‹ L'affaire DreyfusChapitre 42 sur 178 · AO · texte numérisé non relu

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du canevas étant de 1 m/m. 25 doivent exactement se raccorder, et il doit être possible de reconstituer sous chaque ligne du bordereau un quadrillage continu ne laissant pas voir les endroits où le scripteur arrivé à l'extrémité de son gabarit a été obligé d'effectuer des glissements ; or il suffit de 3e reporter à la reconstitution faite par le commandant Corps, pour constater qu'il n’en est rien et qu'il y a de très nombreuses ruptures du quadrillage.

Ainsi donc les arguments tirés de la reconstitution du quadrillage d’une part et de la photographie composite de l'autre se contredisent et s'infirment réciproquement.

Quant aux observations présentées par le commandant Corps sur la forme des lettres et la superposition des mots redoublés, elles manquent toutes de précision, à l'exception de celles qui concernent les barres des t (4) : elles n'ont d’ailleurs aucune valeur parce qu'elles ont trait à des particularités relevées sur le bordereau reconstitué de M. Berlillon, c'est-à-dire sur un document inexact (2.

Après avoir fait justice de cette théorie, il nous reste à discuter les motifs pour lesquels le commandant Corps attribue le bordereau à Drevfus et non pas à Esterhazy. Nous faisons observer d’abord qu'à n'envisager que ces deux hypothèses le commandant Corps commet un vice de méthode ; mais passons Condamnation sur ce point (3).

L'examen de la lettre « des obligations » fournirait l’argument décisif. Or l'assimilation entre les deux écritures n’est nullement fondée. Pour en juger, il suffit de constater que l'écriture du bordereau s'applique sur le quadrillage en le mettant droit, tandis que sur la lettre « des obligations » il a fallu le mettre de travers (4). On a dû lui imprimer des mouvements de tangage d’une amplitude inusitée, sans d'ailleurs obtenir des coïncidences caractérishiques (5). Nous n'avons pas à revenir sur la superposition des mots du bordereau à ceux de cette lettre ; nous nous sommes déjà longuement

(1) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 384.

(2) Broch. Monod, p. 10 et 11.

V0 (3) Rapp. DAtP. Eng. crime: ff; 381.

(4) Broch. Monod, p. 14.

(5) Rapp. D:1A. P., Eng. crim. IT, 385.

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expliqués sur ce point (1). Passons aux remarques accessoires. 1

Le graphisme du mot « Mathieu » dans la signature, et le paraphe qui suit le d du mot « Alfred ».

Le commandant Corps à allégué que la signature « Mathieu » ne ressemblait en rien à celle d’une signature authentique de Mathieu Dreyfus. Or, les experts ont examiné avec soin la planche que le commandant Corps leur a soumise, comme faisant apparaître ces différences ; ils ont alors constaté que les « signatures avaient une réelle analogie et se « rapprochaient l’une de l’autre, soit pour le rythme de l’écri- « ture, soit pour la forme des lettres ». L'expérience renouvelée sur un grand nombre de signatures trouvées dans un copie de lettres n’a nullement confirmé sur ce point l'affirmation du commandant Corps (2). Quant au paraphe qui termine le d final du mot « Alfred » dans la phrase initiale « Mon cher Alfred », il suffit d'examiner les nombreuses lettres que Dreyfus a écrites à sa femme et dans lesquelles il signe de son prénom, pour constater que ce paraphe n'est nullement semblable à celui qu’on signale dans la lettre « des obligalions » (3).

L'argumentaion tirée de la conversation que Dreyfus aurait eue avec M. du Paty de Clam le 31 décembre 1894 est purement imaginaire : « À un autre moment, dit M. du Paty

.« dans sa déposition recueillie sur commission rogatoire, je « demandai au capitaine Dreyfus, comment il expliquait que « certains mets de la lettre de M. Mathieu Dreyfus, trouvée « dans son bureau, et certains des mots figurant dans des « minutes écrites de sa main au Ministère, eussent tant de « ressemblance avec certains mots du bordereau. Le capitaine « Dreyfus me répondit que c'était recommencer le procès, et « il changea de sujet. Au moment où je le quittai, ses derniers « mots furent : « Cherchez » (4). Nous estimons avec les experts qu'il est impossilbe de donner à cet entretien une interprétation défavorable à Dreyfus, et nous ne pouvons

(1) Voir pages 173, 175 ot 179.

(2) Rapp. D. A. P., Eng. crim. II, 355.

(3) Rapp. D. AP, Eng- crim. Il, 385.

(4) Du Paty de Clam, Rennes III, 513. | !

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accepter le commentaire hypothétique qu'en a fait le commandant Corps (1).

L'incident d'audience, dont le commandant Corps fait état, s'est produit dans les conditions suivantes : M. Bertillon ayant sur interpellation de M° Demange, affirmé, au cours de sa déposition, que la lettre « des obligations » avait été écrite sur gabarit el laissé entendre qu'elle pourrait être imputable à l'accusé, celui-ci a protesté en ces termes : « Cette lettre est « absolument authentique ; si le Conseil le désire, je lui « demande de faire citer l’auteur de Ia lettre, qui est mon « frère, ensuite Mme Dreyfus, qui a reçu la lettre en même « temps que moi. Je suis Convaincu qu'ici personne ne dou- « tera sur là parole de Mme Dreyfus, vous Messieurs, moins « que personne » (2). L'audition de Mme Dreyfus et de M. Mathieu Dreyfus n'ayant pas été ordonnée, il faut admettre que le Conseil s'est tenu comme suffisamment éclairé par la déclaration de l'accusé (3,. Dreyfus montrait ainsi qu'il ne craignait pas de prolonger les débats sur ce terrain, et de cet incident il est absolument impossible de recueillir une impression qui lui soit contraire.

D'ailleurs, l'hypothèse qu'Alfred Dreyfus aurait calqué la lettre authentique, pour s'exercer à l'écriture sur gabarit est

matériellement madmissible, la lettre étant écrite sur papier

assez épais et à la fois sur le recto et le verso (4)

Enfin, les cahiers mis à la disposition du condamné pendant sa détention à l'ile du Diable sont couverts de dessins et des figures les plus variés ; mais il faut vraiment être aveuglé par le parti-pris et dominé par une idée fixe pour découvrir des coïncidences singulières 1à où il n'y a qu'incohérence et désordre, Il serait tellement invraisemblable de supposer que Dreyfus eût pu donner à ses gardiens, avec le procédé qu'il aurait employé pour écrire le bordereau, la preuve absolue de sa culpabilité que MM. Darboux, Appel ef Poincaré n'ont pas cru utile de discuter cette hypothèse, qui

est à rapprocher du schéma et du redan de M. Bertillon et

(RAP D A 0P VEnrerimnmL IL 386!

(@) Bertillon, Rennes 11, 376 et Dreylus, ibid, II, 386. (3) Broch. Monod, p. 16.

(4) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 385

qu'ils l'ont dédaigneusement écartée (1). C'est ce qu'elle mérite.

Les arguments invoqués par le commandant Corps pour démontrer qu'Esterhazy à joué, en cette affaire, le rôle d'homme de paille, ne sont pas plus sérieux. Il à indiqué un certain nombre de mots pris dans des lettres authentiques écrites par lui qui révéleraient son intention frauduleuse. La remarque faite au sujet du mot « renseignements » ne porte

- pas. L’e final, quoique mal marqué, figure dans le fac-similé

au Matin ; si dans certaines de ses lettres cet e n'existe pas, il faut attribuer cette omission à son nervosisme, qui lui fait contracter la main à la fin des mots. La vérité est que généralement, dans l'écriture d'Esterhazy comme dans le bordereau, l’e existe, mais insuffisamment tracé (2). Pour ie mot « quelques » la boucle du deuxième g fait généralement défaut dans les minutes d'Esterhazy ; mais il est à remarquer qu'elle est elle-même à peine perceptible dans le bordereau, et il est naturel qu'à raison de cette habitude graphique elle disparaisse entièrement dans des decuments écrits hâtivement (3). Si Esterhazy avait effectivement copié le mot artillerie sur le face-similé, il n'aurait pas manqué de reproduire la {are la plus caractéristique : l’i au-dessous de la ligne, car il ne pouvait savoir en 1896 et en 1897 que cette particularité provenait d'une déchirure (4). Les remarques personnelles que le commandant Corps a faites pour démontrer qu'Esterhazy à frauduleusement imité les reproductions du bordereau sont donc inexactes et ne font que fortifier notre conviction que cette hypothèse ne repose sur aucun fondement. D'ailleurs, alors même qu'elles seraient justes, elles constitueraient une preuve insuffisante : car à côté de quelques cas qu'il a présentés comme favorables à sa thèse, il reste un nombre de cas bien plus considérable où la comparaison conduirait à des résultats diamétralement contraires, et qu’il a prudemment passés sous silence (5).

L'affirmation que certaines lettres d'Esterhazy, les plus compromettantes pour sa cause, sont des faux, est aussi fra-

(1) Rapp. D. A. P.,. Eng. crim. II, 388 et 389. (2) Broch. Monod, p. 23 et 24.

(3) Broch. Monod, p. 22 el 23.

(4) Broch. Monod, p. 25 et 26.

(5) Broch. Monod, p. 26 el 27.

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gile que le reste du système. Nous avons démontré l’authenticité des lettres du 17 avril 1892 et du 17 août 1894 qui nous - suffisent (1). Et les critiques dirigées contre une lettre Guyot d'avril 1886 ne sont qu'hypothèse purement gratuite, invraisemblable, que rien ne vient confirmer (2).

Enfin le raisonnement du commandant Corps consistant à soutenir qu'Esterhazy ne peut être l'auteur du bordereau parce qu'il ignore le procédé du quadrillage, contient une véritable pétition de principe : c'est en effet partir d'un fait très douteux et qu'il reste à démontrer, à savoir la confection du bordereau grâce à un quadrillage sous-jacent, pour en tirer une conséquence qu'on prétend élever à la hauteur &’une certitude : la non-participation d'Esterhazy à cette confection : c'est résoudre la question par la question (3).

Le système du commandant Corps répondrait du reste bien mal au but que se serait proposé le traître, en y ayant recours. I1 ne suffit pas en effet d'écrire à la main courante sur un transparent de ce genre pour modifier son écriture dans ses caractères essentiels. L'expérience a été faite en présence de M. Monod par le commandant Corps, qui a écrit succssivement les môts « sans nouvelles » avec et sans transpak rent. Le mof « sans nouvelles » tracé sur le transparent est d'une écriture plus grande et plus régulière que l’autre ; mais les formes de toutes les lettres restent essentiellement les mêmes, Si l’auteur du bordereau avait réellement voulu déguiser son écriture, il n'aurait pas eu recours à un procédé qui ne pouvait lui enlever sa physionomie générale, et il aurait écrit ou à la machine ou en caractères d'imprimerie. D’ailleurs un document de ce genre est presque forcément écrit à la main courante ; car c'est à l'écriture que le destinataire doit reconnaitre l'expéditeur (4).

Après avoir réfulé point par point les affirmations fondamentales du commandant Corps, il nous est permis de conclure avec MM. Darboux, Appel et Poincaré qu’ « elles n'ont aucune base solide, qu'elles sont même complètement inad-

(1) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 387 et 388. (2) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 388.

(3) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 384.

(4) Broch. Monod, p. 11.

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missibles et ne peuvent servir en rien à la manifestation de la vérité » (1).

Les deux systèmes en présence, celui de M. Bertillon el celui du commandant Corps, sont d’ailleurs absolument incompatibles ; ils ne sont d'accord ni sur le procédé qui aurait servi à la confection du bordereau, ni sur les motifs qui auraient déterminé son choix. Et pourtant les deux inventeurs accumulent les coïncidences et multiplient les arguments. Or si les coïncidences de M. Berlillon ne sont pas dues au hasard, sa théorie est exacte, et le commandant Corps a tort ; si au contraire les coïncidences du commandant Corps ne sont pas fortuites, il a raison, et M. Bertillon est dans l'erreur. Les deux systèmes se contredisent et s’'infirment mutuellement ; c'est que le mode de raisonnement lui-même esi vicieux, et c'est la conclusion des experts (2). Les partisans de l'accusation semblent avoir compris le danger qu'il y aurait eu à présenter successivement au Conseil de Guerre de Rennes sous l'apparence de démonstrations mathématiques deux théories si dissemblables et c'est probablement à cette crainte que le commandant Corps doit de ne pas avoir, malgré son instance, été appelé à déposer en 1899 (3).

En résumé, le système de M. Bertillon et de ses nombreux disciples aussi bien que celui du commandant Corps n’ont pu faire impression que par leur complexité et leur caractère sybillin. Que de gens prennent l'obscurité pour de la profondeur, et de crainte de passer pour de faibles esprits feignent de comprendre et d'admirer ce qu'ils ne comprennent pas ! A étudier ces divers systèmes de près, on s'aperçoit qu'ils ne reposent sur aucune base sérieuse, et qu'ils sont le fruit d'une méthode vicieuse que M. Bertillon a du reste caractérisée d'un mot typique : « En cherchant bien, on trouve toujours » (4). Leur « absurdité (5) » a été démontrée par trois des hommes qui sont l'honneur de la science française et qui ont résumé leur appréciation dans les conclusions suivantes : « Tous ces « systèmes sont absolument dépourvus de toute valeur scien- « tifique : 1° parce que l'application du calcul des probabi-

(D) R RAD DÉAMP End erim: IT 388

(2) Rapp. D. A. P., Enq. crim. II, 383 ; broch. Monod, p. 1 (3) Rapp. D. A. P.. Eng. crim. IT, 383; broch. Monod, p. 12. (4) 1 ; (3)

3ertillon (3° déposilion devant les experts) 5, p. 1 Rapp. D. A. P, Ernq-“crim..11; 389.

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« lilés à ces matières n'est pas légitime ; 2° parce que la « reconstitution du bordereau est fausse ; 3° parce que les « régles du calcul des probabilités n'ont pas élé correctement « appliquées ; en un mot parce que les auteurs ont raisonné € mal sur des documents faur., » {1)

Ainsi donc tous les systèmes qui ont été présentés pour démontrer que le bordereau était d'une écriture simulée, calquée ou truquée sont aujourd'hui définitivement démentis ou condamnés, et leur étude, en mettant à jour leur inanité, et par conséquent l'absence de tout artifice de construction, nous permet d'affirmer que le bordereau est, ainsi que cela apparait à première vue. d’une écriture courante et naturelle. Cette opinion a déjà été exprimée en 1894 par MM. Gobert (2) et Pelletier (3). Les trois experts désignés par la Cour de Cassation en 1899 se sont unanimement rangés à cet avis. « Je me « suis convaincu, dit M. Meyer, que c'était une écriture par- « faitement courante, ne comportant aucune trace visible « d’imilation » (4). « Le bordereau est d’une écriture parfi- « tement franche et naturelle, sans trace de reprises » déclare àa son tour M. Molinier (5), et M. Giry développant la même idée a ajouté : « J'ai acquis la certitude que le bordereau « était d’une écriture naturelle. En effet rien à mon avis dans « cette pièce ne décèle ni la fabrique, ni la dissimulation ;

« elle est d’une écriture cursive assez rapide... La seconde .

« page est d'une écriture qui me paraît un peu plus rapide « que la première. Je me figure volontiers... que le début du « bordereau a été écrit avec un dossier, placé à côté du serip- « teur, et qu'en énumérant les documents, il avait de sa main « gauche à tourner les pièces du dossier, qu'il avait à côté « de Jui. Après avoir écrit son énumération, il est allé plus « vite, et plus rapidement encore, lorsqu'il a tourné la page « au verso. En somme l'écriture est naturelle » (6).

Nous ne contesterons pas que l'écriture du bordereau ne présente avec celle de Dreyfus (Alfred) un certain air de famille, comme l’a reconnu M. Gobert dans son expertise

(I) Rapp--D: A° P Eng. crim. 1,391.

(2) Gobert, Rennes II, 300.

(3) Pelletier, Rennes Il, 472.

(4) Paul Mever, Rennes III, 3.

(5) Molinier, Rennes II, 23.

(6) Giry, Rennes III, 3% et 35.

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d'ailleurs favorables à Dreyfus (1,; mais nous n'irons pas plus loin dans la voie des concessions, et nous affirmons qu'on ne peut imputer à Dreyfus le document incriminé. Nous ferons tout d’abord observer que la prétendue similitude d'écriture tirée du mot « arlillerie », qui a fixé sur lui les soupçons du colonel Fabre et du lieutenant-colonel d’Aboville en 1894, n'existe pas. En effet l'emplacement de l’i médian au-dessous de la ligne horizontale formée par les autres ITettres, que l'on avait relevé dans des minutes authentiques de Dreyfus et dans le bordereau, ne figure dans ce dernier que par suite d'une déchirure qui sépare le mot « artillerie » à cet endroit même. et qui a donné lieu à un rapprochement imparfait. Il suffit d'ailleurs de comparer attentivement ce mot dans le bordereau et dans la lettre « des grands pares » pour s’apercevoir qu'il à été tracé par deux personnes différentes. (2)

Si nous examinons d'autre part l'écriture d’Esterhazy, n'est-il pas évident qu'elle ressemble infiniment plus à celle du bordereau que celle de Dreyfus ? En faisant cette comparaison, M. Giry a constaté que l'écriture de Dreyfus était une écriture « cursive, élégante, fine, assez régulière (3) », tandis que celle d'Esterhazy généralement très rapide était parfois « d'un mouvement ralenti et irrégulier » (4). En les comparant toutes deux à celle du bordereau, M. Pelletier a remarqué que celui-ci avait été tracé « d’une écriture couchée, pen- « chée à bases arrondies », alors que les lettres faites par Dreyfus étaient « filiformes. plus tassées et présentaient un « aspect général tout différent » (5, De son côté M. Charavay a constaté « la même forme, le même module des carac- « Lères » dans les lettres d'Esterhazy et dans le bordereau (6).

Si nous examinons l'emplacement des lignes et des mots, nous observons avec M. Giry que les lignes dans le bordereau comme dans la correspondance d'Esterhazy ont une tendance à se creuser vers le milieu ; chez Dreyfus elles présentent au contraire une certaine sinuosité, et parfois les mots du commencement et de la fin sont un peu plus bas que ceux du

(1) Gobert, Rennes II, 308.

(2) Giry, Rennes III, 38 et 39.

(3) Giry, Rennes III, 38.

(4) Giry. Rennes Il, 39.

(5) Pelletier, Rennes II, 472.

(6) Charavay, Rennes II, 468.

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milieu (1). Assez régulièrement alignées dans le bordereau et les minutes d'Esterhazy, les lettres des mots ne sont nullement alignées par le bas dans l'écriture de Dreyfus (2).

L'observation relative aux alinéas est particulièrement significative, Dreyfus a l'habitude constante de faire une sorte de retrait très marqué au commencement de chaque alinéa. Cet usage ne se retrouve pas dans le bordereau, sauf pour le dernier alinéa qui est précédé d’un léger espace blanc. Si on se reporte aux lettres d'Esterhazy, on s'aperçoit également que jamais un paragraphe ne commence à distance de la marge à l'exception de celui qui contient la phrase finale. Cette coïncidence signalée par un grand nombre d'experts est tout à fait frappante (3).

Ni Dreyfus, ni Esterhazy n'aiment à couper leurs mots en fin de ligne par un trait d'union ; mais, tandis que Dreyfus laisse volontiers un blanc dès qu'il prévoit qu'il n'aura pas assez de place pour écrire tout le mot, dans le bordereau, comme chez Esterhazv,le mot qui termine la ligne est allongé ou resserré de façon à occuper tout l'espace (4).

Dans le bordereau on trouve des liaisons entre mots qui se suivent, pratique qui est familière à Esterhazy (5). Enfin, le bordereau, comme la correspondance d’Esterhazy, présente parfois des lettres ou des syllabes dont les caractères sont plus gros que les autres (6).

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