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certains mots ou de certaines parties de lignes, réticule sur réticule. Il a cité notamment le mot « manœuvres » des lignes 22 et 30 (L).
‘ Or, si on les examine de près on s'aperçoit que le premier de ces mots est plus court que le second d'au moins un millimètre, et que si les jambages initiaux de l’m sont dessinés sur des parties correspondantes du gabarit, il n'en est pas de même des lettres suivantes. Si donc, comme le prétend M. Bertillon, les finales... œuvres coïncident après un glissement de 1 kutsch, cette superposition ne pourra pas s'expliquer par l'écriture du gabarit et devra être comptée au passif et non pas à l'actif du système, puisqu'elle concerne des inots ecrits sur des parties différentes de la double chaine (2;. La même observation s’appliquerait aux mots « quelques » des lignes 3 et 8 et « modifications » des lignes 8 et 10 (3).
Quant aux deux mots « disposition » des lignes 17 et 25, ïl suffit de les comparer pour constater que presque toutes les lettres occupent des positions différentes et n’ont pas la même longueur.
Que les observations de M. Bertillon puissent faire illusion à ceux qui disposent seulement des planches illisibles de Ia brochure verte, c’est possible: mais tout cela s’'évanouit quand on à recours aux agrandissements (4.
Reste la coïncidence de la phrase « Je vais partir en p.105 manœuvres » (1. 30) avec celle « 5° le projet de manuel de tir » (1. 13) ; elle se réduit, en réalité, à l'identité de place des syllabes « man » et à la superposition du dernier jambage des p ; elle n’a, par conséquent, aucune portée (5).
En résumé, les superposiions de mots alléquées par M. Bertillon n'ont pas d'existence et ne révèlent aucun rythme kulschique (6).
M. Bertillon semble d'ailleurs n'avoir retenu que les expériences favorables à sa thèse, « manquant ainsi à la première règle de la méthode scientifique qui est de faire des
(1) PL 15 bis du carton vert produit devant le Conseil de guerre de Rennes.
(2) Rapp. D. A. P. : Enq. crim., Il, 369. — Broch. Bernard, p. 23.
(8) Rapp «DINAN PAENdQUErENM UE 3.
(4 Rapp. D.7A. P. :Enq. crim., Il,:3%0.
(5) Rapp. D. A. P., Eng. crim. . 368 et 375. — Broch. Painlevé, p. 35.
(6 Rapp 4D AMP MENU Crim:, Ilan:
de Rd LR A EERNER) N Er ON
énumérations complètes » (1). I existe, sous les numéros 4,
-7 et 10, trois lignes qui commencent de la même façon : un
numéro d'ordre suivi de ce membre de phrase : « une note. de ». I n'a jamais cherché à les superposer dans leur ensemble et na même pas remarqué que jies finales « ne » des mols « une » et les trois premières lettres des mots « note », bien qu'écriles respectivement sur la même chaîne, occupent des positions tout à fait différentes par rapport aux rélicales (2).
Ainsi donc, non seulement les coïncidences signalées par
-M. Bertillon n’ont aucune existence objective ; mais encore,
lorsque par exception elles se réalisent, elles se produisent dans des parties du Bordereau où l'écriture n'a aucun rapport avec le gabarit imaginé (3).
Enfin M. Bertillon a eru trouver, dans la manière dont les lignes du document inériminé sont réparlies dans le sens vertical, la troisième preuve de son caractère artificiel.
Pour détruire cet argument, il suffit de rappeler que le bordereau reconstitué, sur lequel ces particularités ont été relevées, présente des dimensions fansses, et que les erreurs que nous avons signalées dans le sens horizontal se retrouvent également sur les distances verticales (4).
Ces erreurs sont, en effet, assez considérables pour rompre l'harmonie constatée (5). D'ailleurs, léquidistance observée entre les lignes du verso el évaluée à 6 m/m. 66 s'explique aisément. La distance entre le mot « en » de la ligne 19 et le mot « la » de la ligne 29 étant à peu près de 67 millimètres, il est facile de donner à l'intervalle entre chaque ligne une largeur égale au 1/10°, c'est-à-dire à 6 m/m, 67 environ. L'opération est d'autant plus aisée que les lignes n'ayant pas été tracées par le scripteur, M. Bertillon les a déterminées arbitrairement, sans se conformer à aucune définition précise. Il n’a pas hésilé à donner un coup de pouce quand les nécessités de sa démonstration l'ont exigé. Le parti-pris est particulièrement apparent pour le tracé des lignes 19 et 20, 26 et 27, et surtout de la ligne 29 au-dessous de laquelle il fallait ména-
(L)'Rapp D AMP EN Crim 11669:
(2) Rapp.-D''AMP "Ent. crim.. "Il, 369%e(370;
(3) RADD D A MRMERENOAN CTI. Il 27 ‘och. Painlevé, p. 36. (4) Rapp:D. A:"P.""Eng. crim., II, 341 el 342%
(5) Broch. Bernard, p. 19.
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-ger un intervalle d'une grandeur qui puisse cadrer avec la rècle (1).
Au recto, M. Bertillon à cru constater que les intervalles interlinéaux se succédaient dans l'ordre et avec les dimensions suivantes : un intervalle de 10 millimètres suivi de deux autres de 8 m/m. 33. Mais, pour arriver à ce résultat, il est obligé de donner à certaines lignes une direction des plus arbitraires. C’est ainsi que la ligne 3, telle qu'il l'a dessinée, coupe loules les lettres ; tandis que la ligne 5 les laisse toutes au-dessus d'elle ; la ligne 1 souligne les premiers mots ; la ligne 18 ceux du milieu ; la ligne 7 ceux de la fin ;: enfin, les lignes 6 et 9, contenant respectivement deux ou trois mots, nont pu avoir leur direction déterminée par l'alignement des mois ; aussi ne s'est-il inspiré que des nécessités de la cause pour les fixer. M. Bernard a essayé de retracer les lignes en obéissant à une définition uniforme : leurs intervalles sont devenus tout à fait irréguliers (2).
Enfin, M. Berlillon a affirmé que les lignes étaient repérées par rapport au bord supérieur, au bord inférieur et à l’encoche, et qu'elles se trouvaient à un nombre entier de centimètres ou de demi-centimètres de l'un ou l'autre de ces repères. Les rapports entre les lignes et les bords supérieur et inférieur n'existent pas en réalité, puisqu'ils ont été calculés, en supposant que le bordereau avait une hauteur totale de 206 m/m. 7, alors que, si on tient compte des erreurs dues à la reconstitution, elle n’est sur l'original que de 205 millimeires (3.
Quant au repérage, par rapport à l'encoche, il est encore plus illusoire, puisque, comme nous l’expliquerons ultérieurement (4, il est aujourd'hui acquis que l'encoche à été faite postèérieurement à la saisie du document (5).
Silne s'agissait de choses aussi graves, concluent les experts sur ce point, on serait tenté de sourire, en voyant qu'il est attaché tant d'importance à des choses si simples, et l'on serait tenté de prononcer le mot de « charlatanisme », s’il
(1) Rapp. D. À. P. : Enq. crim., Il, 366 et 367. — Broch. Bernard, p: 19. — Broch. Païnlevé, p. #4.
(2) Broch. Bernard, p. 19 et 20.
(3) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 342.
(4) Voir pages 168, 169. 177, 178, 179.
5) Rapp. D. A. P., Enq. c::m. Il, 366.
ne s'agissait d'un procès qui a eu de si graves conséquences (1).
La constatation apportée au Conseil de guerre par le capitaine Valério que les jambages des lettres du bordereau ont une tendance à s’espacer de { m/m. 25 à partir du bord libre n'est pas plus démonstrative que les précédentes. Si cette coïncidence était réelle, elle ne pourrait s'expliquer par l'écriture sur gabarit, les jambages du mot intérét n'étant pas régulièrement espacés, et il faudrait en voir la cause dans le rythme naturel de l'écriture régularisée par les filigranes. En réalité elle n'existe pas, ainsi que le démontre la photographie composite du bordereau entier qui, de l’aveu même de M. Bertillon,ine fait apparaître qu'une masse noire ne présentant aucune trace de distribution régulière (2), Quant à la considération tirée de la position dyssymétrique des macu-
dalures du second feuillet, elle est inopérante, puisque, dans
une autre partie de sa démonstration, M. Bertillon fait état de la symétrie de ces mêmes maculatures par rapport aux caractères tracés sur le verso de la première page pour déterminer les dimensions du second feuillet (3).
Ainsi, de tous les arguments invoqués par M. Bertillon et ses adeptes, pour démontrer que le bordereau est une pièce forgée, aucun ne résiste à un examen sérieux. Un raisonnement correct, accompagné de vérifications sincères, montre que les particularités signalées sont sans consistance et que la lettre incriminée présente toutes les apparences d'un document tracé d'une écriture naturelle.
Cetle première constatation suffirait à condamner tout le système. Examinons cependant l'artifice de construction imaginé par M. Bertillon, et discutons-en les éléments.
Le mot intérêt emprunté à la lettre « des obligations » aurait été le mot clef du gabarit ou transparent. M. Bertillon soutient en premier lieu que ce mot présente sur sa longueur une dimension de 12 m/m. 5 tout à fait remarquable à raison de ses rapports avec la distance réticulaire de 5 millimètres. Cette observation pourrait avoir une certaine valeur si la lon-
(1) Rapp. D. A. P., Eng. crim. II, 366.
(2) Rapp. D. A. P:, Eng. crim. IF, 351.
(3) Rapp. D. A. P., Enq. crim. IE, 342 el 381.
gueur totale du mot était exactement de 12 m/m. 5. Malheureusement pour le système, les mesures prises par M. Lœwy et M. Puiseux avec l’admirable appareil de précision qu’ils ont à leur disposition, n'ont pas confirmé les vues de M. Berlillon. La longueur du mot est en réalité de plus de 15 millimètres. Que sur ce mot on soit parvenu à repérer deux points distants de 12 m/m. 5, c'est un fait qui n’a rien de surprenant, et qui se reproduirait sur la plupart des mots dont la longueur serait supérieure à cette mesure. D'ailleurs le segment construit pour la déterminer manque de précision. La fangente menée à cet effet du premier jambage de l'n au crochet inférieur du dernier { est mal définie, parce que son origine, le premier jambage de l’n, n'a pas une pointe, mais deux, et que le point microscopique où elle doit aboutir à la droite du t n'existe pas. « Cette longueur, disent les experts, «ia donc qu'une valeur indécise, et sur n'importe quel mot, « On en trouvera d'aussi remarquables, qui se rapprocheront « tout autant de 12 m/m. 5. C'est-à-dire, ajoutent-ils, que « Dreyfus n'aurait pas été moins coupable, si au lieu de la « lettre « du buvard » on avait trouvé chez lui n'importe quelle « lettre » (1).
Ïl n'est pas davantage exact que tous les éléments de ce mot clef soient nettement des multiples de 4 m/m. 25, et qu'il puisse êtrê facilement reconstitué à l’aide de la règle et du compas.
Remarquons tout d’abord que les mesures de M. Bertillon ont été prises sur des photographies agrandies, dans lesquelles les contours dessinés par un trait de plume ont un aspect géométrique qu'ils ne présentent pas sur l'original. Cette altération peut entraîner des erreurs très sensibles (2).
L’espacement des lettres n’est nullement égal à un nombre exact de kutschs, 1 ou 2. Il semble que, pour obtenir ce résultat, M. Bertillon ait divisé la longueur arbitrairement choisie en dix parties égales, et ait attribué à chaque lettre une ou deux divisions, en convenant d'une façon arbitraire que les lettres commencent nécessairement aux points de division (3). La longueur des lettres est en effet comptée sur des
(WMÉRapp DVAE", Eng. crime. uIl.. 350:
(2) Rapp..DAP.,/Enq-\cerum. Il, 359!
G) Rapp. D: A° P:, Eng. crim: Il], 361. — Broch. Pañrlevé, p:33:
PER LC CRT De CU RUN 2 SORT CE OP D PT ete IP EE ER er
points qui varient avec chacune d'elles pour les besoins de la cause. C'est ainsi « que le premier t est pris de tangence de « délié à tangence de délié ; n de tangence du délié postérieur « à l'angle rentrant de la lettre précédente ; le premier e de « tangence du délié antérieur à la verticale limitant la boucle « de la lettre ; r de la verticale limitant la boucle de la lettre
-< précédente à la verticale limitant du même côté le jambage
« de la lettre à mesurer ; le second e, de cette verticale à « l’angle intérieur de la boucle ; le second t, de l'angle inté- « rieur de la boucle de la lettre précédente à la chute du jam- « bage pointu qui termine la lettre ; la lettre à du milieu du « délié antérieur à l'angle inférieur externe du jambage., Done « 7 lettres, 7 définitions » (1).
Quelle que soit la définition que l’on donne de la longueur d'une lettre, si on se tient à celle que l’on à choisie, il sera impossible de trouver dans le mot intérêt ces rapports de dimensions kutschiques. En prenant comme définition la distance qui sépare les points où les liaisons antérieures et postérieures de la lettre touchent l'alignement du mot, M. Bernard à trouvé les mesures suivantes en quart de millimètre : 6, 5, 10, 7, 9, 5, 8, 9, qui ne décèlent aucun rythme géoméitrique. D'après une autre définition : « Distances séparant les « lignes qui coupent en deux les liaisons des lettres consé- « eutives », les longueurs deviendraient : 12, 8, 8 7, 10 (2).
{l est également faux que les courbes qui relient 4? à ln, ln au t. le t à l’e, le second e au second t soient des arcs de cireonférences de 10 kutschs de rayôn. Les lignes en ques: tien sont des portions de surface avec des contours qu ne sont ni l'un ni l’autre des arcs de cercle. Si on cherche à leur appliquer des arcs de cercle épousant grossièrement leur forme, on s'aperçoit que le contour supérieur du jambage de li à l'n peut être suivi avec une certaine approximation par un arc de cercle de 3 m/m. 75 à 4 millimètres de rayon € non de 12 m/m. 5,comme l’a audacieusement affirmé M. Bertillon, Le contour supérieur du jambage du { à le a une courbure à peine sensible, Quant aux jambages qui réunissent les deux { aux lettres précédentes, le premier serait plus exactement suivi par un arc de cercle de 13 millimètres à 13 m/m. 5
(1) Broch. Bernard, -p-84-="Rapp. D. AP: Eng-crim- Il: 362: 2) Broch. Bernard, p. 34. — Rapp. D. A. P., Eng. crim. Il, 361 et 362.
que par celui de 10 kutschs, et les contours supérieurs et inférieurs du second se rapprocheraient de deux ares de circonférence ayant l'un un rayon plus grand, et l’autre un ray on moindre que 10 Kkutschs (1).
Dans l'accent codée. la distance, mesurée parallèlement à la base des lettres du fond de l'angle inférieur on de l'accent à l'extrémité droite, est égale non pas à 1 m/m. mais: à: din) AC8M@) TEA longueur de là barre du rest Le 3 m/m. 860 qui n’est pas un multiple de 1 m/m. 25, comme l’affirme M. Bertillon (3).
Quant à la pente de 1/9 du motintérét, elle n’a rien de kutschique, et peut être obtenue par la construction de tout triangle rectangle dont les longueurs des côtés seraient dans le rapport de 1 à 9 (4).
« En résumé le mot intérêt ne présente donc aucune particularité géométrique, et son prétendu rythme kutschique provient de mesures incorrectes et incomplètes, de défimilions arbitraires et contradictoires et méme d'erreurs » 1.
Que M. Bertillon soit arrivé à repérer soigneusement la position de chacune des lettres par rapport à un carreau de 1 m/m.25, et qu'il ait pu grâce à ce procédé le reproduire approximativement, ce résultat n'est pas pour nous surprendre. « Mais là où M. Bertillon commet une erreur scien- « tifique qui dépasse les limites mêmes du bon sens, c’est « quand il croit montrer ainsi que le mot a été écrit précisé- « ment par le procédé de repérage et de reconstruction qu'il à « employé et qui n'est qu'un procédé mnémotechnique. « Comme il a employé une loupe pour étudier le mot, il va « jusqu à penser que le molne peut être fait qu'à la loupe » ‘6:.
Quoi qu'il en soit, M. Bertillon construit sa double chaine « qui est une création de son imagination et qu'il construit à sa guise » (7), en la composant de plusieurs mots intérét placés bout à bout, de telle façon que l’i de chacun d'eux vienne s’imbriquer, c'est-à-dire se caler contre le bord
(A) Rapp. DA. P., End. crim.-Il, 362et 363.
DRAP AD MA PENdErcrIun elle 60;
(3)#RADpD LD WAP Endercrimn lil 360:
(4) Rapp. D. A. P., Enq. crim. Il, 363.
(5) Rapp: D: A. P., Enq.erim:. Il, 363:
(6) Rapp. D. A. P., Enq. crim. Il, 359. — Bertillon, ?* dépos. devant
les experts, 4;4p. 11.
(7) Rapp. DEAR D. Enq. crim. II, 360.
Pe
Abe e
interne du { final du mot précédent. Non seulement le principe de cette imbrication est tout à fait arbitraire ; mais encore sa mise à exécution nécessite un léger coup de pouce. Si, en effet, on appliquait exactement chaque à initial contre le bord interne du t{ final précédent, la longueur du mot clef ne serait plus rigoureusement égale à 12 m/m. 5 ; il faut avoir soin de ménager un léger blanc entre les deux jambages. En outre, le mot intérét de la Seconde chaîne est légèrement incliné par rapport à la première, dans le but d'élargir la bande formée par le gabarit et de permettre ainsi aux lettres du bordereau de venir plus facilement s'appliquer sur lui (1).
NI. Berullon voit dans ie fait que le tracé des divers mots du bordereau se moule avec la plus grande exactitude sur le gabarit la preuve indiscutable que celui-ci a servi à la confection de celui-là.
A raison des erreurs contenues dans la reconstitution du bordereau, le prétendu moulage, s'il existait, ne pourrait avoir cette valeur. Il est d'ailleurs purement imaginaire. Sans doute il arrive d'ordinaire que les traits du bordereau ne sortent pas de l’espace occupé par les traits du gabarit. Ce résultat est inévitable, puisque, par suite de la superposition de deux chaines, il ne reste entre elles pour ainsi dire aucune parue blanche. Quant à un moulage proprement dit, c’est-à-dire à une coïncidence systématique des caractères du bordereau avec ceux du mot intérêt, il n'existe que dans l'imagination de quelques esprits prévenus ; ni M. Bernard, ni MM. Darboux, Appel et Poincaré n'ont pu le constater malgré l'examen des plus scrupuleux (2).
Bien plus, M. Bernard a pris les polvsyilabes : manœuvres, artillerie, adresse, Au bordereau, et leur a appliqué le gabarit, en leur donnant successivement pour chacun d'eux trois positions différentes ne présentant entre elles aucun rapport kutschique ; il lui a été impossible de retrouver parmi ces trois positions celle que M. Bertillon avait donnée comme présentant le phénomene du montage (3;.
M. Bertillon ne paraît pas lui-même avoir constaté -un
p. 110 moulage parfait, puisqu'il n'est pas encore fixé sur le nombre
(1).Rapp. D. À. P', Eng. crim. Il, 360.
(2) Rapp. D. A. P., Enq. crim. I, 351. — Broch. Bernard, p. 28. (3) Broch. Bernard, p.28:
: di 7 ; 6
(8 ou 11) des glissements qu'il convient d'opérer au milieu des lignes pour donner au gabarit sa meilleure position (1).
M Bertillon. et ses commentateurs aftachent une grande importance à la localisation des initiales du bordereau sur certaines lettres.
Cette localisation anormale, à supposer même qu'elle existât, ne serait nullement démonstrative. Remarquons ici encore que M. Bertillon ne signale que les expériences favorables à sa thèse. Il laisse entièrement de côté certaines initiales (q, j, a, l, etc.) qui évidemment ne satisfont d'aucune façon à son système (2). En outre, toutes les localisations qu'il nous présente sont très bizarres et il n’entreprend pas de nous démontrer pourquoi les e exercent une attraction sur les f, les t sur les v, les n sur les p, et surtout pourquoi les r et les n aiment mieux aller se placer sur les { que sur leurs lettres correspondantes dans le mot « intérêt » (3). Il ne nous explique pas davantage pourquoi les t{ ont un si grand pouvoir attrac- Hif ; mais nous croyons pouvoir en donner la raison ; c'est que, répétés deux fois dans le mot « clef », ils occupent une place double dans la chaîne (4).
Puis M. Bertillon donne au mot « localisation » un sens excessivement vague et compréhensif ; il lui suffit, pour la considérer comme réalisée, qu'un point de l'initiale envisagée vienne effleurer la lettre correspondante de l’une des deux chaînes (5). C’est ainsi que la localisation du p initial est excessivement grossière et se réduit à ce que ce p initial est en général compris entre les deux n des deux chaînes, ou bien précède ou suit immédiatement cet intervalle (6).
I ne faut pas oublier non plus que le mot « intérét » n’est coupé semblablement par son réticulage que toutes les cinq divisions, et qu’en conséquence dans la superposition réticule sur rélicule le gabarit peut occuper cinq positions différentes par rapport aux lignes du bordereau. Ayant le choix entre ces cinq positions au début de chaque ligne, M. Bertillon peut assurer la localisation d’une initiale sur l’une des cinq lettres
(Rap DA PMERECEM IN T4353;
(2] Broch. Painlevé, p. 42.
(S)BEaDp- DA" P'MENg CrimII 352) 7et2 353:
(RRapD AD ALP" Enqcrimn 352:
(5) Broch. verte, planche 6.
(6) Broch. Païnlevé. p. 42.
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du mot intérét dans la chaine ; et comme le bordereau a 30 lignes, il dispose par conséquent de 99 localisations cerfaines. Ces facilités ne sont pas encore suffisantes, et il est obligé de rompre onze fois la chaîne au milieu des lignes par un glissement ou coup de pouce (1). L'auteur de la brochure verte réduit à 9 le nombre de ces ruplures de chaîne (2;. L’arüfice n'en subsiste pas moins et grâce à lui ils peuvent encore assurer onze nouvelles localisations. L'auteur de la brochure verte croit expliquer ces ruptures de chaîne en les assimilant aux ruplures de clef dans les dépêches chiffrées (3). Cette fausse comparaison décèle un vice de raisonnement. La dépèche chiffrée est très certainement un document truqué ; dès lors, si la clef ne suffit pas à la déchiffrer entièrement, nous sommes obligés d'admettre qu'il y à eu rupture de clef. Dans notre cas la situation est toute différente, et si le gabarit n'explique pas toutes les particularités du bordereau, il reste toujours l'hypothèse beaucoup plus simple que le document n'est pas forgé (4). M. Bertillon excuse es coups de pouce en alléguant qu'il ne les opère qu'avant ou après les polysyllabes redoublés (5;. Cet aveu contient sa condamnation. Effectués dans ces conditions, les glissements ont une influence directe sur la localisation des initiales de ces polysvilabes, et semblent avoir eu pour but de les réaliser (6). Les observations présentées par M. Bertillon sont d'ailleurs inexactes. MM. Darboux, Appel et Poincaré ont repris les calculs de M. Bertillon en envisageant les 73 polysyllabes du bordereau : ils ont fait judicieusement observer qu'à l'exception des cas où il y a localisation d'une initiale du bordereau sur une lettre similaire du gabarit (par exemple li sur li), on ne doit considérer que comme un repère la première. coïncidence, et qu'il ne faut compter une localisation que lorsqu'on voit l'initiale du second polysyllabe commençant par la même lettre se placer sur la même lettre de la chaîne. Les polysyllabes commençant par {8 initiales différentes, dont 3, l'i, le et le { viennent se localiser sur les lettres similaires
(ER ADD D MAMA MEN en I SE DRE RSI (2) Broch. verte, p. 30.
(3) Broch. verte,-p..33.
(4) Broch. Bernard, £. 30.
(5) Berlillon, Rennes II, 348.
(6) Rapp. D.'A9P/Erniq- crim. Il; 353:
du mot « intérét », ils ont déduit 15 mots repères ; ils ont fait une nouvelle déduction de 41 pour tenir compte des coups de pouce et de 11 à raison des exceptions signalées par M. Bertillon lui-même. Ils ont donc obtenu les résultats suivants : mots de repère 15, coups de pouce 41, exceptions 11, coïncidences réelles 6, total 73 ; ce qui fait six coïncidences réalisées sur 11 + 6 — 17 coïncidences possibles. Quelle est la probabilité correspondante ? La probabilité d’une localisation isolée peut être évaluée à 2/5, 1/5 pour chaque chaïne, puisqu'il y & 5 lettres différentes sur le gabarit. Le nombre probable sera donc 17 x 2/5 = 6,8 ; il est supérieur au nombre réalisé qui ne présente par conséquent rien d'insolite (1). MM. Darboux, Appel et Poincaré en concluent que « les prétendues localisations des lettres initiales doivent être considérées comme nulles et non avenues » (2).
M. Bernard arrive à la même conclusion par un procédé différent. Il constate que, sur 79 localisations possibles sur le t, il y en a 41 de réalisées, soit une proportion de 41/79=0,52. Evaluant à 30 millimètres la longueur des deux { du mot clef sur la chaine divisée en sections de 50 millimètres, il en déduit que la probäbilité pour que les éléments d'une certaine catégorie viennent se localiser sur les espaces 1 t est de 30/50 —060 chiffre qui, lui aussi, est supérieur à celui des localisations réalisées (3).
Deux méthodes différentes donnant des résultats concordants, nous pouvons conclure avec certitude que les initiales des polysyllabes sont placées au hasard, et ne sont en aucune façon localisées sur Ta double chaîne.
Les études du capitaine Valério sur la localisation des leltres non initiales, quoique faites avec plus de soin, ne sont pas plus exactes. Pour lui, les lettres du bordereau se localisent toutes sur les lettres similaires du gabarit, sauf ln qui vient s'appliquer sur l’r. Mais il ne nous explique par pourquoi l’r va sur le { quand il est initial, et sur l’r dans le cas contraire, en même temps que l'n initial se moule sur le #, et ln médian sur ln.
En supposant les calculs exacts, trois considérations enlè-
(1) Rapp. D. A. P., Eng. crim. II, 353. (2) Rapp. D. A° P., Eng. crim: Il, 353.
(3) Broch. Bernard, p. 31.
p. 112 vent toute portée aux observations du capitaine Valério. Les
travaux de cet officier ayant été faits sur le bordereau reconstitué, l'erreur due à cette reconstitution peut atteindre la largeur d'une lettre, et rend dès lors illusoires les localisations constatées.
Puis, si nous considérons les à du bordereau par exemple, le calquage devrait avoir pour premier effet d'amener la superposition des à qui seraient tombés dans le voisinage de ceux du gabarit, de sorte qu’on devrait trouver beaucoup d’i sur ceux de la chaine rouge et de la chaîne verte et peu dans l'intervalle. L'examen de la planche 6 conduit à une constatation contraire (1).
Enfin les à localisés devraient se mouler exactement sur ceux de la chaîne ; or, 1] n'en est rien ; certains sont penchés en sens inverse : d'autres sont au-dessous de la ligne (2).
MM. Darboux, Appel, Poincaré, ainsi que M. Bernard, ont d’ailleurs constaté une erreur de calcul qui vicie toute la thèse, Le capitaine Valério,évaluant la longueur de li par rapport au mot clef à 1,7/12,5 concluait que les chances de localisation sur cette letire sont de 13,5 p. 100. Or, bien que la largeur de li du gabarit ait été appréciée à # m/m. 7, le capitaine Valério considère comme localisés les à de « disposition » et de « copie » qui se trouvent à une distance de 3 millimètres. H faut donc admettre, ou que le capitaine Valério juge la lettre suffisamment bien placée quand elle tombe dans l’espace occupé par les à de la chaîne rouge et de la chaîne verte, et fl faut alors ajouter à 1 m/m. 7, (largeur de li dans une chaîne), 1 m/m. 25 représentant le déplacement d'une chaïne par rapport à l’autre, ou bien que le capilaine Valério compte une localisation toutes les fois que la lettre tombe partiellement dans l'intervalle de 1m/m. 7, et alors il faut ajouter à ce 1 m/m. 7 la largeur d'une lettre, soit environ 1 m/m. 25 également. Si on rectifie les calculs du capitaine Valério d’après ces données, on constate que sur 52 à médians le nombre probable des localisations est de 12 (et non de 7) chiffre peu inférieur à celui des localisations réalisées (17), et pour le total de 347 localisations possibles, on trouve 137 localisations pro-
(1) Broch. verte, pl. 6.
(2) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 354,
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