‹ L'affaire DreyfusChapitre 47 sur 178 · II. NATURE ET VALEUR DES DOCUMENTS · texte numérisé non relu

II. NATURE ET VALEUR DES DOCUMENTS

Il n’est pas moins utile de relever dès maintenant que l'accusation ne procède de son aveu même, dans toute cette discussion, que par suppositions, par conjectures. Elle n'énonce pas un fait précis, positif et vérifié, mais se borne à lancer des hypothèses dont elle cherche à établir la vraisemblance et qui toutes prennent pour point de départ l’idée que la culpabilité de Dreyfus est certaine. C'est pourtant cette culpabilité qu'il lui incombe d'établir et c’est ce qu'elle tient & priori comme démontré, se bornant à rechercher si ses hypothèses se heurtent à des impossibilités. Le procédé est assurément commode : mais il n’en est pas moins extrêmement dangereux et. de plus, il viole ouvertement toutes les règles qui, dans notre droit moderne, régissent la preuve et qui veulent que, jusqu'à complète démonstration, dont le fardeau incombe à l’accusation, l'accusé soit tenu pour innocent.

Or, l’on n'est aucunement fixé sur la nature et la valeur des documents visés dans le bordereau, C'est ce qu'avait déjà fait ressortir avec une grande force M. le Président Ballot- Beaupré, dans le rapport qu'il a présenté aux Chambres réunies, en 1899, et les débats nouveaux n’ont en rien modifié la situation sur ce point,

Nous ne sommes nullement fixés sur la nature et la valeur réelle, soit des renseignements fournis, soit des documents transmis par l’auteur de la trahison ou, du moins, nous ne sommes fixés que sur un point, en ce qui touche « le projet de manuel de tir de l'artillerie de campagne » ; tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il n'était ni secret, ni même confidentiel, et qu'Esterhazy à pu, aussi bien que Dreyfus, l'avoir entre les mains.

Mais pour le surplus, pour la « Note sur le frein hydraulique du 120 et la manière dont s'est conduite cette pièce », pour la « Note sur les troupes de couverture », pour la « Note sur une modification aux formations de l'artillerie », pour la « Note relative à Madagascar », on est réduit aux conjectures.

Les renseignements fournis étaient-ils, en fait, d'une importance et d'une gravité telles qu'ils dussent nécessairement émaner d'un officer de l'Etat-Major de l’armée, comme Dreyfus ? Ou bien pouvaient-ils, à raison de leur médiocre valeur et de leur insuffisance, émaner d'une autre personne ?

Il faudrait, pour s'arrêter à une solution certaine, avoir sous les yeux les notes elles-mêmes ; et on ne les a pas !

Dans le « questionnaire » adressé par le Ministre de la Guerre au général Deloye, directeur de l'artillerie, on lit (page 780) : PAPE Juelles formations pouvail-il être question dans le Borde-

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