‹ L'affaire DreyfusChapitre 43 sur 178 · TAPER TE CT AT · texte numérisé non relu

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Si nous passons aux formes des lettres, nous ferons les”

mêmes constatations : nous savons qu'à ce point de vue M. Bertillon avait lui-même relevé un certain nombre de dissemblances entre l'écriture de Dreyfus et celle du bordereau. Deux avaient surtout frappé les esprits dès 1894, celle de l's redoublé, et celle de l'M majuscule (7). Dans le bordereau le double s a une forme caractéristique en ce sens que, des deux lettres, la première est petite et la seconde allongée. M. Bertillon a reconnu au cours de l'enquête de 1899 que c'était là une forme d'origine étrangère ne se rencontrant que trois ou

(1) Giry, Rennes II, 43. — Charavay, Rennes II, 468 et 469.

(2) Giry, Rennes III, 43.

(3) Gobert, Rennes IT, 310. — Charavay, Rennes II, 468. — Paul Meyer, Rennes III 5. — Molinier, Rennes III, 25. — Giry, Rennes III, 43.

(4) Paul Meyer, Rennes III, 5. — Giry, Rennes Ill, 44 et 45. . (5) Molinier, Rennes III, 23.

(6) Giry, Rennes III, 45.

(7) Charavay, Rennes II, 466.

quatre fois pour cent dans les écrilures françaises contempo-

raines (1). Dès 1891 les experts ont constaté que celte particularité caractéristique ne se rencontrait pas dans les pièces de comparaison écrites par Dreyfus qui faisait tantôt les deux s petits, tantôt le premier, mais non le second allongé. C'est même celte remarque qui avait été une des causes déterminantes de la conviction de M. Gobert (2). Or, lorsqu'on s'est livré à l'examen de l'écriture d'Esterhazy, on a observé qu'il donnait habituellement aux doubles $s une forme analogue à celle du bordereau. Cette ressemblance reconnue par MM. Belhomme et Couard (3) a paru si démonstrative à M. Charavay qu'elle l’a décidé à revenir sur ses premières conclusions (4). 11 suffit d'ailleurs de comparer ls double dans le mot « intéressant » (3° ligne du bordereau) et dans le mot « connaissance » (8 ligne, lettre du 17 août 1894) et uans le mot « pardessus » de la lettre au tailleur Rieu, pour être fixé

sur ce point.

La lettre majuscule M estégalement une des plus caractéristiques du bordereau et de l'écriture d'Esterhazv. Tracée deux fois dans le bordereau dans les mots « Monsieur et Madagascar », elle se fait remarquer par la réunion des deux premiers jambages el l'arrondissement de la partie médiane. Nous n'avons qu'à examiner le mof « Monsieur » qui figure en tête du billet du 17 avril 1892 pour constater que cette lettre est absolument semblable dans l'écriture d'Esterhazy. En général, Dreyfus se borne à tracer un m minuscule agrandi. Quand exceptionnellement il emploie la forme majuscule, le dessin en est tout différent : les jambages sont plus ou moins séparés et la partie médiane se termine en pointe (5;. À

MM. Meyer, Molinier et Giry se sont livrés à une étude méthodique des voyelles et des consonnes et ont relevé un grand nombre d'autres différences. Signalons les principales :

L'a de Dreyfus dans le corps des mots est en général formé et large ; l'a d'Esterhazy, comme celui du bordereau, procède plutôt de la forme allemande. Tracé rapidement, il se com-

{1) Berlillon, Cass. 99, I, 490.

(2) Gobert, Rennes IT, 310.

(3) Couard, Rennes II, 481, — Belhomme, Rennes IT, 576.

(4) Charavay, Rennes. IT, 468.

(5) Gobert, Rennes II, 310. — Charavay, Rennes II, 467. — Pellelier, Rennes Il, 473. — Paul Meyer, Rennes Ill, 9. — Molinier, Rennes II, 25.

— Giry, Rennes III, 47.

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pose d’un trait qui part en tête de la lettre, d’un gros trait au lieu de la panse et d’une barre qui est souvent séparée de ce trait (1). Dans les finales en «cents» l'eest très faiblement indiqué dans le bordereau comme dans les lettres d'Esterhazy, tandis qu'il est nettement tracé dans l'écriture de Dreyfus (2).

Esterhazy a l'habitude de séparer les i pointés et les lettres accentuées dé la syllabe suivante. Cette pratique, qui est presque constante dans le bordereau, est inconnue de Dreyfus (3).

Le d droit qui est exceptionnel dans l'écriture d'’Esterhazy et dans celle du bordereau est employé couramment par Drevfus {4).

Esterhazy donne au g là forme d'y qui est également celle que l'on retrouve dans le bordereau, et qui ne se retrouve pas dans l'écriture de Dreyfus (5,

Le J majuscule dans la phrase : « Je vais partir en manœuvres» est allongé en bas, tandis que, tracé par Dreyfus, il descend peu au-dessous de la ligne et ressemble à un 1 majuscule. Chez Esterhazy comme dans le bordereau, le j minuscule est pointé et descend assez bas en dessous de la ligne. Dreyfus au contraire omet toujours le point, et sa lettre, qui remonte d'une façon excessive. ne dépasse pas sensiblement la ligne dans sa partie inférieure (6).

A ces ressemblances graphiques si concordantes s'ajoute une similitude de papier plus caractéristique encore. Les deux lettres d'Esterhazy du 17 avril 1892 et du 17 août 1894 sont écrites sur du papier pelure. L'expertise confiée en 1899 à MM. Putois, Choquet et Marion à révélé que comme mesures extérieures, mesures du quadrillage, transparence, épaisseur, poids et matières premières employées, le bordereau, et les deux lettres sus indiquées présentaient les caractères de la plus grande similitude (7). 11 était donc acquis qu'à une date antérieure à celle de la confection du bordereau et à une époque contemporaine de la sienne, Esterhazy employait pour sa Correspondance un papier absolument semblable à

) Giry, Rennes III, 46. — Charavay, Rennes II, 469.

) Giry, Rennes III, 48.

) Paul Meyer, Rennes I, 5.

4) Paul Meyer, Rennes IIL, 6.

(5) Paul Meyer, Rennes III, 7 et 8.

(6) Paul Meyer, Rennes II, 8. — Molinier, Rennes II, 26.

(7) Rapp. Putois, Choquet et Marion, Rennes IIT, 546, Cass. 99, T, 682.

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