, j'ai vu que j'avais, moi, par ordre, c'est vrai! mais, somme toute, moi, apporté un dossier qui contenait des faux si faciles à reconnaître et que j'avais été peut-être, dans une certaine mesure, l'artisan d'une impression qui avait pu

amener, si légère soit-elle, une conviction dans l'esprit des juges, qui étaient appelés à connaître et à donner leur avis, leur oui ou

leur non, dans lallaire Dreyfus (5).

(1) Général Roget, Cass. 99, I, 632. — Painlevé, Enq. crim. I, 646. — Cpr. général Roget, Rennes IIT, 344-345. «

(2) Général Roget, Rennes III, 345. — Painlevé, Enq. crim. I, 646-647.

(3) Painlevé, Enq. crim. I, 647.

(4) Painlevé, Enq. crim. I, 647.

(3) Général Chamoiïin, Eng. crim. I, 321.

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