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RELATIONS DE L’ETAT-MA3IOR AVEC LA PRESSE

Jamais l'influence de la presse ne s'est fait sentir plus violemment que dans cette affaire. L'Etat-Major s’est constamment tenu en rapport avec ses organes les plus emportés: il leur à fourni de nombreux articles et c’est parmi eux qu'il a trouvé ses défenseurs les plus ardents.

Dès l’origine de l’Affaire, ce sont des renseignements provenant, à n'en pas douter, du Miñistère de la Guerre qui signalent à l'Eclair, à la Libre Parole, l'arrestation de Dreyfus, ayant pour but et pour résultat de forcer la main au général Mercier qui semblait hésiter encore.

Dès qu'ont apparu les premiers germes de l'idée de revision, la campagne de presse recommence, prenant manifestement ses inspirations à l’Etat-Major général. Personne n’en a douté en lisant les articles parus le 10 et le 14 septembre 1896 dans l'Eclair et nous avons dit les soupçons qui, de ce chef, ont été lancés contre le lieutenant-colonel Picquart dont ces articles contrecarraient pourtant si complètement l'achon (1), contre M. Pauffin de Saint-Morel qui s’en est pleinement disculpé (2). Lorsque M. Sabatier, le directeur du journal, eut désigné ensuite M. Lissajous comme l’auteur des articles, le lieutenant-colonel Picquart s’est demandé si l’inspirateur de celui-ci n’était pas le colonel Henrv (3) dont les relations avec ce journal lui étaient connues. Puis, d'accord” avec le commandant Cuignet, il en a formellement accusé le lieutenant-colonel du Paty de Clam à raison du style et surtout des indications qu'ils renfermaient et qui correspondaient exactement aux idées toujours exprimées par cet officier supérieur (4). Poursuivi de ce chef, M. du Paty de Clam a bénéficié d’une ordonnance de non-lieu (5). Mais il n’en est pas moins resté plus que vraisemblable que ces articles écrits dans le but de couper court aux premiers efforts faits en faveur de là revision n'ont pu émaner que du milieu fort res-

treint des officiers de l’Elat-Major général qui, seuls à cette

(1) Picquart, Rennes I, 438 ; Enq. crim. I, 684 à 686 ;: Cass. 99, I, 166.

: D Picquart, Enq. crim. 1, 685. — Pauffin de Saint-Morel, Eng. crim. , 426. À (3) Picquart, Rennes I, 454. — Cpr. Laulh, Rennes I, 629. (4) Picquart, Cass. 99, I, 167; Rennes I, 439. — Cuignet, 99, I, 342.

0 Du Paty de Clam, Enq. crim. I, 172 à 174. — Picquart, Rennes I, 4#4VU.

époque et en très petit nombre, étaient en état de fournir les renseignements très précis qu'ils contiennent.

Trois autres articles signés « Dix » et publiés par La Libre Parole, les 15, 16 et 17 novembre 1897, ont exposé tout le système alors soutenu par l'Etat-Major : les prélendues machinations du lieutenant-colonel Picquart, le Syndicat, l'impossibilité pour Esterhazy de se procurer les documents du bordereau. Si le général Gonse a déclaré n’en pas con-

naître l’auteur (1), Esterhazy a été moins réservé. Devant p. 398

M. le juge d'instruction Bertulus, il à reconnu qu'il les avait inspirés eb il a prétendu qu'il avait été documenté par la dame voilée (2). Précisant ses déclarations le 23 janvier 1899 devant la Chambre criminelle, il a attesté qu'il les avait portés au journal, mais soutenu qu'il n'avait agi qu'à l’instigation d'Henry et il a ajouté que notamment la « plaquette », qui avait été publiée par La Libre Parole du 16 novembre, lui avait été remise par le lieutenant-colonel du Paty de Clam (3). Bien qu'il ait nié être responsable de ces nouvelles indiscrétions, M. du Paty de Clam à dû lui même reconnaitre qu'elles devaient émaner du service des renseignements (4).

L'Etat-Major a été également en relations avec l’Intransigeant qui est devenu l’un de ses défenseurs les plus passionnés. M. Rochefort a fait connaître qu’un jour, au début « de l’entreprise de réhabilitation », le commandant Pauffin de Saint-Morel, qu'il voyait quelquefois aux courses, était venu le trouver, qu'il lui avait parlé de la campagne qui allait s'ouvrir en faveur de Dreyfus, dont il déclarait la culpabilité cerlaine, et que, faisant appel à son amour du pays et de l'armée, il lui avait demandé « de marcher à fond » pour l'Etat- Major (5).

Le commandant Pauffin de Saint-Morel, qui à subi pour ‘: ce fait une peine disciplinaire de trente jours d’arrêts, a reconnu avoir fait cette démarche : mais il s’est défendu d’avoir parlé à M. Rochefort d'aucun document intéressant l'affaire. Il a allégué pour excuser sa conduite qu'il avait

(1) Général Gonse, Rennes II, 170.

APR EL Proc. Berlulus, 14 mai 1898. — Picquart, Cass. 99, I, (3) Rochefort, Eng. crim. I, t1T-H8-H9. — Esterhazy, Rennes I, 129. ai Paty, End. crim, I, 031 (5) Esterhazy, Rennes Il, 128- 129, 133-134.

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cédé au désir de faire cesser les altaques dont son chef, le général de Boisdeffre, était l’objet et que celui-ci, à qui il avait fait part de ses intentions, n'avait rien dit qui püt le dissuader d'agir (1).

Ces quelques indications ne sont que de bien faibles traces de toute la campagne que l'Etat-Major n'a cessé d'’alimenter. Si habilement qu'elles aient été dissimulées, il serait possible de retrouver encore dans les archives les brouillons des communications qui ont été faites aux journaux, soit par le général de Pellieux qui les écrivait de sa main pendant toute son enquête, soit par le général Gonse. À connaître leur source, on ne saurail s'étonner de fous les bruits et de toutes les nouvelles qui ont été mises en circulation et qui, pendant des années, ont, aux frais de l'Etat, égaré l'opinion publique systématiquement trompée par ceux-là mêmes qui avaient

{ant d'intérêt à dissimuler et à étouffer la vérité.

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