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« rotation s’effectuant autour du sommet de l'angle interne de « l’encoche., L'encoche changeant de sens, quand on passe « du recto au verso, puisqu'on retourne le papier, l'obliquité « doit changer également*; ainsi se trouve expliquée cette « différence de graphisme entre les deux faces du docu- « ment (1) », Cette manière de procéder entraîneraït comme conséquence un déplacement notable du point où, lors de la construction de chacune des lignes du bordereau, le bord libre de ce bordereau vient couper la ligne du gabarit ; elle introduirait inévitablement un troisième réticulage du bordereau très sensiblement différent des deux que nous avons signalés au début de cette étude, et détruirait par suite toute l'harmonie du système (2). IL faut reconnaitre que sur ce point particulier M. Berlillon semble se séparer de l’auteur de la brochure verte. De ses explications confuses, qui, de son aveu même, ne sauraient contenir l'indication d'une règle précise (3, MM. Darboux, Appel et Poincaré ont cru dégager le système suivant, qui échappe à l’objection précédente, Pour chaque ligne, l'inclinaison serait réalisée en faisant tourner le bord libre du bordereau autour du point où le bord libre rencontre la ligne du gabarit, et jusqu'à ce que le fond de lencoche rencontre la verticale du transparent qui passe par le centre de rotation (4;
De tout cela, M. Bertillon et ses adeptes se croient donc autorisés à conclure que le procédé du gabarit sous-jacent a été celui qui a été employé par le scripteur, puisqu'il explique les particularités constatées sur le bordereau, à savoir : la coïncidence du modelé des lettres avec celui de la chaîne, le repérage des initiales, la superposition des polysyllabes redoublés, l’'espacement et la largeur des lettres et enfin le repérage des lignes (5).
M. Bertillon a ensuite procédé à deux vérifications expérimentaies, qu'il a considérées comme absolument décisives et concluantes.
Il a tout d'abord impressionné trois plaques sensibles : la première, en faisant passer devant elle, par sections de
(1) Broch. verte, p. 37.
(2) Rapp. D. A. P., Enq. crim. Il, 367.
(3) Bertillon, 1° dé posit. dev. experts, 3, p. 40. (4) Rapp. DRAP. Enq. crim. Il, 367.
(5) Cap. Valério, Rennes IL, 394.
12 m/m. 5 de longueur et avec une pose de 5 secondes pour chacune, toutes les lignes du bordereau placées bout à bout sur une bande de 3 mètres ; la seconde en procédant à la mème opération pour la partie du bordereau qui aurait été écrite, en suivant la chaîne rouge ; la troisième pour la partie qu'il à considérée comme correspondant à la chaîne verte (1). La première photographie, reproduisant l'accumulation de tous les mots du bordereau sur un espace de 12 m/m. 5, présente de l'aveu de son auteur un tel enchevêtrement de traits, qu'il est impossible d'y retrouver les deux chaines imbriquées. Sur les deux autres préparations, il a Cru recon- : naitre au contraire dans la succession des masses alternativement blanches et noires, un écartement et un rythme semblables à ceux des lettres du mot intérét dans la chaine, et quelques-uns des traits de ces lettres, si bien qu'en superposant un calque à l’une ou l’autre de ces épreuves, il lui a été possible de reconstituer la chaîne. M. Bertillon a présenté au Conseil de guerre cette expérience tirée de la photographie composue « comme établissant qu'il y a un rapport absolu entre les mots du bordereau et le mot intérêt de la lettre du buvard avec lequel le gabarit a été composé » el comme constituant par conséquent « un contrôle matériel de sa théorie » (2) ; et devant MM. Darboux, Appel et Poincaré, il a persisté dans cette opinion qu'il avait ainsi rapporté « la preuve matérielle que le bordereau avait été écrit sur le mot : intérét » (3). ‘
Enfin M. Berüllon a cru donner de l'excellence de sa méthode une nouvelle preuve a posteriori. Au cours de sa déposition à Rennes, il a expérimenté sa propre méthode et prétend avoir réussi ainsi à reproduire en vingt minutes les onze lignes du verso (4). Toule personne pourrail, suivant lui, arriver rapidement à écrire le bordereau sur gabarit, le principal effort de mémoire que nécessite cette opération consistant à se rappeler les endroits où le scripteur a passé de la chaîne verte à la chaîne ronge ou réciproquement (5).
(1) Pour les détails de l'opération, voir Bertillon, 2° déposition devant les experts, 4, p: L'à 9.
(2) Bertillon, Rennes II, 368 et 369.
(3) Bertillon, 2° déposition devant les experts, 4, p.5 el 6.
(4) Bertillon, Rennes II, 349 et 350.
(5) Bertillon, Rennes II, 354.
« En un quart d'heure, a conclu l’auteur de la brochure verte, M. Bertillon a reproduit devant les juges le verso, et cette reproduction s'est superposée à l'original ligne sur ligne, mot sur mot, trait sur trait. Ce stupéfiant résultat est la seule réponse à faire aux contradicleurs de M. Bertillon... Nous sommes bien en possession de Ja véritable clef du truquage du document, puisque la clef permet de reproduire le document strictement conforme à l'original (1) ».
3° Après avoir cherché à démontrer que le bordereau était un document truqué, et indiqué le procédé auquel devait avoir eu recours son auteur, M. Bertillon et ses adeptes avaient encore à élablir que le seripteur ne pouvait être que Drevfus pour que leur théorie fut complète,
Il ne leur à pourtant pas échappé qu'il existait certaines divergences entre le bordereau et l'écriture d'Alfred Dreyfus. M. Bertillon les a déjà signalées lors de ses : dépositions de 1899 devant la Cour de Cassation et devant le Conseil de guerre de Rennes ; il a notamment insisté sur les particularités suivantes : les a sont généralement à angle rectiligne dans l'écriture de Dreyfus, tandis qu'ils sont à volute à deux exceptions près dans le Bordereau ; l'm et ln sont régulièrement voûtés dans le bordereau, tandis qu'ils ont la forme d'un «x dans l'écriture de Dreyfus ; les o de Dreyfus ont un tracé ouvert, tandis que sur le bordereau les o ont une forme particulière consistant en un point minuscule situé sur le délié qui réunit la lettre précédente à la suivante ; le p a un délié initial très accentué chez Dreyfus, tandis que sur le bordereau il n’en a généralement pas ; enfin le double s est allongé en premier dans les lettres de Dreyfus fs) tandis qu'il est toujours allongé en second dans le bordereau (sf) (2).
Quelles sont les raisons pour lesquelles, malgré ces différences graphiques qu'il a lui-mêm2 reconnues, M. Bertillon a pu altribuer à Dreyfus le document incriminé ?
Ces différences sont pour lui sans importance, parce qu'il les considère comme introduites intentionnellement par le scripteur, en vue de déguiser son écrilure (3;. La personnalité du coupable lui semble nettement déterminée par une
(1) Broch. verte, p.37:
(2) Bertillon, Rennes II, 331. — Bertillon, 2? déposition devant les experts, 3 bis, p. 62. Rapp. DA P:, Enq. crim. Il, 3701et-371"
(3) Bertillon, Rennes II, 331.