‹ L'affaire DreyfusChapitre 131 sur 178 · HER · texte numérisé non relu

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qu'il a reproché au Président de la Chambre crimineHe la politesse avec laquelle ce haut magistrat a fait connaître au colonel Picquart l'obligation où, par suite des exigences du service, la Cour se voyait de remettre son audition au lendemain. Cela fait l'objet de deux rapports du capilaine Herqué qui refuse de s'associer à ce sentiment et de transmettre au prisonnier les regrets de la Cour. Il ne s’en tient pas là. Un grog chaud ayant été servi au lieutenant-colonel Picquart à la suite d'une lôngue déposition rendue plus pénible encore par son étal de maladie, le capitaine Herqué s’en indigne, se fait l'écho de l'étonnement des domestiques, et tient à consigner « qu'il n'a pas voulu laisser ignorer à M. Picquart « qu'il n'aurait pas permis à l'huissier de prendre une pareille « initiative » (1). Un homme seul ne pouvait suffire à telle besogne. Le capitaine Herqué s'est fait assister par l'inspecteur spécial Maguin qui s'est chargé de suivre les magistrats à l’urinoir et de compter les minutes qu'ils y pouvaient passer: (2) ! Ce qu'il y a de plus triste, c'est que le général Zurlinden a accueilli ces honteux rapports sans la moindre protestation. Bien plus ! lorsque M. le sénateur Bérenger eût dénoncé, du haut de la tribune du Sénat, l’indigne conduite du capitaine Herqué et l’eût justement flétrie comme procélant d’un sentiment de bas espionnage (5), le général Zurlinden a pris, dans une lettre adressée par lui au Ministre de la Guerre, la défense de cet officier. Non seulement il à déclaré couvrir l’acte de son subordonné, -mais il a affirmé avoir pris personnellement connaissance des comptes rendus qui lui étaient adressés et avoir approuvé l'initiative dont le capitaine Herqué avait preuve en cette circonstance (4).

Lors de sa récente déposilion devant la Chambre criminelle, le général Zurlinden, comprenant sans doute que sa responsabilité était engagée du fait de ces actes, a allégué. pour se justifier, que ces rapports, auxquels il n'attachait aucune importance, avaient élé établis sans ordre direct ef positif de sa part eb que, dans sa pensée, ils n'étaient pas destinés à sortir des archives du Gouvernement militaire de Paris. Il a fait valoir qu'ils ne lui avaient pas été soumis au

(1) Rapport Herqué, 3 déc. 1898.

(2) Rapport Maguin, 10 janv. 1899.

(3) Séance du Sénat, 27 février 1899, Journ. off. du 28. (4) Rapport du général Zurlinden, 28 fév. 1599.

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jour le jour, qu'il ne les avait expressément connus qu'à la suite du discours prononcé par M. le sénateur Bérenger et que, pour clore l'incident, il avait cru devoir faire une démarche personnelle auprès de M. le Premier Président Mazeau (1).

Il n'en demeure pas moins acquis que le Gouverneur militaire de Paris a autorisé au moins tacitement de semblables pratiques et qu'il les a ensuite expressément approuvées dans un document officiel. Le fait se passe de touts commentaire et peint, mieux que tout ce que nous pourrions dire, l’état d’esprit de celui qui l’a toléré et qui a vainement tenté de l’exeuser.

Tel est l’ensemble des pratiques fâcheuses, des compromissions suspectes et des manœuvres criminelles contre lesquelles la vérité à eu si longtemps à lutter et qui ont réussi à tenir en échec et à égarer la justice des hommes devant les Conseils de guerre de Paris et de Rennes. |

Au cours de cette étude, nous avons considéré comme un devoir de faire, aussi équitablement que possible, le départ des responsabilités encourues et de remonter jusqu'aux échelons les plus élevés de la hiérarchie, lorsque les faits ont dénoncé la coopération des plus hauts chefs de l’armée. C’est pourtant, croyons-nous, à la Section de statistique surtout que la résistance s'est organisée et entretenue sous la direction du général Gonse. Certes nous sommes d'accord avec cet officier général (2) pour reconnaître que cette Section à un rôle nGüble et élevé, qui est défendre l’armée contre les entreprises criminelles d’espions qui l’entourent.Mais il faut avouer que, comprise ainsi qu'elle a été pratiquée à cette époque et sous cette direction, cette mission n'est pas sans péril, qu’elle amène ceux qui y sont affeclés à s'aboucher avec des individus tarés, à pénétrer et à vivre dans un monde d'aventuriers eb d’escrocs où l'honneur et la probité n’ont rien à voir. Les consciences faibles peuvent céder à ce contact malsain et il semble bien que tel ait été le cas d’un trop grand nombre de ceux dont nous venons d'étudier le rôle. Ce n’est plus un mystère pour personne que la Section de statistique, abusant d'une trop large indépendance, s'est laissée aller aux pra-

(1) Général Zurlinden, Enq. crim. 1, 354.

(2) Général Gonse, Rennes I, 536.

tiques les plus regrettables. Tous le reconnaissent et le déplorent. C'est le commandant Lauth, qui déclare que rien n'y était strict dans le service (1). C’est le lieutenant-colonel Cordier, qui relève et regrette la tendance de ses officiers à se livrer à des opérations de police vraiment indignes de leur fonction (2). C'est le général Davignon qui constate qu'on y était « archi-policier » (3). C’est le général de Pellieux qui prockame « que tout devait y être réorganisé et qu'il fallait y porter le fer et le feu » (4). C'est enfin le Ministre de la Guerre lui-même, le général de Galliffet qui, désireux de remédier à cette déplorable situation, dont il était loin pourtant encore de mesurer tout le péril et dont il allait devenir à son tour l’inconsciente victime (5), a pris la décision de soumettre la Section au contrôle effectif du chef du 2° Bureau et de confier à la Sûreté générale le soin d'accomplir toutes les mesures de police jugées utiles et rentrant dans son rôle normal ef qui n’a pas hésité à frapper ensuite les résistances qui ont cherché à s'opposer à l'accomplissement de cette réforme nécessaire (6). Il est pénible d'avoir à constater toutes les défaillances que nous avons signalées. Il importait cependant, dans l'intérêt du pays et de la morale publique, de les mettre en pleine lumière pour rendre impossible désormais le retour de semblables errements. Et l'œuvre était plus nécessaire encore pour faire apparaître les procédés employés à l'effet d'enlever la condamnation de l’innocent et d'assurer l'impunité de l'auteur véritable du bordereau et de tous ceux qui l'ont soutenu en foulant aux pieds les lois de l'honneur et de la justice. Nous nous ne trompons certes pas à la croire pleinement accomplie et nous estimons qu'il n’est personne désormais qui ne juge avec nous que la revision du jugement du 9 septembre 1899 s'impose.

La loi nous donne-t-elle les moyens de l’ordonner ? C'est ce qu'il nous reste à rechercher en examinant, avec toute la

) Lauth, Eng. crim. 1, 523:

) Cordier, Rennes II, 500.

) Général Davignon, Enq. crim. I, 861.

) Ducassé, Eng. crim. I, 711.

5) Général de Galiffet, Enq. crim. I, 895 et suiv. — François, Enq. crim. 1, 637 et suiv.

(6) Général Davignon, Enq. crim. 1, 861-862. — Général de Galliffet, Eng. crim. I, 895, 897.

plénitude de pouvoirs qui appartient en cette matière à la Cour suprême, ce que valent, en fait et en droit, aussi bien les moyens nouveaux qui nôus ont été signalés par Dreyfus, par M. le Ministre de la Guerre et par M. le Garde des. Sceaux, que ceux qui peuvent résulter de l'enquête à laquelle la Chambre criminelle a procédé en exécution de son arrèl du 5 mars 1904.

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