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bables et 151 réalisées (1). Ce léger écart s'explique facilement, si l’on songe que le gabarit a été placé après coup sur chaque ligne du bordereau, et que sa position a été déterminée par tâätonnements, en vue d'amener le plus grand nombre possible de coïncidences (2;.
La prétendue identité entre l’espace moyen occupé par les lettres du gabarit, 2 m/m. 08, et celui des lettres du bordereau, 2 m/m. 11, ne présente pas plus de consistance. Elle se
concilie mal avec la théorie de M. Bertillon d'après laquelle :
chaque passage de la chaine verte à la chaîne rouge doit déterminer un allongement de 1 m/m. 25 ; l'espace moyen calculé en supprimant dans chaque mot la première et la dernière lettre est d'ailleurs tout à fait arbitraire, puisque le capitaine Valério n'a pas pris soin de définir les points où commence et finit une lettre à l'intérieur d’un mot (3).
Enfin d'après M. Bernard cette prétendue identité n'existe pas : « Les six lettres du mot clef, déclare-t-il, n’occupent « nullement 12 m/m. 5. II faut compter la longueur du mot : « inlere, Comme on compte celle des mots du bordereau dans « la planche 9 ; on trouve alors 9 kutschs #, soit par lettre « 1 m/m. 98 (4). »
Quant à l'identité entre la longueur absolue des lettres, elle ne peut évidemment être prise en considération ; ces mesures, pour avoir une signification, doivent être prises avec une grande précision, puisque, pour les lettres d’un seul jambage, il s'agit de déterminer l'épaisseur de ce jambage ; empruntées à une reconstitution erronée, elles sont donc sans valeur (5).
Enfin la présence de retouches sur les polysyllabes redoublés du bordereau, présentée par M. Bertillon comme la dernière preuve de l'emploi du gabarit, n'a pas été constatée par MM: Darboux, Appel et Poincaré. Ces experts ont au contraire remarqué que les apparences signalées comme des indices de Ccalquage se retrouvaient sur des documents qui sont certainement d'une écriture courante, et que dès lors elles n'autorisaient pas une conclusion de cette nature (6).
PS de Pi
(1) Rapp. D. A. P., Enq. crim. Il, 355. — Broch. Bernard, p. 35. (2) Broch. Painlevé, p. 43.
(3) Rapp. D. 'ANP., Eng. crim. Il 1952.
(4) Broch. Bernard, p. 36.
(5) Broch. Bernard, p. 26.
(6) Rapp. D! A. P., Eng. crim. Il, 378.
Les observations que nous venons de présenter infirment entièrement la théorie de M. Bertillon et de ses adeptes surla construction du bordereau dans le sens horizontal. Il nous reste à faire justice de leur système relatif au repérage vertical des lignes.
L’encoche joue un rôle capital dans les explications du capitaine Valério et de l’auteur de la brochure verte, auxquelles M. Bertillon du reste s'est entièrement associé. Les jignes, ainsi que nous l'avons expliqué (1), auraient été successivement repérées par rapport à l’un des trois repères # bord inférieur, encoche, bord supérieur, et c'est également l'encoche qui aurait donné l’inclinaison descendante des lignes du recto, et l'inclinaison ascendante des lignes du verso (2j. Il suffit de démontrer que l’encoche a été faite postérieurement à la confection du bordereau pour détruire tout le système. Or son origine a été facilement découverte par l'enquête et par les experts. L'examen microscopique, que MM. Darboux, Appel et Poincaré, ont fait de la pièce, a montré que le grand côté est manifestement dû à un coup de ciseaux donné obli-quement par rapport au bord libre du bordereau, le petit côté «ont la section est moindre pouvant avoir été arraché. Quant à certains coups d'épingle que M. Bertillon prétend voir dans le fond et sur les côtés, et qui auraient été faits pour assurer: la régularité de l’arrachement, ils sont purement imaginaires (3). Or si l'on se reporte au cliché du bordereau primitif fait par M. Tomps, on y constate la présence d’un certairr nombre de bandes qui, destinées à assurer le rassemblement des morceaux, ont disparu par la suite. M. Bertillon ne fait aucune difficulté d'ailleurs pour reconnaître que certaines d'entre elles sont tombées d’elles-mêmes, et qu'il en a luimême enlevé quelques-unes (4). On s'aperçoit notamment qu'une bande recouvrait le mot « extrêmement » dans le but de raccommoder la déchirure oblique qui le traversait, et que la section de cette bande collée obliquement par rapport au bord libre se confondait exactement avec celle de ce bord libre. La bande de collage avait primitivement dépassé le
(1) Voir page 124.
2) Voir page 134.
(3) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 379 et 380.
(4) Bertillon (déposition devant M. le conseiller Petitier\ Eng. crim. NH,
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bord ; une fois le bordereau recollé, l'opérateur avait voulu faire disparaître la portion de bande inutile. Le coup de ‘Ciseaux, ayant été donné un peu obliquement par rapport au bord libre, avait entamé légèrement le papier sous-jacent, en en détachant une étroite languette qui avait été enlevée par Ja suite (1).
Telle était l'origine de l'encoche. Les agrandissements qui ont été faits du cliché tiré par M. Tomps dès la découverte du bordereau ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. Et s’il a pu s'élever quelque hésitation aux débats sur ce point, cela tient à ce que, lorsque le bordereau fut remis à M. Bertillon, celui-ci avait enlevé la plus grande partie des bandes à J'aide desquelles il avait été recollé, et qu'après cet enlèvement il était devenu difficile de retrouver l'origine de l’encoche pour ceux qui ne voyaient le bordereau que dans l'état où l'avait mis M. Bertillon (2).
En cet état des constatations, les experts n'ont pas hésité à conclure que « l’encoche a été faite après la reconstitution du document et qu'elle n'existait pas Sur le document original » (3). Elle n’a donc pas pu servir au scripteur pour le repérage et l’inclinaison des lignes, et il ne reste rien sur ce point des audacieuses affirmations apportées par M. Bertillon et ses adeptes.
M. Bertillon à eu le tort d’attacher une grosse importance à ses expériences qui ne sont nullement probantes. Il serait impossible de tirer argument de la photographie composite, telle qu'elle a ‘été faite, à supposer même qu'elle eût donné des résultats. Il ne faut pas oublier que l'on a disposé arbitrairement #1 fois de l’origine du gabarit (30 fois à raison du nombre des lignes, et 11 fois par suite de glissements au milieu des lignes), et que l’on a profité de ces facilités, pour amener le plus de coïncidences possibles entre les caractères du bordereau et ceux du mot « intérét ». En outre M. Bertillon avoue n'avoir obtenu de résultats, qu’en faisant une sélection entre les lettres du bordereau, et en séparant celles qui s’appliquaient sur l’une des chaînes de celles qui se moulaient sur l'autre. Ainsi que l'a fait observer M° Demange
(W*Rapp. DA. P., Eng. crim!./Il. 380:
(@) Rapp. D. A. P., Eng. crim. Il, 381 et 382. (3) Rhpp. D. A. P., End. crim. II, 382.
dans sa plaidoirie, ainsi que’ l'a répété le commandant Corps (1), cette sélection, dont la base est précisément le mot « intérêt », pourrait à juste titre être considérée comme l'unique cause de l'apparition de ce mot dans la photographie composite, si elle était réelle. En fait nous nous retrouvons, ainsi que l'ont constaté MM. Darboux, Appel et Poincaré en présence d’ « apparences confuses et fuyantes » desquelles il est difficile de dégager les traits qui semblent le plus visible, et on ne peut attribuer qu'à un phénomène d’autosuggestion le fait que M. Bertillon a cru pouvoir y retrouver le mot « intérêt ». Si nous examinons la reconstitution qu'il à faite de ce mot, nous observons que ln n'est pas à sa place, el nous ne comprenons pas qu‘ soit possible de découvrir un n, sinon à la place exacte qu'il devrait occuper, du moins entre l’iet let, si, comme on l’a affirmé dans cette theéorie, ln ne se localise pas sur l’n, mais sur l’r. Le second t est tracé arbitrairement ; Car dans la partie supérieure du chiché on remarque des traces de { à peu près également distribuées, sans qu'il y ait rien de particulier à l'endroit où M. Bertillon à cru en remarquer un. Suivant les traits qu'il a cru reconnaître, M. Bertillon a tracé le premier { avec un délié ascendant fortement séparé du jambage descendant, disposition qu’on ne retrouve pas dans la lettre «des obligations », Un e a été placé là où on distinguerait plus nettement un a, un » là où on verrait plutôt un n ; un a semble apparaître là où M. Bertillon a écrit son second e ; enfin, sur l'emplacement de l’i, il est impossible de distinguer autre chose qu'une masse noire imprécise {2). Que les parlies les plus foncées de la photographie correspondent comme position à certaines lettres du gabarit, notamment au t, à l’e, à l'r et au second ff, il ne faut nullement s’en étonner, puisque les parties du bordereau photographiées dans les préparations 2 et 3 sont par définition celles dont les lettres occupaient à peu près l'emplacement des lettres soit du gabarit rouge, soit du gabarit vert.
Il résulte donc de l'étude faite par MM. Darboux, Appel et Poincaré que « la photographie composite ne nous montre
(1) C' Corps : Eludes sur le bordereau, p. 25. (2) Rapp. D. A.-P., Enq. crim. II, 356 et 357.
« absolument rien que ce que l’on pouvait prévoir » (1), c'està-dire rien.
La reproduction du bordereau. faite par M. Bertillon à l’audience du Conseil de guerre de Rennes, le 25 août 1899, à produit sur beaucoup d'esprits une impression qui n’èst pas justifiée. Fût-elle parfaitement exacte, elle nef prouveraib rien. En effef «un document écrit n’est pas autre chose qu'un « dessin, et tout dessin peut être reproduit avec une approxi- « mation aussi grande qu'on le veut, et par des procédés aussi « variés qu'on veut » (2). M. Bertillon n'a fait qu'emplover un de ces nombreux procédés alors qu'il eût pu tout aussi bien en prendre d’autres que M. Bernard a indiqués et qui eussent donné le mème succès que le sien (3), 11 a glissé son gabarit sous chaque ligne, et s’en est servi pour repérer les lettres les plus caractéristiques ; il a ensuite relié ses repérages à l’aide de remarques mnémotechniques, qui lui ont paru les plus frappantes, et en disposant à chaque ligne la chaîne, pour obtenir le plus de coïncidences possibles, comme l’a fait remarquer fort à propos M. Poincarré. « Ces coïnci- « dences, quoique fortuites, peuvent néanmoins, une fois cons- « tatées, servir de moyen mnémotechnique. Quoi d'étonnant « à Ce qu'après cinq ans d'apprentissage, elles puissent per- « mettre de reconstituer le bordereau ? Un peintre peut faire « de mémoire/le portrait d'un homme, sans que cet homme « soit truqué (#) ».
La mémoire joue un rôle si considérable dans cette reconstitution, qu'invité par MM. les Experts à recommencer devant eux l'expérience, M. Bertillon s'y est refusé très énergiquement, en alléguant l'imprécision de ses souvenirs. Non seulement il n'a pas voulu reproduire le mot « intérét » même avec l’aide d’un double décimètre, mais il a opposé un refus aussi calégorique pour la reconstitution de la chaîne imbriquée, ou pour celle du bordereau avec un gabarit qui lui était offert tout établi (5).
Ce procédé peut d'ailleurs servir à reproduire toutes les
HNRapn Dh AP VEndg crime I35 7:
(2) Rapp. D. A. P., Enq. crim. dl, 364.
(3) Broch. Bernard, p. 38 et 39.
(4) Lettre Poincaré à Painlevé. — Painlevé, Rennes I, 330. — Broch. Bernard, p. 38.
(5) Bertillon, 2° dépos. dev. les experts : 4 p. 10 et suiv. — Rapp. D.
AMP VEN Crime Il, 365:
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