‹ L'affaire DreyfusChapitre 54 sur 178 · FAN · texte numérisé non relu

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Ainsi expliqué, le fait n'a évidemment aucune valeur. Il n'en à jamais eu, ni pour le commandant du Paty de Clam, ni pour l'accusation qui n’en a jamais fait état contre Dreyfus, alors qu'elle n'a cependant négligé aucun des indices même les plus légers.

Dreyfus à toujours déclaré que s’il avait, comme tous ses camarades, le désir de\faire partie de l'expédition {1), il avait jamais rien su de l'étude à laquelle la commission dont M. du Paty de Clam était le rapporteur se livrait, et qu'il n'en à entendu parler par personne.

EE quant aux coïncidences entre les renseignements fournis par le bordereau sur Madagascar el’ l'établissement défia fait observer à juste litre « qu'il n'y a d’impossibilité à rien nitif du travail de M. du Paty de Clam sur le même sujet, il a fait observer à juste titre « qu'il n°v à d'impossibilité à rien dans ces conditions » (2).

« Je vais partir en manœuvres. »

Le bordereau se termine par ces.mois : Je vais partir en manœuvres.

Nous savons déjà, pour y avoir insisté, l'évolution que ..-168 l'accusation à opérée sur ce point comme sur tant d’autres. Au début, en 1894, alors que la dafe du bordereau était fixée au mois de mars ou d'avril, on s'était préoccupé de savoir ce que signifiait cette phrase finale, et le lieutenant-Colonel d'Aboville avait demandé « quels étaient les officiers qui « avaient été aux manœuvres ». Le colonel Fabre lui avait répondu : « I s’agit d’un voyige d'Etat-Major qui à eu lieu « cette année dans l’est au mois de juillet : il paraît que le « capitaine Dreyfus avait été à ce voyage d'Elat-Major » (3,. On traduisait done à cette époque à l'Etat-Major le mot … manœuvres par voyage d'Etat-Major (4). Et le colonel d’'Aboville expliquait au Conseil de guerre de Rennes, sur une interpellation de M° Demange, qué « c'est la même chose « il y a les manœuvres avec troupes et les manœuvres avec

« cadres ; or, le voyage d'Etat-Major auquel le chef d'.uat-

(1) Dreyfus, Rennes I, 27 el 655. — Junck, Rennes I, 643, et Enq. crim.

(2) Dreyfus, Rennes I, 27. , (3) D’'Aboville (d Ormesch.). Cass. 99, IT, 39. — Rennes I, 580. (4) M° Demange, Rennes I, 50.

« Major présidait chaque année, peut être rangé dans là caté- « gorie des manœuvres avec cadres : cela n’a rien d’extra- « ordinaire » (1).

Lorsque l'accusation à reporté la confection du bordereau au mois d'août, elle à dû nécessairement abandonner sa première interprélalion du mot manœuvres, et le général Roget se chargea d'élablir, avec une note ministérielle du 28 mai 1898, faite pour les besoins de la cause, que « il n'y avait pas « un officier de l’armée française qui, partant pour les écoles « à feu ou un voyage d'Etat-Major, dirait : je vais partir en « manœuvres (2) ». Et lon entreprit de soutenir que ce mol désignait manifestement les grandes manœuvres de septembre (3).

On se heurte aussitôt à une autre objection plus grave encore (4). Dreyfus n'est pas allé aux manœuvres de septembre. S'il était d'usage, les années précédentes, que les stagiaires allassent aux manœuvres, il y avait été dérogé en 1894 ; et Dreyfus déclarait que, dès la fin de mai ou le commencement de juin, le Ministre leur avait fait connaître, par une circulaire officielle, qu'ils feraient leur stage dans les corps de troupe : les stagiaires de première année en Juillet, août et septembre, les stagiaires de seconde année en octobre novembre et décembre ; par conséquent qu'ils feraient leur stage dans un corps de (troupe à un moment où il n'y aurait pas de manœuvres (5). I en résultait manifestement qu'il n'aurait pu, sil eùüt écrit le bordereau, y écrire la phrase finale.

Le fait invoqué par Dreyfus était incontestable et il était certain qu'aucun stagiaire de l'Etat-Major général n'avait assisté en 1894 aux manœuvres d'automne. Mais l'accusation essayva de soutenir que cette modification n'avait été décidée qu'à la dernière heure, à la veille même des manœuvres, le 27 août, et que dès lors Dreyfus avait dû croire jusque-là qu'il s'y rendrait.

C'est ce qu'a soutenu M. Cavaignac devant la Cour de

(1) D'Aboville. Rennes I, 581.

(2) Rapp. B. B:.205.

(3) Général Mercier. Rennes I. 131.

(4) De Fonds Lamothe, Rennes III, 298.

(5) Dreyfus, Rennes I, 25, 655; Ill, 409, 495, 500. — M° Demange,

Rennes 1, 42.

Cassation. « Les stagiaires, pendant leurs deux années de

stage, passaient successivement par les quatre bureaux de l'Etat-Major. Les stagiaires (ceux de l'Elat-Major et les autres) doivent faire, pendant la durée de leur stage, trois mois de service dans les corps de troupe. Mais l'habitude s'était prise, jusqu'en 1894, de substituer à cette obligation pour les stagiaires d'Etat-Major l'envoi aux grandes manœuvres. Les stagiaires de l'Etat-Major demandaient à faire leurs trois mois de troupe, et en 1894, à la dernière heure, à la veille méme des manœuvres, on modifia les règles suivies jusqu'alors ; et, le désir d'utiliser les stagiaires pour les travaux du plan en préparation aidant, on résolut, à la dernière heure, de ne pas les envoyer en manœuvres. Telle est donc sur ce point la situation. Le leutenant-colonel Picquart dit dans son mémoire qu'Esterhazv et Dreyfus ont été tous deux aux manœuvres : en réalité ils n'v sont allés ni lun ni l’autre : mais jusqu'à la dernière heure, Dreyfus a dù croire qu'il irait » (1).

C'est aussi l'avis du général Zurlinden : « En ce qui concerne la phrase finale du bordereau : je vais partir en manœuvres, il y a lieu de remarquer que d'habitude les officiers stagiaires assistaient aux manœuvres d'automne, mais qu'exceptionnellement, le 27 août 1894, on leur annonça que, cette année-là, ils n'iraient pas aux manœuvres. L'auteur du bordereau, dans l'ignorance où il élait encore de cette circonstance, a pu croire qu'il participerait aux manœuvres et l'écrire » (2).

Le général Roget est plus affirmatif encore : « Dreyfus a dû aller aux grandes manœuvres et à cru jusqu'à la fin d'août qu'il irait. Mais il n'y est pas alé, non plus que les autres stagiaires, précisément à cause des travaux du plan qui se faisaient en ce moment et pour lesquels on a utilisé

lEursiservices » (3) s Le commandant Cuignet a dit enfin : « Dreyfus n'a pas assisté aux manœuvres de 1894 ; mais jusqu'au dernier

moment il & cru devoir y assister. Je crois me rappeler que c'est à la date du 28 août 1894 que les stagiaires de seconde (1) Cavaignac, Cass. 99, I, 32.

(2) Général Zurlinden, Cass. 99, I, 43.

(2) Général Rsgel, Cass. 99, 1 77.

Ce, Re

année appartenant à l'Etat-Maijor de l'armée ont été avisés que, pour la première fois, cette année, ils n'assisteraient pas aux manœuvres ». Et plus :oïn : « Dans le courant de l’année 1894, en mai je crois, on se préoccupa de faire ren- “trer les stagiaires de l'Etat-Major de l’armée dans la loi commune ; mais la question n'aboulit pas inimédiatement, et ce ne fut qu'à l'époque que j'ai indiquée précédemment (le 28 août, je crois, en tous cas à la veille des manœuvres) que les stagiaires furent informés d’une décision les astreignant au stage régimentaire de trois mois /irant la date du : commencement de ce stage au 1% octobre de l’année courante et les informant qu'ils n'assisteraient pas aux manœæu- -vres. L'auteur du bordereau pouvait donc écrire et penser, fin août 1894, même s'il était stagiaire de deuxième année en 1894 : Je vais partir en manœuvre » (|).

Drevylus et son détenseur, N° Demange (2), s'étaient élevés avec vivacité contre cette interprétation : ils avaient fait observer que ja circulaire qu'ils invoquaient était, non pas de la fin d'août 189%, mais du mois de mai où du éecmmencement de juin. Hs avaient insisté sur la nécessité de rechercher celte pièce. Plus heureux devant la Cour de Cassation lors de la première revision, que devant le Conseil de guerre de Paris

où leur demande était restée infructueuse @), ils oblinrent la

production de la Note dont ils faisaient élat et qui avait porté

p: 170 à la connaissance des stagiaires la résolution prise à leur

égard (4), signée du colonel Devaux ainsi que du général Gonse el ainsi conçue (5).

(1) Cuignel, Cass. 99, I, 350. — Voir Cuignet, Rennes I, 502, 503, 504. (2) M° Demange, Rennes Ï[, 43. — Dreyfus, Rennes I, 29, 30, 655, TI,

(3) De Fonds Lamothe, Rennes IT, 287, 293, 303.

(4) Lettre du Ministre de la Guerre au Premier Président de la Cour e Cassation.

(5) Rennes IT. 289. Le texte publié jusqu'ici n'est pas tout à fait exact;

nous le reclifiois ici.

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