‹ L'affaire DreyfusChapitre 18 sur 178 · LE CONSEIL DE GUERRE DE PARIS · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE GUERRE DE PARIS

Les débats ont eu liewdu 19 au 22 décembre 1894, à huis clos, Suivant un usage alors invariable (3).

L'attitude de Dreyfus a été diversement appréciée.

Suivant M. Lépine, Préfet de police, qui assistait à l’audience, « rien dans son attitude m'était de nature à éveiller La « sympathie, malgré la situation tragique dans laquelle il se « trouvait. Il niait tout d’une voix atone, paresseuse, blanche. « Parfois au cours des débats, sa figure se plissait convulsive- « ment ; parfois un soübresaut le soulevait ; mais pas un mou- « vement d'indignation ; pas un cri du Cœur ; pas d'émotion « Ccommunicalive » (4).

Ce fut aussi l’impression du lieutenant-colonel Picquart : « Dreyfus protesta avec la dernière énergie contre l'accusa- « tion dont il était l’objet, mais d’une manière un peu théà- « trale, qui ne produisit pas une bonne impression sur le

.« Conseil » (5).

Le sentiment du colonel Maurel, président du Conseil de vuerre, fut tout différent : « L'attitude de l'accusé, pendant « tous les débats, dit-il, fut ferme et absolument correcte.

(1) Conclusions du commissaire du Gouvernement, Proc. Paris, cote

(2) Ordre de mise en jugement, Proc. Paris, cote 194. : (3) Cpr. Casimir Perier, Rennes I, 66, 71 à 74. 164 à 166, Eng. crim. I, 678. — Général MORE Rennes PATES

(2) Lépine, Cass.199 Fe (5) PIC quart, Cass. 99, 129.

SD ras

« Dans son interrogatoire, il répondit avec calme, presque

« toujours, se bornant à repousser presque toujours égale- « ment, par des dénégations formelles, les accusations por- « tées contre lui. Après les dépositions des témoins, il pro- « testa à plusieurs reprises et d’une manière véhémente, avec « une indignation non contenue, contre les dépositions qui le « chargeraient le plus » (4).

Les débats, pour prendre l'expression du Préfet de police,

« se sont traînés dans la note grise, terne, d'une affaire vul-

paire » (2), jusqu'au moment de l'intervention du lieutenantcolonel Henry, qui, suivant l'usage, avait été désigné (3) pour représenter la Section de statistique devant le Conseil de Guerre, le chef du service ne s’y présentant jamais et se faisant remplacer par un de ses officiers chargé de fournir à la Justice les indications que le Bureau pouvait donner.

L'impression, qui se dégageait à ce moment de l'audition des témoins, était que les charges n'étaient pas suffisantes et qu'un acquittement était possible, même probable. Le lieute- - nant-colonel Picquart, qui avait reçu la mission de renseigner le Ministre et le général de Boisdeffre au fur et à mesure des opérations du Conseil, leur disait qu'il ne croyait pas la condamnation certaine (4).

Henry, s'était, jusque-là, contenté de faire une déposition très courte (5), « assez anodine (6). Vovant que les débats prenaient une mauvaise fournure pour l'accusation, il résolut de « frapper un coup » (7). I dit au colonel Picquart : « Vous êtes placé derrière Gallet (l’un des juges) ; dites lui « de me faire rappeler ». « J'ai, dit le colonel, refusé absolu- « ment ; j'ai jugé que mon rôle n'était pas de servir d’inter- « médiaire entre les juges et les témoins. Je lui ai dit de faire « sa communication lui-même. Henry s'est fâché beaucoup ; « mais, pendant une suspension d'audience, il à prié Gallet de « lui faire poser une question. Gallet y consentil » (8.

Et alors se produisit une scène, dont tous les témoins ori

(D) Maurel, Rennes IT, ue:

(@)£épine: Cass. 99; 9 — Picquart, KRemnes I, 379 — Cpr: Maurel, Rennes Il, 191.

(3) Générai Zurlinden, Cass. OEIL 185: /

(4) Picquart, Cass., i, 151 et Rennes I, 379.

(5) Lépine, Cass. 9, Il, 10. — Freystaiter, Cass. 99, IE, 5.

(6) Note Dreyfus. Rapport B. B. 53. — Note Demange eodem. (7) Picquart, Cass., 99,01: 129 et Rennes, I. 37%. (S)PicquartaiCass "19 Me) eltRennest 1,379.

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-raconté les détails. Henry, debout à la barre, affirme que dès le mois de février, une personne « parfaitement honorable » lui a déclaré qu'un officier du Ministère de la Guerre, du 2° bureau, trahissait. Dreyfus lui demande, avec violence, le nom de cette personne. M° Demange insiste avec la dernière énergie pour que ce témoin soit appelé à la barre du Conseil : « Quand un officier a dans la tête un secret semblable, s'écrie « alors Henry, il ne le confie méme pas à son kKépi » (1). Puis se tournant vers Dreyfus, le montrant du doigt, il ajoute

« d'une voix véhémente : « J’affirme, moi, que le traître, le

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