‹ L'affaire DreyfusChapitre 39 sur 178 · CP UND PARA ARE · texte numérisé non relu

CP UND PARA ARE

existence, en à provoqué la saisie. 11 n‘y a rien là qui puisse prèter aux moindres soupçons (1). ,

L'ouverture située en haut à gauche, et sur laquelle a été ollée une bande de papier gommée ou de timbre-poste n'a rien d'anormal (2). De forme très irrégulière, elle correspond à une ouverture toute semblable du second feuillet ; elle a servi à donner passage à une ficelle destinée à retenir la pièce dans un dossier (3). Il serait d’ailleurs peu vraisemblable qu'un faussaire eût employé un moyen si compliqué pour assurer la fixité du papier pelure sur la lettre authentique pendant le décalque, alors qu il en avait de bien plus simples à sa disposition ; enfin il a été impossible à MM. Darboux, Appel et Poincaré de découvrir le petit triangle de papier qui, coilé sur la bande gommée au milieu de l'ouverture, révélerait la supercherie (4). Ajoutons que M. Rieu fils a formellement reconnu cette lettre, que Mme Rieu a cru y retrouver quelques mots et quelques chiffres écrits de sa main (5), et que M. Rieu qui, dans les lettres et circulaires faites en vue de sa clientèle militaire, s’est défendu d’être responsable de la livraison de ce document, n'a jamais, quoi qu'on en ait dit, mis en doute l'identité de la lettre par lui remise à M. Schmidt avec celle que la Cour de cassation a fait saisir chez celuici (6).

Quant à la lettre du 17 août 1894, elle a été adressée à l'huissier Callé qui avait poursuivi en payement de loyers plusieurs des locataires de la maison dotale de Mme Esterhazy, pour le compte de Lefébure, gérant de cette maison. Celui-ci ayant refusé par une lettre du 9 août de le couvrir de ses frais en &lléguant qu'il ne s'occupait plus de cette gérance, M° Callé s'était retourné contre Esterhazy qui lui avait répondu par la lettre du 17 août écrite sur papier pelure (7). Cette lettre a été retrouvée dans le dossier de l'étude et il est intéressant de rappeler que M° Callé l'avait fait connaître et l'avait même montrée à plusieurs personnes dès le jour où, le nom d'Ester-

) Broch. Monod, p. 20.

FEES Cavaignac, Rennes I, 192.

) Rapp. D. A. P., Eng. crim. II, 388.

4) Rapp. D. A: P:, Enq. crim. I, 388 et 389.

5) Rieu, Rennes Il, 486.

5) Broch. Monod, p. 20.

(7) Callé, Cass. 99, I, 664.

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hazy ayant été prononcé, elle avait acquis une grande ,rir ottance.Les nombreux témoignages recueillis par M. le Conseliler Laurent-Atthalin en novembre 1898 ne peuvent laisser aucun doute à cet égard (1). La présence d'Esterhaz;y à Rouen le 17 août 1894 est certaine, puisque d’après le général Mercier lui-même il devait y être rentré dès le 13. Quant à l’erreur que le général Mercier a relevée dans les assertions du signataire relatives à son récent départ du camp de Châlons, elle est due à ce que le témoin a inexactement attribué à la lettre la date du 17 septembre, époque à laquelle Esterhazy avait reinlégré son corps (2).

Rien ne permet donc de suspecter l'authenticité de ces deux lettres, et le fait que l’auteur de la brochure verte et le commandant Corps n'ont cru pouvoir y répondre qu'en les arguant de faux contre tout bon sens démontre pleinement qu'elles leur apparaissent comme accablantes pour Esterhazy.

Les arguments invoqués pour mettre Esterhazy hors de cause ne sont donc que des affirmations contraires à la vraisermblance,dénuées de toute preuve,etpromptement infirmées par l'examen des documents eux-mêmes. Rappelons enfin qu'Esterhazy n’a cessé de protester contre le rôle d'homme de paille qu'on a voulu lui prêter, et que, dans une lettre au général Roget en date du 29 août 1899, il s’est livré sur NT. Bertillon et sa méthode aux appréciationsiles plus vives (3.)

Est-il nécessaire de répondre en terminant aux raisons qui, suivant M. Bertillon, auraient déterminé Dreyfus à avoir recours à l’artifice compliqué qu'il a imaginé ? Admettons que le traître ait voulu se réserver un double moven de défense, dénier suivant les cas purement et simplement son écriture ou alléguer que le bordereau avait été forgé par un de ses ennemis en décalquant son écriture. Pour atteindre son but, Dreyfus n’eût eu qu’à déguiser son écriture en y introduisant quelques mots calqués apparemment sur des pièces authentiques émanant de Jui. Intercepté après son expédition, le bor-

dereau ne le trahissait pas ; alors, s’il était saisi à son domi-

cile, les mots calqués, vite reconnus, faisaient croire à une

1) Cass. 99, I, 660 et suiv.

Broch. Monod, p. 21.

( ( (3) Lettre d'Esterhazy au général Roget, 29 août 1899, Enq. crim. IL, 46.

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