‹ L'affaire DreyfusChapitre 20 sur 178 · SAME · texte numérisé non relu

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affaires d'espionnage (1), le général Mercier avait fait rechercher par le colonel Sandherr, et celui-ci par le commandant Henry (2), tout ce qui, dans les dossiers de la Section de sta- -tistique, pouvait concerner l'affaire.

Il nous arrivait très souvent, a dit le colonel Cordier, d'avoir des pièces que nous ne pouvions appliquer à personne... Il y avait telle chose, Qu'était-ce ? nous n'en savions rien... Alors nous avions un certain nombre de pièces qui étaient pour ainsi dire en réserve, et à mesure qu'un fait se présentait, on voyait s’il y avait lieu de l'appliquer à la personne qui était poursuivie à ce moment là, non pas dans le but de nuire à la personne en particulier, mais pour la recherche de la vérité. Or, on.a recherché tout ce qui pouvait intéresser l'affaire.

Je me rappelle parfaitement les pièces qui ont été trouvées à ce moment-là. La première a été la pièce : « Ce canaille de D... ». Sandherr me dit : « Qu'est-ce que tu penses de cela ? » On a beaucoup parlé de cette pièce que je voudrais tant revoir ; pour moi, à ce moment-là c'était une antiquité ; à tort ou à raison, je l'avais dans la tête et je l'ai encore. J'ai dit à Sandherr :-« Tout

cela n'a pas l'air de signifier grand chose ; mais entin il y a une

initiale ; on peut l'envoyer. » Et pour moi, c'était à l'instruction que cela devait être porté.

Puis nous avons examiné les autres pièces. C'étaient des choses sans importance, tout le caput mortuum de la section ; nous ne pouvions attribuer des morceaux de pièces secrètes, et vous pensez bien qu'on n'arrive pas toujours à avoir des pièces entières ; on en garde de petites bribes, de petits morceaux, dont on comprend le sens à moitié, et on attend que d'autres pièces viennent vous fixer sur le sens. Eh bien ! Sandherr a examiné à ce moment-là le monceau de pièces ; on en a écarté, on a élagué, Sandherr à refait trois ou quatre fois le paquet, et en définitive il ne devait plus y rester grand'chose. En tout cas il restait la

pièce : « Ce canaille de D... » (3).

De toutes ces pièces ainsi triées, on a fait un dossier sécret (4).

De graves divergences se sont élevées sur ce qu'il contenait en définitive.

Tout ie monde reconnaît qu'y figuraient un télégramme du 27 décembre 1893 : « Choses. aucun signe d'Etat-Major », — la lettre « Doutes : preuve... », — ce qu'on a appelé la lettre « Davignon », — la lettre « Ce canaille de D... » et les deux rapports de Guénée des 28 mars et 6 avril 1894 (5).

(1) Général Mercier, Rennes I, 99. — Cordier, Rennes IT, 514.

(2) Cordier, Rennes II, 514. — Cf. Général Mercier. Endq. crim. I, 2S0. (3) Cordier, Rennes IT, 514.

(4) Cordier, Rennes II, 513. — Général Mercier.

(5) Général Mercier. — Picquart, Eng. crim. 1, 659. — Général Gonse,

Enq. crim. Ï, 230. — Freystatter, Rennes II, 395.

L'un des juges du Conseil de guerre de Paris, le capitaine Frevstatler a ajouté qu'il renfermait en outre : 1° Une notice biographique imputant à Dreyfus des trahisons commises à l'Ecole de Bourges, à l'Ecole de guerre, et pendant son séjour à l'Etat-Major ; 2° Une dépèche d’un attaché militaire étranger (B...), dépêche qui affirmait très nettement la culpabilité

. de Dreyfus : « Cette dépêche, si. j'ai bonne mémoire, ajou-

tait-il, est ainsi conçue : « Dreyfus arrêté. Emissaire prévenu » (1). Ce dernier document serait la traduction reconnue dès ce moment inexacte par les Ministères de la Guerre et des Affaires étrangères; d’un télégramme adressé, le 2 novembre 1894, par l'attaché militaire B... au chef de l'Etat-Major auquel il appartenait. Nous aurons à revenir sur ce document (2).

Le général Mercier a, sur ces deux points, opposé devant, le Conseil de guerre de Rennes, le démenti le plus formel à l'affirmation catégorique du témoin. Sur le premier point il a prétendu que l’obus Robin, auquel se référait l'incident de Bourges, n'avait été adopté à l'étranger qu'en 1895 et que nous n'avions été prévenus d’une trahison de ce chef qu'en 1896 ; que par conséquent il n'avait pu être en question en 1894 (3). Il a ajouté que, quant à la dépêche du 2 novembre, elle n'avait pas élé communiquée au Conseil de guerre.

Le capitaine Frevstaiter, à qui le Président a dernandé avec insistance s'il était sûr d'avoir vu ce télégramme, a répondu.

Le capilaine Freystalter. — Oui, mon colonel, el j'affirme qu'il y avait : « Dreyfus arrêté, émissaire prévenu ». Il y avait encore autre chose que je n'affirme pas, je crois qu'il y avait « précautions prises ». C'est à cause de cela que je ne me$uis pas

permis de citer cette dernière phrase, mais j'affirme que les deux premières phrases étaient dans la dépêche. (Sensation.)

Quant à la réponse qui vient de m'être faite par M. le général Mercier, j'insiste sur ce point que je n'ai pas dit du tout qu'il y avait une dépêche ou une pièce quelconque parlant de l'obus. J'ai tout bonnement dit qu'il'y avait dans le commentaire une accusation de trahison qui concernait précisément une trahison faite à l'Ecole de pyrotechnie, et j'affirme que cela concernait un obus: Je ne sais pas si cela concernait le chargement ou la fabrication même de ce matériel.

(1) Freystatter, Rennes Il; 399, 400 el 403.

(2: V. pages 363 et suiv:

(3) Général Mercier, Rennes II, -402 et IT, 532 à 534. Enq. crim. I; 268 et + suivantes. — Général Roget, Rennes II, 544.

EN

Le Président. — Etait-ce le chargement de l’obus à la mélirite ?

Le capitainc Freystatter. — Je ne puis l'affirmer, mon colonel.

Je n’affirme ici que ce dont je suis absolument sûr.

Le général Mercier. — Pour le chargement des obus à la mélinite, il n’a pas pu en être fait état en 189%, puisqu'à cè momentlà on a demandé à la Direction de l'artillerie ce qui s'est passé pour l’obus en question et que la Direction n’a pas pu retrouver le dossier. Ce n’est que plus tard en 1897 ou même 1898 je crois, que la Direction de l'artillerie en a fait état.

Me Demange. — Voulez-vous, Monsieur le Président, demander au capitaine Freyslaller si ce n'était pas dans le commentaire qu'il était question de l'obus ?

Le Président. — Cela vient d'être dit. (Rumeurs.)

Le capibaine Freystatier. — Oui, c'est dans ie commentaire.

Le Président. — Pas dans les pièces. (Sensaltion.)

Le capitaine Freystailer. — Non, mon colonel (1).

L'examen du dossier nous a convaincu que le général Mercier avait cherché par une équivoque nouvelle à jeter le doute sur la déposihon du capitaine Freystatter. Il savait fort bien que l’obus, dont parlait cet officier et auquel avait trait le commentaire, n’était pas l'obus Robin, comme il a cherché à le faire croire ; mais qu'il s'agissait de la copie de l'instruction relative au chargement des obus à la mélinite, qui, autographiée à deux cents exemplaires en 1889, avail été envoyée aux corps d'armée et à l'Ecole de pyrotechnie de Bourges ; que la Section de statistique avait reconnue dans les débris de papier calcinés, qui avaient été saisis chez l’un des prédécesseurs de l’attaché militaire A... en 1890, et dont on essayait, lors du procès de 1894, d'imputer la livraison à Dreyfus (2), alors que l'expertise, à laquelle ils ont été soumis uitérieurement, a démontré de la façon la plus nette qu'ils n'étaient pas de son écriture, et que l'attribution qui lui en était faite, n'était pas fondée (3).

Le général Mercier eût voulu faire confirmer ses dénéga-

tions par d’autres juges du Conseil de guerre. Il n’a trouvé

(1) Freystatter, Rennes II, 403.

(2) Général Rogci, Cass. 99, I, 44. Cpr. général Mercier, Rennes I, 210.—- Général Gonse, Rennes II, 210.

(3) Bertillon (M. G. cote 82). — Hartmann, Rennes IT, 226. — Note de la Direction de l'artillerie du 14 décembre 1890. M. G. cote 77, — Cuignet, Cass. 99, I, 568 el Enq. crim., I, 804.

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