‹ L'affaire DreyfusChapitre 60 sur 178 · MON CHER B · texte numérisé non relu

MON CHER B

« Je vous envoie ce que vous savez... Dès que vous êtes par- MIS. j'ai étudié la question... appels et j'ai vu que certaines « questions du domicile, etc., sont toutes subordonnées à celle « principale dont voici la direction. Sur un appel partiel... dire « limité seulement.....ques régions, les manifestes publiés seule- « ment dans les régions intéressées ou dans tout l'Etat ? J'ai écrit («« encore au... colonel Davignon, et c'est pour ça que je vous prie, « si vous avez l’occasion... ne s'occuper de cette question avec « votre ami, de le faire en façon que Davignon ne vient pas à le « savoir. Du reste, il ne répondrait pas, car il faut jamais faire « voir qu'un at... s'occupe de l’autre.

« Adieu, mon cher bon petit chien.

COMNONMATENETS » (3)

Cette lettre n'a pas été datée par son auteur ; elle porte simplement en tête l'indication : Janvier 1894, qu'y a inscrite le service. Une copie, qui en a élé faite, porte au contraire la date du 15 février 1894.

Le rapprochement qui a été fait de cette pièce avec deux autres lettres écrites par B... au colonel Davignon, l’une le 4, l’autre le 9 février 1894, et dans lesquelles il est, comme dans la pièce 40, question de l’appel des réservistes et des

(1) V. déposilion Weil, Eng. Crim. I, 690.

(2) Picquarkt, Cass. 99, I, 155. Ê (3) Dossier secret pièce 40. — Davignon, Enq. crim. 1, 858.

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conditions dans lesquelles il se ferait, a donné lieu de penser que la pièce 40 devait avoir été écrite au plus tôt le 9 février 1894 (L).

Le général Mercier a conelu de cette lettre que « Au. . a Ou « Va avoir un ami au 2° bureau et que B... lui recommande « particulièrement, s'il s'adresse à cet ami pour avoir des ren- « seignements, de faire èn sorte que le colonel Davignon, « auquel on demande les mêmes renseignements, ne vienne « pas à le savoir. Il y à donc intérêt à ce que le colonel Davi- “« gnon ne connaisse pas les relations qui existent entre A... «et un ami qu'il à au 2° bureau, et cet intérêt ne peut être « justifié que par des relations illicites. Cette lettre est « commencement de 1894 : or le capitaine Dreyfus a pris le « service au 2° bureau le 1% janvier 1894, et y est resté jus- « qu'au 1% juillet 1894 (2) ».

Mais d'autre part le lieutenant-colonel Picquart a très jus” tement fait observer que les termes dans lesquels B... parle de l’ami de A... excluent l'idée d’un « informateur secret, et « ne peuvent désigner qu'un des officiers qui, dans le service, « se sont trouvés tout naturellement en relations habituelles « et cordiales avec les attachés militaires, sans qu'il y ait du « tout là-dedans une question d'espionnage (3) ».

D'autre part, le commandant Cuignet a constaté lui-même devant la Cour de Cassation « que Dreyfus ne pouvait avoir « même des relations mondaines ni avec A... ni avec B..., °n « raison de sa qualité d’israélite (4) ». À plus forte raison ne pouvait-il donc être traité d’ami par eux,alors surtout que laccusation et tout spécialement le général Mercier veulent que ce même personnage soit, dans une lettre à peu près contemporaine, traité par les mêmes de : « Ce canaiïlle de D... »

Enfin aucun indice, si léger qu’il soit, n’a pu être recueilli, qui établisse que des relations quelconques aient jamais existé entre Dreyfus et A...

Il est dans ces conditions impossibe que l’ami dont parle la pièce 40 soit Drevfus, et le général Davignon a pu dire sans excès, en lisant le commentaire dont M. du Paty de Clam avait

l) Targe, Enq. crim. — Davignon, Enq. crim. I, 858. 2) Général Mercier, Rennes I, Si. — C pr. général Roget, Cass. 99, T, 55 - Cavaignac, Cass. 99, I, 33. — Cuignet, Cass. 99, I, 361 et Rennes I, 496.

3) Picquart, Et 99, NS et Rennes I. 405.

! Cuignet, Cass. 99, I,

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assorti ce document, lorsqu'il fut produit secrètement devant le Conseil de guerre de 1894 {1), « qu'il ne comprenait rien à « ce grimoire.….. tellement complexe et compliqué qu’il dépas- « sait son entendement (2) ».

Que dire désormais de la pièce 25, qui ne soit connu de la Cour ! C'est la lettre « Ce canaîlle de D... » qu'Esterhazy appelait « le document libérateur ».

Elle porte la date du 16 avril 1894 (3). Cependant, suivant le capitaine Lauth, elle aurait été recollée par lui à la fin de 1893 et serait par conséquent arrivée à la section de statistique avant cette date (4;. Cette indication cadrerait avec cette autre fournie par le lieutenant-colonel Cordier, qui déclare que « c'était une très ancienne pièce entrée à la section de sta- « tistique bien avant l'affaire Greiner, puisqu'elle a donné « lieu à cette époque (1892) à une surveillance exercée sur un « subalterne (5), et qui aurait très vivement désiré la revoir, « afin de constater, comme c'était une vieille pièce, si on ne « lPavait pas maquillée pour la rajeunir (6) ». Si nous remarquons, d'autre part, que celte pièce a été produite par M. Cavaignac à la tribune le 7 juillet 1898, en même temps que la lettre : «Car D. m'a porté... », que celle-ci a reçu au service des renseignements la date de mars 1894, qui, nous le verrons, est de la main d'Henry, nous nous demanderons s'il n’en est pas de même de la date d'avril 1894 portée sur la pièce 25, pour pouvoir l'appliquer avec quelque apparence

d'actualité à Dreyfus, qu’elle ne pouvait assurément concer- NET:

C’est une lettre de A... à B..…., écrite en français et ainsi conçue : :

(1) Voir page 84.

(2) Général Davignon, Eng. Crim. I, 859.

(3) Picquart, Rennes I, 400. — Général Mercier, Rennes I, 81, 83. — Général Roget, Rennes I, 282. — Cavaignac, Chambre des députés, 7 juillet

(4) Lauth, Rennes II, 531.

(5}Cordier, Cass. 99, 1::298:

(6) Cordier, Rennes II, 511, 531-

al

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