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que par les déclaralions du marquis puisque M. Cloutier est mort et que M. Vouiquin « est atteint d'une surdité presque « congénitale et qui est absolue au point qu'on ne commu- « nique avec lui qu'à l’aide de petits papiers (1) » et que s'il « à été le trait d'union entre ses deux convives, une fois les « présentations faites, il a nécessairement rempli le rôle d’un « personnage muet (2) ». Sur ce point encore la contradiction est impossible et la lumière ne peut être faite.
Enfin M. de Val Carlos oppose aux déclarations de M.Gaston Jollivet le démenti le plus absolu. Jamais il ne lui a dit sen opinion sur le jugement de 1894. Alors même qu'il eût été parfaitement renseigné, sa situation lui eût imposé une discrétion absolue (3).
Mais alors, demandons-nous, si M. de Val Carlos n’a joué aucun rôle dans l'affaire Dreyfus, pourquoi ces démarches répétées faites auprès de lui entre les deux procès ? Pourquoi l'agent Guénée lui a-t-il demandé d'affirmer par écrit un fait, qu'il savait faux, s'exposant à un refus certain, s’il ne disposait pas d'un moyen d'action sur lui ? Pourquoi le général Roget est-il venu lui déclarer, au lendemain du suicide d'Henry, qu'il n'avait rien à craindre, que son nom ne serait jamais mis en avant (4) ? Quelles inquiétudes cette p. 481 visite avait-elle pour but de calmer ? Pourquoi enfin, à la veille du procès de Rennes, le général Mercier at-il cru devoir user à son égard d'intimidation ? Comment pouvaitil « bouger » s'il élait toujours demeuré étranger à l'affaire, et comment pouvait-il être « brisé » si son attitude avait été à l'abri de toutes critiques ? Ce sont là des questions auxquelles M. de Val Carlos n’est pas en état de répondre ; il ne peut s'expliquer le but des démarches dont il a été l'objet (5).
(1) Ayraud Degeorge, Enq. crim. 1, 499 ; voir le Temps. 80 avril 1904, (2) Temps, 30 avril 1904.
(3) Val Carlos, Enq. crim. I, 738.
(4) Val Carlos, Enq. crim. I, 152-153, 157.
(5) Val Carlos, Eng. crim. I, 157.
Si nous devions nous prononcer entre les deux versions, nos préférences iraient à la première. Elle repose sur des preuves écrites et sur les déclarations faites spontanément par Gribelin dans des conditions qui ne permettent guère de mettre en doute sa sincérité ; elle a en outre le mérite de donner, de tous les incidents qui ont suivi, une interprétation claire et logique. M. de Val Carlos est au contraire impuissant à fournir de ces divers incidents une explication satisfaisante et son argumentation va trop souvent puiser sa force dans la mort, la disparition ou les infirmités des témoins qui pourraient être à même de le contredire.
Mais il nous est inutile de prendre parti. Nous sommes en effet en présence de ce dilemme. Ou M. de Val Carlos est un agent régulièrement appointé par le Service des renseignements ; l’autorilé de ses déclarations se trouve alors gravement infirmée, du fait quelles ont été payées ; elles deviennent même imfiniment suspecles, si nous songeons qu'aucun service avouable ne justifie ni l'existence de ces mensualités tenues secrètes, ni l'allocation d’une gratification supplémentaire. La nature spéciale des relations d'Henry et de M. de Val Carlos, le caractère compromettant des sollicitations et des menaces faites entre les deux procès enlèvent toute valeur à ces révélations qui apparaissent comme le résultat d'une collusion. De plus, elles permettent d'autant moins de les retenir comme des charges de nature à établir la culpabilité de Dreyfus que, de l'aveu même de Guénée et d'Henry, jamais M. de Val Carlos n’a désigné l'accusé comme auteur de la trahison qu'il dénonçail. C’est ce qui résulte du texte même des rapports de Guénée et un détail le confirme. Lors de la rédaction du rapport du 1° juin 1898, M. Wattinne indiquait dans un passage que M. de Val Carlos avait désigné Dreyfus : le général de Boisdeffre a biffé aussitôt cette phrase (1).
Ou hien, au contraire, M. de Val Carlos n’a pas, ainsi qu'il le prétend, été à la solde de la Section de statistique. Mais alors il est impossible d'ajouter aucune foi aux rapports de
(1) Wattinne, Enq. crim. I, 879.
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Guénée, ni à la note d'Henry, lus par le général Mercier au s Conseil de guerre de Rennes. Non seulement ils ne prouvent rien en ce qui concerne la culpabilité de Dreyfus, qu'ils ne nomment, ni ne désignent d'aucune sorte : mais ils incriminent leurs auteurs dans des conditions telles qu'ils ne permettent plus d'ajouter aucune créance à leurs témoignages.
Et pourtant, au cours des débats, ainsi que nous l'avons vu, M. Cavaignac, le général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse, le commandant Cuignet ont attaché la plus grande importance au témoignage de cette haute personnalité diplomatique, qu'ils représentaient comme n'’agissant que par amour pour la France et pour son armée. Dans son réquisitoire, le commissaire du Gouvernement Carrière a vivement insisté sur la créance qu'il convenait d'attacher aux renseignements puisés à une source aussi élevée, aussi pure (1).
Messieurs, nous avions dans le monde diplomatique, à cette époque, un ami bienveillant, qui était en relations avec MM. A. et B., en relations mondaines, quelque peu officielles ; il nous avertissait, c'était notre ami, il nous faisait avertir (j'en parlerai tout à l'heure), et, comme on ne suivait pas exactement ses indications il y revenait sans cesse : « Cherchez, Guénée ! ». Il s’adressait à Guénée : « 2° Bureau ; officiers, pas de gens subalternes ; vous vous trompez ».
Eh bien : cet agent-là est un homme sérieux, un, homme important. Il y a un témoin qui a voulu le discréditer dans l'esprit du Conseil, et pour cela il a dit : « Cet homme-là est un rasta ; je lui ai donné douze cents francs ».
Oui, ce n'est pas douze cents francs qu'il lui a donnés ; il Jui a donné quinze cents francs, il lui en a donné bien d’autres, lui et d'autres, mais pourquoi ? Ah ! la vérité peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Voici le cas très simpla : Ce personnage, le bienveillant ami de la France qui s'entremeltail pour nous rendre service, lorsqu'il engageait des frais pour nous procurer des renseignements, si les renseignements coùtaient douze cents francs, 1l disait qu'ils lui en coûtaient douze cents ; et on lui payait tout ce qu'il avait déboursé.
Etait-ce un homme à gages ? Non. D'abord on vous a dit ici et on vous a répété de source certaine et autorisée que les agents sont payés par mensualités ; on ne leur donne pas une somme pour telle ou telle mission. Ils sont payés par mensualités. S'ils ont des frais pour telle ou telle chose, on les indemnise des frais qu'ils ont faits en dehors des mensualités qu'ils reçoivent. C'était le cas de M. V. ; M. V. était un parfait honnête homme, qui est officier de la Légion d'honneur, et ses services vis-à-vis de la France n'ont peut-être pas été récompensés comme ils le méritaient.
(1) Commandant Carrière, Rennes III, 586.