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$ I. Cernuszki.
Au cours des débats qui se déroulaient devant le Conseil de Guerre de Rennes, Esterhazy ne cessait d'écrire au général Roget. Dans ses lettres, il accusait sans cesse le Conseil :
D'’avoir son siège fait d'avance, malgré l'apparente, trop apparente impartialité du Président. Vous n'avez, lui disait-il, qu'une chose à faire : c’est de faire une protestation collective avant la clôture, déclarant que les cinq Ministres de la Guerre, huit officiers généraux, une foule d'officiers de tous grades maintiennent absolument leur conviction formelle de la culpabilité de Dreyfus ; qu'ils ont pour eux l'unanimité de l’armée, et que c'est à choisir entre l’armée et Dreyfus. Si vous ne faites pas cela, vous êtes perdus (1)... I n'y à, répétait-il encore, qu’une espérance de salut, si tant est que ces juges choisis et travaillés soient capables d'un revirement, c’est un coup de théâtre dans le sens que je me suis permis de vous indiquer (2).
Ce coup de théâtre, si ardemment désiré et conseillé, allait Se produire, mais sous une autre forme.
A la fin du mois d'août 1899, un sieur Eugène Cernuszky, originaire de Budweïss (Bohême), se disant officier de cavalerie démissionnaire de l’armée autrichienne, descendant de famille souveraine et réfugié politique, s’est mis en rapport
avec diverses personnes à l'effet d’être admis à déposer devant le Conseil de Guerre de Rennes, alors en séance.
Il se serait d'abord abouché avec un officier supérieur qui lui aurait représenté que, s'il faisait une déclaration officielle, elle tomberait par là « dans l'étouffoir », et qui lui aurait désigné un tiers auquel il lui aurait conseillé de s'adresser.
Cernuszki se serait alors rendu chez un ancien magistrat, M. Quesnay de Beaurepaire (3), qui, plus tard, a publié le récit de leurs entrevues dans le journal l'Echo de Paris (4). M. Quesnay de Beaurepaire a fait préciser nettement à Cer-
(1) Lettre d'Esterhazy du 3 septembre 1899. Enq. cerim. II, 467, 468.
(2) Lettre d'Esterhazy du 2 septembre 1899. Eng. crim. ::, 466.
(3) Montéran, Ena. crim. II, 115. — Deglas, Eng. crim. IN, 1172. — Cuignet, Eng. crime. 1, 772-773-774.
(4) Echo de Paris, #° du 3 juin 1900, Enq. crim. II, 56.
nuszki son témoignage et lui a indiqué les voies propres à en assurer Ja production.
Cernuszki rencontra également l'appui, moral tout au moins, de MM. Montéran, courtier en banque (1) et Deglas, négociant en soieries (2), et ceux-ci, frappés de l’apparente gravité de déclarations qui échappaient à leur contrôle, l’accompagnèrent jusqu'à Rennes (3). Pour ce vovage, l'ancien officier autrichien était muni d'une grande vaiise qui, disailil, contenait des documents si importants que le fait d'en être détenteur mettait sa vie en danger (4).
Dès son arrivée, il chercha à se mettre en rapport avec «diverses personnes, notamment avec M. Cavaignac (5), avec le général Roget (6) et le général Mercier (7) :
Ni ce que M. Cernuszki m'a dit sur ce dont il voulait témoigner, ni ce qu'il m'a raconté de son existence, a déclaré le général Mercier, ne Ma pas paru pouvoir inspirer une confiance suffisante pour prendre la responsabilité de demander sa citatian (8). — Je lui ai posé quelques questions, dit de son côté le général Roget, je n'ai pas été tres convaincu qu'il apportàät quelque chose de sérieux (J).
Cernuszki alla trouver le commandant Carrière, à qui il avait déjà écrit (10), et finalement il fut appelé à l'audience du 4 septembre 1899 en vertu du pouvoir discrélionnaire du Président (11). 11 y fut entendu à titre de renseignements et sans prestation de serment ; ou plutôt, prétendant qu'étant étranger il parlait malaisément le français, — allégation d’ailleurs tout à fait inexacte (12), — il demanda au Président, qui ne s'y refusa pas, de faire donner lecture d’une note rédigée par sa femme, Française de naissance, écrite par lui (13)
(1) Montéran, Eng. crim. II, 115.
(2) Deglas, Eng. crim. Il, 11%.
(3) Montéran, Eng. crim. II, 115. — Deglas, Enq. crim. Il, 117. — Gaillard, Eng. crim. II, 119.
(4) Gaillard, End. crim. II. 119-120.
(5) Deglas, Eng. crim, II, 117. — Cuignet, Eng. crim. 1, 773
(6) Général Roget, Enq. crim. I, 612.
(7) Général Mercier, Enq. crim. 569.
(8) Général Mercier, Enq. crim. 1, 569. — Cpr. Montéran, Eng. crim. II, 115. — Deglas, Enq. crim. Il, 117. à
(9) Général Roget, Eng. crim. I, 612.
(10) Carrière, Rennes IN, 315. — Cpr. général Mercier, Eng. crim. II, 115. — Deglas, ‘Eng. Cr 117:
(11) Colonel Jouaust, Rennes TITI S LE:
(12) Deglas, Enq. crim. II, 117.
(13) Cernuszki, Rennes HI, 316.
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