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dans une autre partie M. Bertillon à invoqué la dyssymétrie de ces mêmes maculatures (1). Enfin, l’un des points de repère serait l’encoche du bordereau qui est postérieur à la reconstitution par Henry du document, et qui ne peut dès lors être relenue comme une charge contre Dreyfus, puisqu'elle n'est pas son fait, mais celui d'Henry.
Pourtant, lors de l'enquête nouvelle, M. du Paty de Clam a insisté de nouveau sur l'importance de la coïncidence de cette encoche avec celle qui figure sur le bord inférieur de la lettre « des obligations ». Invoquant la présence de l’'encoche du bordereau sur le cliché fait par M. Tomps immédiatement après l’arrivée du document au Ministère de la Guerre, il en a conclu qu'elle était préexistante à la saisie de la lettre des obligations. Comme, ainsi qu'il résulte du cliché photographique, l’encoche de la lettre des obligations existait avant là réunion des deux pièces dans le dossier, il en a déduit qu'elles ne pouvaient être le résultat d’une machination et qu'elles avaient été faites toutes deux en même temps à l'époque où Dreyfus avait les deux documents en sa possession (2) ; il a vu dans la coïncidence de ces deux encoches la preuve que les documents « avaient cohabité » au domicile d'Alfred Dreyfus (3), et par suite le dénoncaient.
L'origine de l’encoche du bordereau nous est dès maintenant connue. Cette encoche est l’œuvre du ciseau d'Henry, lors de la reconstitution par collage des divers morceaux du document (4). :
L'origine de l'encoche de la lettre « des obligations » à été déterminée par l'enquête de M. le conseiller Petitier. Elle est l'œuvre toute naturelle de Gribelin, au moment où celui-ci sous la direction de M. du Paty de Clam lui-même et de M. Cochefert procédait au domicile de Dreyfus à la saisie des documents.
On a en effet remarqué qu'un certain nombre de pièces saisies à ce moment chez Drevfus portaient toutes une encoche semblablement placée. C'étaient des lettres ou papiers d'’affaires dont les uns ont été restitués à Mme Dreyfus, tandis que les autres, cotés du n° 8 au n° 13, avaient été conservés
(1) Rapport D. A. P., Enq. crim. II, 381.
(2) Lieutenant-colonel du Paty de Clam, Enq. crim. 1, 19% et 195. (3) Lieutenant-colone! du Paty de Clam, Eng. crim. I, 196.
(4) Voir page 113.
au dossier (1). Il a été en outre constaté que toutes ces pièces appartenaient au scellé ouvert n° 19, dont la chemise remise à Mme Dreyfus et représentée par elle avait une encoche correspondante (2). Ce scellé avait été fait le 16 ou le 17 octobre 1894 par M. Gribelin en présence de M. du Paty de Clam et de Mme Dreyfus (3), et de l'aveu même de M. Gribelin, c'est M. Cochefert qui lui avait donné les indications nécessaires à sa confection (4). Or, M. Cochefert a expliqué que, pour faire un scellé ouvert, on pratique sur les pièces à l'emplacement même où se trouve l’encoche incriminée de la lettre « des obligations » une entaille triangulaire destinée à rete-
nir la ficelle, qui, passant ensuite dans un trou perçant toutes:
les pièces et la chemise, est fixée au dos de cette chemise et cachetée (5). Non seulement la présence de l'entaille a été constatée sur la chemise et sur toutes les pièces, dont le format était assez grand pour atteindre la ficelle ; mais encore on a retrouvé à la même place sur cette chemise et sur toutes les pièces du scellé le trou par lequel avait passé la ficelle (6).
Telle est donc l’origine de toutes les encoches, notamment de celles figurant sur la pièce des obligations, et Mme Dreyfus, qui ne les avait jamais remarquées, a été bien inspirée en déclarant que « sa conviction était que ces encoches avaient été pratiquées postérieurement à la saisie (7). »
Il est désormais impossible de prétendre que le seripteur ait déterminé les dimensions du bordereau d’après celles de la lettre des obligations, puisque les repères qui auraient servi à les établir ont toujours été inconnus de lui et ne consistent qu'en encoches faites l’une par Henry, l'autre par Gribelin longtemps après la confection du document (8).
Les prémisses étant inexactes, Fhypothétique conclusion
(4) M® Dreyfus (Déposilion devant M. le conseiller Petilier), 8 avril 1904, Enq. erim. IT, 185.
2) M Dreyfus (Déposition devant M. le conseiller Petitier), $ avril 190%, — Cpr. Gribelin (Déposition devant M. le conseiller Peltilier), 25 avril 1904, Enq. crim. II, 185.
(3) Gribelin, End crime) IT, 197.
(4) Gribelin, Eng. crim. IT 187 et 188.
(5) Cochefert (Déposilion devant M. le conseiller Pelilier), S avril 190%, Eng. crim. Il, 186. — Cpr. Boussard, Enq. crim. IT, 189. — Maréchal, Eng. crim I, 188.
(6) Cochefert, Eng. crim. 11, 186. — Lettre de M" Dreyfus à M. le conseiller Petitier. — Vallecale, End. crim. IT, 184. ….
(7) M" Dreyfus (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier) : Enq. crim. H,
(8) Rapport D. A. P., Enq. crim. II, 382.
de M. Bertillon ne l'est pas moins, et la lettre « des obligations » a bien élé écrite par Mathieu Dreyfus. Mme Dreyfus en à attesté l'authenheité (4) ; el, si ce témoignage ne suftii pas, la comparaison de cette lettre avec des minutes de Mathieu Dreyfus est tout à fait édifiante. On y remarque en effel, en même temps qu’une ressemblance générale d'écriture, la reproduction des particularités signalées dans le mot intérét, telles que li plus haut que l’n, les courbures des jambages des deux f, le premier e un peu plus fort que le second. On y observe également l'identité du graphisme des { finaux, ei la même inclinaison à la fin de chaque ligne ; enfin dans le mot Ministère d'une de ces minutes, on retrouve la forme très spéciale, qui dans le fameux mot intérêt donne aux jambages joignant le { à l’é et l’é à l’r l'aspect d’une ligne droite allant de la base du { au sommetide Pr (2,.
« EN RÉSUMÉ, concluent les experts sur ce point, les encoches du bordereau et de la lettre « des obligations » ont été faites toutes deux après la saisie de ces pièces. Les théories développées à ce sujet par M. Bertillon et ses disciples non seulement n’ont aucun fondement, mais elles montrent par un exemple qui peut être compris de tout le monde, le partipris, le manque absolu de critique et d'esprit scientifique, le goût de l'absurde, que nous avons constaté dans toutes les parties du svsième soumis à notre examen (5. La lettre « du buvard », pas plus que le mot « intérêt » n’est truquée : elle est de l'écriture naturelle et courante de Mathieu Dreyfus (4). » |
Restent encore les soi-disantes superpositions relevées entre certains mots du bordereau et des minutes d'Alfred Dreyfus. Elles sont plus imparfaites encore que celles qui ont été signalées dans la lettre « des obligations ». La coïncidence du mot « artillerie » de la pièce dite « réserve des grands parcs » avec celui du bordereau (ligne 14) n’est qu'approximative. Bien que ces mots aient à peu près la même longueur les a sont de faille différente, les f, les Let l’e final sont divergents. La superposition serait meilleure à la suite d’un petit
1) M" Dreyfus (Dépos. dev. M. le Conseiller Petitier) : Enq. crim. I, LE
2) Rapport D. À. P., Enq. crim. Il, 364.
7 Rapport D. A. P., Enq. crim. II, 382, 383.
( 7Ë (4) Rapp. D. A. P., Eng. crim. IE, 384.
à 4) EE. ER
glissement qui, inférieur à 1 kutsch, n'est pas pris en considération par M. Bertillon ({). Voul (oir, ne s'applique sur voul (ez) qu'avec discordance du v et de l’I. Pour le mot manœuvres (cote 11 et ligne 22) les seules coïncidences réalisées sont celles de l'm et de ls. Le glissement de 1 m/m. 25 des syllabes, «mano » n'améliore pas sensiblement la superposition qui demanderait un déplacement moindre ; on ne peut constater un embryon de coïncidence entre le mot « artillerie » des minutes et ce même mot de la ligne 11 du bordereau qu'après un glissement de 1 m/m. 25. Il en faut un même pour des mots très courts tels que « copie » et « copier ». La différence de lüngueur entre le mot « dispositions » des minutes et ceux du bordereau est si considérable que des coupures de 1 m/m. 25 dans ces derniers ne parviennent pas à leur donner la longueur voulue. Pour « modifications, » deux coupures sont nécessaires dans chacun des mots, et encore elles sont insuffisantes. Quant à « d'adresse » et « adresse », l'inversion des s longs et courts empêche toute tentative de coïncidence. Il convient d'ajouter que, si imparfaites qu'elles soient, ces superpositions sont le résultat d'une sévère sélection qui n'a retenu que les mots des minutes les plus favorables à la thèse de M. Berlllon (2). RS
La coïncidence des réticules lors des superpositions est absolument arbitraire. Dans les minutes, certains mots sont en effet réticulés parallèlement au bord libre, et d’autres obliquement. Comme « modifications » (3), le mot « artillerie » a même un réticulage particulier qui part non du bord libre, mais d'une ligne imprimée parallèle à ce bord et formant la marge du papier (41.
L'hypothèse émise par M. Bertillon que ces minutes écrites au Ministère contiendraient des mots truqués, n'est même pas discutable, puisque le papier est trop épais pour permettre l'écriture du gabarit (5). 11 est en outre inadmissible que Dreyfus ait eu la folle audace d'utiliser le gabarit dans un
(1) Rapp DAMP MEN erim. 11375:
(2) Rapp. D. A: P:, Eng. crim. II, 376.
(3) Broch. verte, pl. 20.
(4) Bertillon : Réponse au queslionnaire, p. 2 et suivantes, — Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 376. — Brochure Painlevé, p. 35.
(5) Rapp. D. A. P., Enq. crim. Il, 377.
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bureau étroit, au milieu de ses collègues ef pour écrire des lettres de service (1).
Enfin, M. Bertillon a oublié de faire les contre-épreuves nécessaires Sur es autres mots des minutes, et de présenter celles qu'il prétend avoir tentées sur les dictées faites par l'accusé {2).
Devons-nous nous arrêter à l'exclamation « Ah ! le maisérable ! » que Dreyfus aurait proférée en 1894 pendant la déposition de M. Bertillon et faut-il remarquer qu'elle s'explique aisément par l'angoisse et l’indignation éprouvées par l'accusé qui, .se sachant innoceñt, voyait ainsi produire contre lui une théorie d'autant plus spécieuse qu'elle était moins compréhensible et qu'elle se présentait sous les apparences d'un raisonnement mathématique ?
Aucune des charges que M. Bertillon et ses adeptes ont cru ürer de l'examen graphique du bordereau ne résiste donc à un examen sérieux en ce qui concerne Dreyfus.
Si au contraire, nous comparons l'écriture du bordereau à celle d’Esterhazy, nous rappellerons que M. Bertillon a luimême constaté à différentes reprises leur frappante analogie. Au Conseil de guerre de Rennes, il a reconnu avoir remarqué des superpositions anormales qui lui ont donné à penser que certaines lettres de lui avaient été écrites sur gabarit (3). Devant les experts, il à ajouté que « certains mots semblaient <alqués » et « qu'Esterhazy mettait toujours manœuvres, « quelques modifications, partir en manœuvres, etc., avec un «« tracé trop ressemblant pour être naturel (4) ». À une question des experts qui lui demandaient s'il s'était livré à une Contre-épreuve sur l'écriture d’'Esterhazy, il a répondu par ce mot topique « Ça va trop bien » (5). Enfin, dans un rapport qu'il a spontanément dressé le 6 juillet 1898, il a reconnu « l'impossibilité théorique qu'il y aurait à rencontrer autant « de points communs entre deux écritures (6) ».
Ne pouvant expliquer que le procédé du gabarit puisse avoir pour effet de donner à l'éeriture de Dreyfus l'apparence
(1) Broch. Molinier, p. 8.
(2) Rapp. D. A. P., Eng. crim. II, 377 el 378.
(3) Bertillon, Rennes II, 369, 373 et 353.
(4) Bertillon (3° dépos. devant les experts), 5, p. 3.
HBSRR: D. A. P., Enq. crim. II, 378.
(6) Rapp. Bertillon, 6 juillet 1898 annexé au dossier secret et Rapp. D. A. P., End. crim. Il, 37S et 379.
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de celle d'Esterhazy, M. Bertillon, l'auteur de la brochure verte, et le commandant Corps ont entrepris d'établir que ces. similitudes étaient le résultat d’une machination faite en vue de substituer frauduleusement Esterhazy à Dreyfus : Esterhazy, ayant voulu remplir le rûle d'homme de paille, aurait cherché à imiter l'écriture du fac-similé paru dans le Matin, dont il aurait reproduit les tares.
Les arguments invoqués par eux n'ont aucune valeur.
M. Bertillon reconnaît en effet avoir déclaré au lieutenantcolonel Picquart, avant la publication du fac-similé par le Matin, que l'écriture d'Esterhazy était identique à celle du bordereau (1) ; il a cherché ensuite à réduire l'importance de ce propos dans des explications embarrassées qu'il a produites devant les experts : « On m'a fait dire, a-t-il déclaré, que «les écrits d'Esterhazy antérieurs à la publication du Matin « ont été faits sur la publication du Malin ; mon rapport au « Ministère de la Guerre dit que les choses semblent se passer « comme si Esterhazy avait appris à écrire sur la photogra- « phie du Matin. Evidemment, dans mon esprit, ces deux « documents avaient une origine commune (2) ». M. Bertillon n'a pu donner d'explications suffisantes sur Ce dernier point, qui n'a que la valeur d'une affirmation, toutes les reproductions antérieures à celles du Matin étant très fidèles (3).
D'ailleurs il est faux qu'Esterhazy ait changé son écriture postérieurement à 1896. En ce qui concerne le mot « vous », on le retrouve dans une lettre d'Esterhazy de 1882 avec la séparation du v et de l’o, tandis que les deux lettres sont au contraire liées dans une lettre du 11 septembre 1899. La remarque relative aux deux { de « détenteur » repose sur une observation erronée. Le premier t n’est barré ni dans 1 original ni dans le fac-similé, et, dans la lettre de 1882, on constate de fréquentes omissions de barres sur les { de la part d'Esterhazy. Pour les J initiaux, dont Esterhazy aurait reproduit Ia tare supprimant le délié à dater de 1896 et contrairement à des habitudes antérieures, on aperçoit un J sans délié dans la lettre de 1882 et des J avec délié dans de nombreuses letires postérieures à 1896. Quant à la remarque relative aux à dou-
. (1) Voir page 448. ; (2) Bertillon (3° dépos. devant les experts), 5, p. 4. (3) Rapp. D. A. P., Eng. crim. II, 379. ; GR