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écritures dont les lettres ont sensiblement les dimensions du mot « intérêt ».
M. Bertillon a reconnu lui-même que là lettre « des obligations » dont rien ne permet de suspecter l'authenticité (4), ainsi que certaines leltres d'Esterhazy (2; s'adaptaient fort bien sur le gabarit. Cette seule observation amènera tout homme raisonnable à conclure que ce système peut s’appliquer à quantité d'écriltures et ne prouve nullement qu'elles soient forgées (3).
li n'est plus aujourd'hui possible pour la Cour de juger. par elle-même du degré de perfection de la reproduction tentée en 1899 devant le Conseil de guerre par M. Bertillon. La pièce ainsi refaite a disparu du dossier. Et nous n'avons, pour nous en rendre compte, qu’un fac-similé publié par le journal Le Petit Bleu dans son numéro du 26 août 1899 ‘et reproduit dans la planche 13 de la brochure verte (à).
Si cette reproduction offre quelques ressemblances, elle est loin d'être l'identité. Sans même parler du graphisme, il y à, dans la longueur des mots, des divergences qui montrent que le moyen mnémotechnique employé par M. Bertillon ne peut servir qu'à reproduire les dimensions générales du document ; il est absolument inefficace pour l'imitation des détails intimes qui donnent à l'écriture sa physionemie (5.
Que la reconstitution ne soit que très approximative, il ne pouvait en être autrement ; il suffit en effet de consulter la planche 6 pour constater que l'écriture chevauche sans cesse entre les deux chaînes, sans chercher à se modeler sur leur tracé, et que le bordereau n'a pas été calqué sur le gabarit (6).
L'argument, que nous venons de réfuter, consiste à soulenir qu'une pièce a été nécessairement forgée d'après un certain procédé, parce que ce procédé peut servir à en établir une grossière reproduction ; il repose sur une confusion inexcusabie qu’il convenait de dégager pour lui ôter toute valeur.
Ainsi donc aucun des arguments invoqués par M. Bertillon ou ses disciples, pour démontrer que le bordereau a été
(1) Bertillon 2° dépos. dev. les experts 4 p. 16. (2) Bertillon, Rennes II, 373, 374 el 383.
(3) Broch. Painlevé, p. 30.
(4) Broch. verte, pl. 13.
(3) Broch. Bernaï d, p. 38.
(6) Broch. Painlevé, p. 29.
écrit suivant le système qu'ils préconisent, ne résiste à une étude sérieuse et rationnelle.
Examinons maintenant les motifs pour lesquels on croit pouvoir attribuer à Dreyfus le bordereau.
La présence dans le buvard d'Alfred Dreyfus de la lettre « des obligations » à laquelle aurait été emprunté le mot clef du gabarit a paru accablante contre lui. Cette lettre a toujours été considérée jusqu'à ces derniers temps comme saisie à cette place lors de là perquisition du 15 octobre 1894.
Dans une déposition faite devant M. le Conseiller Petitier le 2 avril 1904, M. du Paty de Clam, qui a accompagné les agents de M. Cochefert dans cette perquisition a maintenu l'affirmation, ajoutant que les autres papiers d'affaires, notamment la lettre dite « du fusil de chasse » avaient été trouvés dans le tiroir de son bureau (1).
Mme Dreyfus, qui a assisté, elle aussi, à la perquisition, déclare avoir au contraire le souvenir très net que la lettre découverte dans le buvard de son mari était celle de Mathieu Dreyfus relative à l'achat d’un fusil de chasse, la lettre concernant la mise en actions de la filature ou « des obligations » ayant été saisie dans un portefeuille placé dans un tiroir du bureau (2;. Elle a même ajouté que « son mari avait dû con- « server la lettre relative à l'achat du fusil dans son buvard, « soit parce qu'il n'avait pas répondu à son frère, soit parce « qu’il voulait se reporter aux indications. qu'elle contenait « pour l'achat de cette arme » (3).
Cette assertion semble confirmée par l'incident suivant, que M. Du Paty de Clam à lui-même rapporté : comme, dans la journée du 31 décembre 1894, il faisait allusion devant Dreyfus à la lettre trouvée dans son buvard, celui-ci l'aurait interrompu, en lui disant : « La lettre du fusil de chasse, n'est-ce pas ? » (4). Cette version nous paraît d'ailleurs vraisemblable. La lettre « du fusil de chasse », la dernière en date
(1) Lieutenant-colonel Du Paty de Clam (Dépos. devant M. le Conseiller Petitier), Enq. crim. II, 179.
(2) M® Dreyfus (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier) : Enq. crim. II, 177 et 178.
A M°° Dreyfus (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier) : Enq. crim. Il,
(4) Lieutenant-colonel Du Paly de Clam (Dépos. dev. M, le Conseiller Petitier), Enq. crim. II, 180.
De
de Mathieu Dreyfus, est du 19 septembre 1894 ; celle « des obligations », quoique non datée, est manifestement antérieure à décembre 1833, date de la mort de M.brevtus père (1). Il est légitime de penser qu’Alfred Dreyfus a plutôt conservé sous sa main Celle qu'il venait de recevoir en dernier lieu et qui présentait alors pour lui un certain intérèt d'actualité.
Enfin, lors de la saisie, la lettre « des obligations » a été cotée sous le n° 12, celle « du fusil de chasse » sous le n° 13 ; les lettres cotées 8, 9, 10 et 11 ayant été trouvées dans le tiroir du bureau, ainsi que le reconnaît M. du Pat de Clam (2), il est vraisemblable que la pièce n° 12 était à cette même place ; on ne comprendrait pas en effet qu'après avoir coté toutes les pièces du tiroir, on en ait oublié une qui n'aurait été numérolée qu'après la pièce saisie dans le buvard (3).
Quoiqu'il en soit, nous nous trouvons en présence d’affirmations contraires et persistantes de M. du Paty de Clam et de Mme Dreyius (4), contradictions qui obligent à ne plus rer argument de la présence de la lettre « des obligations » dans le buvard d'Alfred Dreyfus qu'avec une extrême Circonspection.
On prétend pourtant tirer de cette lettre « des obligations » une preuve de la culpabilité de Dreyfus, et on déduit celleei : a) des relations d'écriture ; b) des rapports de dimensions qui existeraient entre le Bordereau et la lettre saisie. C’est ce qu'il échet d'examiner attentivement.
a) La soi-disant superposition réticule sur réticule de certains mots de la lettre « des obligations » sur des mots similaires du bordereau n’est nullement probante. Le fait qu'elle a été constatée sur une reconstitution erronée lui enlève en premier lieu toute valeur. Puis M. Bertillon donne au mot « superposition » une signification tellement compréhensive qu'il l'applique à des mots de longueur différente ou dont les lettres n’ont pas la même forme (5). Si pourtant nous pénétrons dans le détail, nous ne tarderons point à apercevoir des
(1) M" Dreyfus (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier) : Enq. erim. IT,
(2) Lieutenant-colonel Du Paly de Clam (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier), Eng. crim. IL, 179
(3) Lieutenant-colonel Du Paty de Clam (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier), Eng. crim. I, 180. .
(4) Lieutenant-colonel Du Paty de Clam (Dépos. dev. M. le Conseiller Pelitier), Eng. .crim. Il, 180.
(5) Rapport D. A. P., Enq. crim. Il, 373.
mots ayant à peu près la même longueur pour les parties communes tels que : couvert et couverture, dernier et dernier, difficulté et difficile, et dent les lettres sont à peu près semblablement placées. Les écritures d'Alfred et de Mathieu Dreyfus étant de la même famille, ces coïncidences partielles n'ont rien qui puisse surprendre. Mais, à examiner les choses de plus près, nous remarquons que dans moins tous les jambages des lettres sont les uns à côté des autres, que dans dernier on place les r médians l’un sur l'autre, mais qu'à mesure,qu'on s’en écarte, les discordances apparaissent. Dans couvert — couvert (ure), o, v et r occupent les mêmes places avec des formes différentes pour o et vw ; les autres lettres divergent (1; Pour les mols quelques renseignements on constate que les syllabes que vont à peu près l’une sur l’autre, bien qu'elles n'aient pas absolument la même forme, ainsi d’ailleurs que les {s. Il en est de même des jambages verticaux des r, du haut des g et de la fin de l’m et de le de la syllabe ments. Le glissement de 1 m/m. 25 des deux mots lques renseign opéré par M. Bertillon a pour conséquence de détruire quelques-unes de ces coïncidences, sans amener celle des lettres ens de la syllabe rens pour laquelle un déplacement moindre serait préférable, ni celle des es de quelques qui exigent un glissement plus considérable ; un 3lisseme 1$ en sens contraire vaudrait beaucoup mieux pour ln final.
On voit donc que, même avec le coup de pouce et les erreurs considérables dues à la reconstitution du document, la superposition ne se fait pas et que la longueur de 1 m/m. 25 attribuée au déplacement est tout à fait arbitraire, puisqu'il détruit certaines coïncidences sans en amener de nouvelles. Les autres coïncidences relevées concernant des mots de Iongueur différente sont encore plus illusoires (2). I suffit d’ailleurs, de comparer les mots : intérêt de la lettre « des obligations », et intéressant du bordereau, qui sont pourtant présentés comme superposables, paur constater que les formes des lettres sont tout à fait différentes et que les écritures ne sont nullement semblables (3).
M. Beitillon annonce en outre que les soi-disantes super-
(1) Rapport D. A. P., Enq. crim. I, 374.
(2) Rapport D. A. P., Enq. crim. I, 37%5, 3%6. (3 Rapport D. A. P., Engq..crim. MH, 373.
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positions qu'il signale ont lieu réticule sur réticule. Cette expression ne signifie pas, comme on pourrait le croire, que les superpositions s'obtiennent en transportant les mots les uns sur les autres de manière que leurs réticules coïncident ; il arrive souvent que les réticules sont déplacés dans un sens ou dans l’autre de 1 m/m. 25 ou de 2 m/m. 50. Dans la planche 27 bis les réticules du mot intérêt sont même inclinés par rapport à ceux de l’autre mot {1). Il importe de remarquer que, si on évalue l'importance de ces déplacements sur l'original, ils ne présentent en réalité aucun caractère kutschique et que, même sur la reconstitution, des glissements ou coups de pouce différents donneraient souvent de meilleurs résultats notamment pour le mot moins (2).
Enfin pour être complet, M.Bertillon eût dû se livrer à des contre-épreuves sur d’autres lettres authentiques de Mathieu Dreyfus ; il n'aurait pas manqué de remarquer sur ces lettres les mêmes analogies. Ne se doutait-il pas des résultats écrasants qu'il eût obtenus ainsi, et comme, pour l'écriture d’'Esterhazy, ne s’en est-il pas dispensé, parce que, suivant sa propre expression : « ça va trop bien » (3) ?
En résumé, concluent les experts sur ce point, les superpositions alléguées par M. Bertillon n'ont pas d'existence réelle et ne révèlent aucun rythme kutschique (4.
b) Quant aux rapports de dimensions entre la lettre « des obiigations » et le bordereau, ils sont plus illusoires encore.
Trois considérations permettraient d'ores et déjà de leur opposer la question préalable. Ils ont été établis en se référant aux dimensions d’une reconstitution qui diffèrent notablement de’celles de l'original (5). 11 a fallu de plus faire intervenir la partie du bordereau qui a été arrachée sur le second feuillet et qui a été reconstituée en se basant sur la symétrie du second feuillet par rapport au pli du papier et sur celles des maculatures par rapport aux caractères tracés sur le verso du premier feuillet ; or, ce pli manque entièrement de netteté, eb
(1) Carton vert de Rennes, pl. 27 bis. — Rapport D. A. P., Enq. crim. Il, 376.
(2) Carlon vert de Rennes, pl. 27 bis. — Rapport D. A, P., Enq.
crim. II, 377.
(3) Rapport D. A. P., Enq. crim. II, 378. (4) Rapport D. A. P., Enq. crim. Il, 377.
(5) Rapport D. A. P., Enq. crim. II, 381.