CA, VAR
M. de Val Carlos argue de faux toutes les mentions de la comptabilité tendant à le représenter comme un agent régulièrement appointé (1). 11 n'a jamais, dit-il, reçu de mensualité ni pour lui, ni mème pour un tiers à l'égard duquel il aurait joué le rôle d’intermédiaire (2). Sans doute, il a procuré à Henry, sur ses pressantes sollicitations, un homme du nom de Mestre Amabile, connaissant plusieurs langues et capable de voyager utilement pour le service des renseignements (3). Recevant personnellement d'Henrv les sommes destinées à rémunérer cel agent, il s’est empressé de les faire parvenir à leur destinataire en échange de reçus qu'il a remis au bureau des renseignements pour.dégager sa responsabilité. Cette opération très régulière a porté sur une somme totale de 1,500 francs, dont il n'a été restitué aucune fraction, et qui à été distribuée en 8 ou 10 acomptes. Pour se couvrir, il fait état des reçus qui, s'ils n'ont pas été détruits, doivent être retrouvés au Ministère de la guerre (4).
Les registres de la comptabilité du service des renseignements démentent ces affirmations, puisqu’à la date du 4 décembre 1895, 1,500 francs sont portés comme lui ayant élé remis en une seule fois sous le pseudonyme de « Charles » et que, le 26 décembre, 200 francs figurent en recettes à litre de remboursement partiel. D'autre part, il ne subsiste aucune trace des reçus qu'il invoque comme pièces justificatives (5).
Enfin les efforts, qu'il déclare avoir faits pour découvrir Mestre Amabile ef ohfenir de lui un nouveau reçu global, sont demeurés infructueux. Aux lettres et aux télégrammes qu'il a envoyés à cet effet à la Havane (6), il a été répondu tantôt que Mestre Amabile était inconnu {7), lantôt, au contraire, qu'il était parti pour les Etats-Unis et de là pour le Japon (8). Il lui a donc été impossible de fournir aucune justification de l'emploi des 1,500 francs qu'il reconnait avoir reçus. Ici encore il abrite sa responsabilité derrière celle
(1) Val Carlos, Enq. crim. I, 153.
(2) Val Carlos, Enq: crim. 1, 153.
(3) Val Carlos, Enq. crim. I, 152.
(4) Val Carlos, Enq. crim. 1452, 153, 159, 161, 162. (5) Val Carlos, Eng: crim. L, 733.
(6) Val Carlos, Enq. crim. I (7) Val Carlos, Enq. crim. H, (8) Val Carlos, Eng. crim. I
PRO SA On LS VAPEUR PRET NET | + RÉ" | MSC ACTE
d'une tierce personne, dont le témoignage ne peut être produit, pour contredire ou étayer son affirmation.
D'après lui, les mensualités inscrites sous son nom n'ont pu lui être effectivement remises, car elles seraient sang cause. Il n'a jamais été en rapport avec le Service des renseignements ; il ne lui à fourni aucune indication. Ses relatons avec Henry n'ont pas revêtu le caractère qu'on leur a supposé, et pendant longtemps il à lui-même ignoré la nature exacte des fonclions que son ami remplissait au Ministère (1). Il n’a pas connu A. et B. plus intimement que ses autres collègues, et n'a nullement été mis au courant de leurs agissements (2). N'ayant jamais entendu parler d’une trahison commise par un officier du ministère de la guerre (3), il n’a pu tenir ni à Guénée, ni à Henry les propos qu’on lui prête (4); il l’a affirmé à plusieurs reprises sous la foi du serment (5). Seul un propos sans consistance aurait pu donner naissance à cette légende. Comme dans un de leurs entretiens, Henry lui faisait part de ses préoccupations au sujet des fuites constatées au Ministère, il lui aurait répondu
Je ne sais pas quel en est l'auteur ; mais, si je le savais, je ne vous le dirais pas (6).
Le lieutenant-colonel Picquart ne considère pas cette version Comme absolument invraisemblable. A son avis M. de Val Carlos à pu très légitimement el sans mauvaise pensée dire : il y a au 2° bureau un officier qui renseigne très bien les attachés militaires étrangers ; car à cette époque le colonel de Sancy,, chef de ce bureau, se montrait très accueillant envers les attachés militaires étrangers et usait trop largement, aux dires de certains, et notamment du colonel Davignon (7), du droit qu'ii avait de leur donner diverses indications. Ces bruits qui circulaient dans les milieux militaires, M. de Val Carlos a pu s'en faire l'écho auprès de Guénée et
\ Val Carlos, Enq. crim. I, 160.
) Val Carlos, Eng. crim. I, 158.
) Val Carlos, Enq. crim. I, 158.
) Val Carlos, Enq. crim. I, 155.
) Val Carlos, Enq. crim. I, 155, 156.
) Val Carlos, Eng. crim. I, 155.
) Général Davignon, Enq. crim. I, 862.
d'Henry qui les avaient mai compris ou déflormés pour les besoins de la cause (1).
Quant à son silence prolongé, alors que des déclarations qu'il savait fausses-étaient produites en justice comme venant de lui, M. de Val Carlos l'explique par la grande réserve que lui imposaient sa qualité d'officier étranger et sa situation d'attaché militaire. Sa démission n'a en effet été acceptée qu'après le procès de Rennes, le 20 octobre 1899 (2).
En présence de ces dénégations, il est impossible d’établir d’une façon certaine où est la vérité. Henry et Guénée sont les seules personnes à qui M. de Val Carlos aurait confié ses révélations. Tous deux sont morts, sans avoir eu à répondre aux affirmations qui leur sont opposées aujourd'hui. |
M. de Val Carlos estime qu'il n'y a pas à faire état des articles de l'Intransigeant. Contrairement aux allégations qui y sont produites, il affirme ne pas s'être entretenu de l'affaire Dreyfus avec M. Daniel Cloutier et n'avoir pas inspiré ces articles (3), 11 ne s’est jamais rendu dans les bureaux de l’Intransigeant (4) et personne n'a pu en effet affirmer lv avoir rencontré, ni M. Possien, alors rédacteur à ce journal (5), ni M. Ayraud-Degeorge, secrétaire de la rédaction, qui a déclaré ne pas le connaître (6), ni M. Rochefort qui a avoué ne l'avoir
jamais vu (7) S'il a diné deux fois en compagnie de
M. Voulquin et de M. Cloutier, ce dernier n'a pu puiser dans ces propos de {able la matière des articles qu'il a publiés par la suite (8).
A notre avis, alors même que la preuve des entretiens de M. de Val Carlos et de M. Daniel Cloul'er serait rapportée, 1l serait impossible d'établir la nature exacte de leurs conversations, parce que l’un des interlocuteurs, M. Daniel Cloutier est mortet que l’autre en nie l'existence. Quant aux propos échangés entre M. Cloutier et M. de Val Carlos en présence de M. Voulquin, nous ne pouvons en connaître l’objet
ACqURrE Enq. crim. I, Ge
) Val Carlos, Enq. crim. 159:
) Val Carlos, Enq. crim. l 737-738,
) Val Carlos, Eng. crim. I, 736.
) Possien., Enq. crim. I, 587.
ÿ) Ayraud-Degeorge, Eng. crim. 1, 497-498.
) Roque “Enq. crim. I. 424.
( ( (£ ( (I ( ( (8) Val Carlos, Enq. crim. I, 741,
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