‹ L'affaire DreyfusChapitre 145 sur 178 · GET · texte numérisé non relu

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connu ce que le colonel Sandherr avait de particulier contre Dreyfus ; il en est réduit aux suppositions, et celle qu'il fait es£ exclusive de toute idée de lettre impériale ou de bordereau annoté : « Ah ! il mentait si bien ! », nous dit M. Wattine qui résume en ces termes son impression sur lui, et nous ne pouvons pas ne pas la partager.

Si nous en croyons M. du Paty de Clam, « il semble « cependant très probable que le colonel Sandherr avait « quelque chose. Il y avait dans son attitude... comme une « petite restriction, qui a fait penser (au témoin) que, bonne “ ou mauvaise, il y avait une pièce qui élait une charge con- « tre Dreyfus et qu'il n’a pas connue. Un jour, ajoute M. du « Paty de Clam, il m'a montré un dossier : c'était au « moment de la confection du commentaire : il m'a présenté « ce dossier et m'a dit : « Quant à cela, ça ne verra jamais le « jour ». Pour l'affaire du télégramme, vous la connaissez « déjà. Mais il y avait d’autres pièces : je ne sais pas ce que CiCiestu(l)

Jl semblera sans doute bien difficile d'admettre qu'un document, qui eût constitué une preuve décisive de culpabilité, ait ainsi pu disparaitre, sans que personne en ait jamais eu connaissance, M. du Paty de Clam n'hésite pas d’ailleurs à proclamer lui-même toute l'invraisemblance de l’histoire du bordereau annoté. Il est impossible de tenir compte de données aussi incerlaines. Et si quelques esprits ont pu en conclure qu'Henry devait se ménager ainsi la possibilité de fabriquer ou de faire fabriquer une seconde ligne de faux destinée à suppléer à l’inanité de celui qu'il avait déjà produit, il nous est pour notre part impossible d'y voir de près ou de loin l'existence d’un document authentique ou forgé émanant d'un souverain étranger.

b) Ce n'est pas davantage au témoignage d’Esterhazy, qu'il faut avoir recours pour obtenir un éclaircissement sur ce point. Sans doute il à produit devant le Consul de France a Londres une leltre d'Henry qui contiendrait ces mots: « C’est convenu, nous ne nous servirons pas de la lettre impériale (2) ». Mais rien ne permet d'attester l'authenticité de

(1) Du Paty de Clam, Eng. crim. I. 951.

0) Esterhazy, Londres, Enq. crim. il, 489, 490. — Jaurès, Enq. crim. I. J1J,

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cette leltre d'Henry, et si cette phrase peut paraître suspecte, sa signification n’est pas suffisamment claire, ni son auteur suffisamment sûr, pour qué nous ayons à en faire état.

c) Le général de Boisdeffre a été mis également en cause au sujet d’un incident qui se serait produit chez la princesse Mathilde. x

Vers la {in d'octobre 1897 (2), celle-ci se serait trouvée très troublée à la suite d'une conversation qu'elle aurait eue avec AT Joseph Reinach au sujet de l'affaire Dreyfus. Mais elle aurait été compiètement rassurée par la visite du général de Boisdeffre qui l'aurait mise en garde contre les récits de M. Joseph Reinach, lui aurait affirmé la cuipabilité de Dreyfus et lui aurait attesté l'existence de la lettre de l'Empereur d'Allemagne (3). Un familier de la princesse, M. d'Ocagne, aurait raconté le fait à M. Painlevé (3).

Or M. d'Ocagne, qui aurait ainsi reçu les confidences de Ja princesse Mathilde, à déclaré « qu'il s'agissait là d’un de ces « nombreux racontars de salon qui font le tour de la presse « et qui ont fini par prendre une certaine consistance ;.. que « le fait est tout à fait inexact.... qu'il fallait traiter cela par « le mépris (4) ».

M. Painlevé reconnaît que, dans le propos que lui a rapporté M. d'Ocagne, il n’a jamais été question d’un document ae provenance impériale ef que ce dernier lui a, au contraire, affirmé la fausseté de cette information dès qu'elle a été mise en circulation (5).

Il semble cependant vrai que la princesse Mathilde ait altesté le fait ainsi dénié. Un jour, vers la fin de 1897, elle manda près d'elle M. Emile Straus, avocat à la Cour d'appel de Paris et, lui frappant sur l'épaule : « Vous êtes de ceux « qui croient à l'innocence de l’autre, vous ? », lui dit-elle. — Sur sa réponse qu'il croyait à l’innocence des gens tant que leur culpabilité n'était pas démontrée ef qu'il y avait bien des choses qui lui inspiraient le doute dans cette affaire : « Eh bien ! répliqua-t-elle, il n'y en a pas ; il y a des preu-

(1) Reinach., Enq. crim. I, 559.

(2) Reinach, Eng. crim. I, 559.

(3) Reinach, Enq. crim. I, 559.

(4) D'Ocagne, Eng. crim. 1, 630 et suiv, (5) Painlevé, Eng. crim. I, 643-644.

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