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LES PRÉLIMINAIRES. — L’ESPIONNAGE. — LES FUITES

Au printemps de 1893, le Bureau des renseignements fut informé par un de ses agents que des fuites de documents se produisaient au Ministère de la Guerre et que les attachés militaires de deux puissances étrangères étaient renseignés sur certains travaux de l'Etat-Major général de l’armée. Une surveillance exercée sur le personnel des garçons de bureau n’aboutit à aucun résultat.

En juin 1893, des documents provenant de l’attaché militaire À tombèrent cependant entre les mains du Service des renseignements, et ne lui laissèrent aucun doute sur l’exactitude des indications précédentes. Une note d'avril, rédigée par À, étail en effet ainsi conçue :

Restituerai les feuilles 24 et 27 de Toul déjà livrées en noir, demandées en couleur. Restituerai également feuille de Reims 102, levé de 1880 déjà livré : demandé une levée (sic) plus récente. Demandé encore nouveaux levés indicant (sic) les. fortifications Toul, Nancy, 6, 7, 13-77, 78, 82, 85, 86. Canevas, tableaux d'assemblage Langies 27. Neuchâteau 16, 21.

Le 18 juin, le général de Miribel, alors chef d'Etat-Major général, porteur de cette note et accompagné d'un officier du Service des renseignements, fit une démarche personnelle auprès du général Mensier, directeur du génie, pour lui demander une enquête qui fut d'ailleurs infructueuse. Une nouvelle surveillance exercée sur le personnel] des bureaux ne fut pas plus heureuse. ù

En janvier 1894, une seconde note fut saisie : elle était encore de la main de l’agent A et portait :

Vous avez encore 600 francs d’avances. Je prendrai pour les 600 francs äes plans d’Albertville, Briançon, mais seulement à 10 francs la pièce. Je prendrai tous les plans de Mézières, Langres, Givet, Ayvelles, Montmédy, Péronne, ainsi que les feuilles neuves

des deux rives de la Moselle et de la Meurthe sur lesquelles se trouvent dessinées les fortifications. Les nouveaux plans de Verdun (276-450) devraient être pris, ainsi que ceux de Mézières.

Au reeu de cette note, le chef d'Etat-Major demanda de nouvelles enquêtes à la Direction du génie et au Service géographique. Elles n'aboutirent pas. 11 en fut de même de Ja surveillance exercée sur les bureaux du Ministère.

Quelque temps après, en avril Où au commencement de mai 1894, l'un des agents du Service, Guénée, fil connaître qu’une personne généralement bien informée élait d'avis que les enquêtes faites au Ministère resteraient illusoires, tant qu'on ne se déciderait pas à faire surveiller le personnel autre que les garçons de bureau et les huissiers. Cette allusion, qui semblait viser les officiers, causa un sérieux étonnement. Des ordres furent donnés cependant aux bureaux de l'Etat-Major

p. 6 général, pour recommander les plus grandes précautions à l'égard des pièces confidentielles et secrètes, et une surveillance rigoureuse sur le personnel (1). Un second rapport de Guénée vint bientôt confirmer le premier. L'informateur affirmait qu'un officier appartenant alors ou ayant appartenu au 2e Bureau de l'Etat-Major renseignait les attachés militaires À

et B. Mais tout en se prétendant sûr de ce qu'il disait, il ajoutait qu'il ne connaissait pas le nom de cet officier, et que, du reste, s’il le connaissait, il ne le dirait pas (2).

Les choses en étaient là, lorsqu'à la fin de septembre 1894, entre le 20 et le 25, le Service des renseignements entra en possession du bordereau.

(1) Général de Boisdeffre. Enq. crim. I, 491 et 492. — Général Roget, Eng. crim. I, 615.

(2) Rapport Guénée.

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