‹ L'affaire DreyfusChapitre 15 sur 178 · HENRY · texte numérisé non relu

HENRY

Faites compléler ma pelite enquête au plus vite (2).

1] ne saurait y avoir de doute sur l'existence de cette: lettre ; elle a été reconnue par M. Papillaud Jui-même dans la Libre Parole (3), le lendemain du jour où M. J. Reinach en a publié le texte (4).

Mais M. Papillaud a prétendu qu'il n’en connaissait pas le signataire et que cette lettre n’avait eu pour lui que la valeur d'une lettre anonyme. C'est peu d'accord avec le texte du document qui indique entre l’auteur et le destinataire des relations affectueuses et suivies. « Mon cher ami, je vous l'avais bien dit... Faites compléter ma petite enquête au plus vite. »

Le général Mercier affirme que le document n’est pas de l'écriture d'Henry (5). Qu'en sait-il ? Il était au surplus un moyen de le vérifier, c'était d'examiner la pièce elle-même. Comme tant d’autres documents dont la production eût pwæ

(1) Général Mercier, Rennes, I, 91.

(2) J. Reinach, Eng. crim. I, 565.

(3) Libre parole, n° du 3 avril 1899.

(4) J. Reïinach, Enq. crim. I, 565-566.

(5) Général Mercier, Rennes II, 202.

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être utile à la défense, elle a disparu. M. Papillaud a refusé de la produire tant devant la Cour de cassation que devant le juge d'instruction délégué M. Boucard, en s’abritant derrière un refus de déposer, qui a motivé contre lui une condamnation de 100 francs d'amende, conformément aux dispositions de l’articte 80 du ecde d'instruction criminelle (1).

Le commandant Cuignet a affirmé que « c’est M. du Paty « de Clam qui, à l'insu de ses chefs, a fait connaître à la « presse l'arrestation de Dreyfus : il à voulu ainsi forcer la « main au Gouvernement et avoir le precès (2) ». M. du Paix de tam le nie (3), et rien ne le prouve.

De quelque côté que vint l'avis, et quel qu’en fût l’auteur, il produisit son effet immédiat : car M. Papillaud, ainsi prévenu par la lettre « Henry », à fait aussitôt usage du renseignement, et, dès le 29 octobre, il publiait dans la Libre Parole l’entrefilet suivant :

Est-il vrai que récemment une arrestation fort importante ait été opérée par ordre de l'autorité militaire ? L’individu arrêté serait accusé d'espionnage. Si la nouvelle est vraie, pourquoi l'autorité militaire garde-t-elle un silence absolu ? une réponse s'impose (4).

Le 31 octobre l'Éclair annonçait de son côté l'arrestation d'un officier israélite, Et le 1% novembre, en tête de la Libre Parole on lisait en grosses lettres : « Haute trahison : Arrestation de l'officier juif A. Drevfus (5) ».

En présence de cette situation, le général Mercier demanda au Président du Conseil de convoquer d'urgence un P: 4 conseil de cabinet. Et le 1% novembre, quoique ce fût un jour de fête, tous les Ministres se réunirent au Ministère de - ntérieur. Le général Mercier leur rendit compte de l'enquête, des expertises, de l'épreuve de la dictée. Il attribuait pour mobile au crime les déceptions éprouvées par Dreyfus dans sa carrière militaire (6). À l'unanimité il fut décidé que l'inculpé serait déféré à la justice militaire (7).

() Papillaud, End. crim. II, 233, 234; Arrêt du 21 mai 1904.

BR) CUGNEL, Cass-M09 1342:

{3) Du Paiy de Clam, Cass., 99, I, 443.

(4) Libre Parole n° du 29 octobre 1894.

(5) Rapp. B. B. p. 40, 4.

(6) Bartnou, Cass. 99, [, 356. :

(7) Général Mercier, Cass. 95, I, 6 et Rennes I, 91. — Ch. Dupuy, Cass. 99, 1, 658 et lelire Rennes 1, 92. — Guérin, Cass. 92, I, 290 et Rennes I, 231. — Poincaré, Cass. 99, 1, 292. — Barthou Cass. 99, I, 336.

Gore

Le 2 novembre le Ministre de la Guerre transmettait en conséquence le dossier au Gouverneur militaire de Paris, et celui-ci donnait le 3 l'ordre d'informer (1.

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