‹ L'affaire DreyfusChapitre 22 sur 178 · RER QE · texte numérisé non relu

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où il l’a connu, il a cessé d'adresser la parole à son auteur (1). Le général Davignon n'apas été moins net en ce qui touche

la partie du commentaire qui a trait à l'incident auquel on

l’a mêlé : il a déclaré « ne rien comprendre à ce grimoire..

« tellement complexe et compliqué qu'il dépasse son enten-

« dement » (2).

M. du Paty de Clam a cherché à se défendre contre ces appréciations sévères. Il à prétendu qu'il n'avait été que «le porte-plume du colonel Sandherr (3), porte-plume intelligent, conscient et raisonnant sans doute (4), mais ne faisant cependant que transcrire les renseignements qui lui étaient donnés par le chef du service qui avait fait une enquête à laquelle 11 n'avait été personnellement pour rien » (5). Il à insisté sur ce que Dreyfus a obtenu à diverses époques la permission de ne faire qu'une seule séance au bureau, de 11 heures à 5 heures du soir, et s’est trouvé pendant ce temps absolument libre d'aller dans les bureaux et d'y prendre tout ce qu’il voulait (6). Il a soutenu d'autre part qu'il est personnellement allé très souvent à la section allemande de l'Etat-Major et qu'il y a trouvé nombre de fois le colonel Davignon « en pourpar- « lers, en collaboration avec les officiers et les stagiaires de « la section » (7). II a conclu de tout cela que les documents commentés avaient pu provenir de Dreyfus, et il a terminé par cette affirmation au moins risquée, quand on a le texte sous les veux, qu’au surplus le commentaire ne désignait pas Dreyfus (8). Sachant enfin que le meilienr moyen de se défendre est souvent de prendre l'offensive, il a dirigé les plus vives attaques contre le lieutenant-colonel Picquart, à qui il impute « d’avoir raconté qu'au moment où l'affaire: « Dreyfus a éclaté, il avait, lui, du Paty, besoin de cette affaire « pour se remettre en selle à raison de fautes militaires: « récentes, dont on avait conservé le souvenir » (9), etil en a

(1) Picquart. Cass. 99, 1, 213; Enq. crim. I, 687. — Cpr: Watlinne, En. crim. 1, S67, S74.

(2) Davignon, Enq. crim. I, 859.

(3) Du Paty de Clam, Eng. crim. I, 923.

(4) Du Paty de Clam, Eng. crim. I, 923.

(5} Du Paty de Clam, Enq. crim. 1, 923-924.

(6) Du Paty de Clam, Enq. crim. I, 923-924.

(7) Du Paly de Clam, Enq. crim., 924, 925 et annexe 954.

(8) Du Paty de Clam, Enq. crim. I, 927 à 929.

(9) Du Paty de Clam, Eng. crim. I, 187, 188.

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profité pour verser aux débats ses notes militaires (1) et mouter au Capitole

La Cour a les documents sous les yeux : il suffit de les lire, pour faire justice à toutes ces arguties, qui, fidèles à la tactique de l’accusation, forgent des hypothèses, insinuent des possibilités, au lieu de fournir des preuves palpables et saisissables, qu'il lui incombe rigoureusement de produire." Et quant aux notes militaires de M. du Paty de Clam, si brillantes qu'elles soient, elles auront peine à faire oublier aussi bien les incidents pénibles auxquels sa vie privée avait été déjà mèlée (2), que son incroyable attitude au cours de l'enquête qu'il a dirigée comme officier de police judiciaire, et de la Campagne qu'il à entreprise pour sauver Esterhazy. « Du & Paty étail capable de tout, a dit M. Wattinne (3) ; je connais- « Sais son rôle dans l'affaire Blanche Spéranza.…. dans l'af- « faire de Comminges ; je savais qu'il ne reculait pas, au « besoin, devant une lettre anonyme. J'étais édifié sur le rôle « de Ce personnage, et je me rappelle que lorsque le général « Gonse me dit à un moment donné : «Nous allons faire venir « le colonel du Paty de Clam », j'ai refusé énergiquement de « le voir et ne lui en ai pas caché la raison. »

Tels sont les faits qui ont marqué d'un trait ineffaçable les débats du premier Conseil de guerre de Paris ; nous comprenons fort bien que leur souvenir ravivé ait dû sembler pénible au général Mercier, et qu'il ait, au cours de l'enquête nouvelle à laquelle il vient d'être procédé, cherché à l'écarter en prétendant que la question de 1894 n'était plus celle que la -Cour de cassation a maintenant à examiner (4). Mais cette ‘équivoque habilement tentée ne saurait dénaturer le problème qui s’agite en ce moment même devant les Chambres réunies et qui est toujours de savoir si Dreyfus est coupable ou innocent. La condamnation de 1894 n’a cessé de peser sur les débats de 1899 : elle a, de tout son poids, vraiment écrasé la défense : il est dès lors nécessaire de se rendre exactement “compte des conditions dans lesquelles elle est intervenue et

(1) Du Paty de Clam, Eng. crim. I, 187, 188.

(2) Dossier de la Cour de cassation, 1r° revision, liasse 6, cotes 44, 45, 64. -— Cpr. du Paty de Clam, Enq. crim. I, 174, 943.

(3) Wattine, End. crim. I, 874.

(4) Général "Mercier, Eng. crim. I, 282.

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d'en apprécier les motifs et la légalité, aussi bien que ceux des procédés qui onf été mis en usage pour la déterminer.

C’est après ces débats que, par jugement du 22 décembre 1894 et après un délibéré d'une heure{l), Dreyfus à été, à l'unanimité, déclaré coupable du fait qui lui était imputé, et condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire.

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