‹ L'affaire DreyfusChapitre 177 sur 178 · CONCLUSIONS ET RÉQUISITIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS ET RÉQUISITIONS

Nous sommes ainsi parvenu au terme de ce douloureux examen, Nous avons été contraint de réveiller et nous avons jugé tous ces lamentlables événements qui, pareils à ces cyclones semant en quelques heures le ravage et la ruine dans les pays qu'ils désolent, ont, depuis dix ans passés, si profondément bouleversé le pays et tranformé une erreur judiciaire initiale en un grand drame publie haussé progressivement à la hauteur d'un attentat inouï contre la vérité, contre la justice, contre le droit humain, — devenu par là même une cause universelle, touchant à la vie de la nation tout entière, dominant tous les événements publies, pesant sur l’action gouvernementale, sur l'organisation judiciaire, sur les relations intimes d'une génération à jamais troublée, sur la conscience publique depuis si longtemps déroutée.

C'est une étrange et longue guerre, — a dit Pascal — que celle où ia violence essaye d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage : toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge : mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. Qu'on ne prétende pas de là, néanmoins, que les choses soient égales ! Car il y a celte extrême différence que la violence n’a qu'un cours borné par l’ordre de Dieu qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque ; au lieu que la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même (1).

C’est à accomplir cette œuvre de réparation nécessaire que nous vous convions. Il faut en finir : la raison l'ordonne, la justice le veut, le bien public le commande. A l'heure où nous sommes, en présence de l'épreuve une première fois déjà tentée, il est impossible de conserver la moindre illusion. Il ne saurait y avoir de justice dans cette

(1) Pascal : Les Provinciales : douzième lettre. (Edition des Grands Ecrivains de la France, I, p. 410.)

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affaire que dans cette enceinte même. Dédaigneux des clameurs du dehors, sans autre souci que de rechercher et de proclamer le vrai, dégagés de toute préoccupation personrelle, de toute subordination, et statuant dans la pleine et libre indépendance de la conscience et de la raison, vous êtes la Cour suprème et c'est à vous que le législateur a, depuis plus d'un siècle, confié l’admirable droit d'assurer le respece de toutes ses prescriptions, d'y ramener ceux qui s'en écartent et d'imposer à tous la décision souveraine. Jamais occasion plus solennelle ne s’est offerte à vous d’user de ces pouvoirs que la loi vous confère.Devant votre arrêt,qui ne s’inspirera que de l'évidence de toutes parts apparue, de la Justice que tous réclament et qui est notre salut commun, tous s’inchneront, quoi qu'on en dise, et vous rendrez ainsi au pays

P- 513]ja paix dont il a {ant besoin, la confiance qui lui est nécessaire en même temps que vous assurerez par une décision à jamais mémorable le triomphe éclatant et définitif de la Vérité et de la Justice.

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