‹ L'affaire DreyfusChapitre 62 sur 178 · III. — LETTRE DU GÉNERAL VANSON · texte numérisé non relu

III. — LETTRE DU GÉNERAL VANSON

A l'audience du 12 août 1899, le général Mercier a versé aux débats une lettre que lui avait adressée, sur sa demande le 16 juin précédent, le général Vanson, directeur du Musée historique de l’armée.

Cet officier général y racontait qu’au printemps de 1893, il avait été rappelé à Paris pour v diriger, du 12 au 18 mai,un exercice d'Etat-Major sur la carte ayant pour but d'étudier en détail la concentration et les premières marches d'une armée de réserve, dont il était le chef d'Etat-Major désigné sur les bases du plan alors en vigueur. Au début de l'exercice, il avait fait remarquer aux officiers placés sous ses ordres et parmi lesquels était Dreyfus, combien les documents qui leur étaient communiqués étaient importants et essentiellement confidentiels ; il leur avait même dit qu'au sortir des séances, ils devaient pour ainsi dire les oublier, au moins en ce qui concernait le secret du déploiement stratégique. Au cours de la conférence, il fut donc surpris de voir Dreyfus prendre des notes sur la carte. « Que faites-vous donc là, capitaine ? « lui avait-il dit, à très haute voix. » Dreyfus lui avait répondu sur le ton le plus naturel: : « Je prends les points « de rassemblement. » Et comme le général s’exclamait en lui rappelant ses recommandations : « C’est tellement inté- « ressant, mon général, avait-il répliqué. » En même temps, il avait déchiré et jeté le papier sur lequel il avait commencé à inscrire le nom des principales localités. Et le général Vanson ajoutait : « Le fait que cet officier commettait cette grave « indiscrétion en public et même sous mes yeux me parub « exclure toute intention coupable (1). »

Il a fait également connaître que Dreyfus lui avait été signalé par le colonel Bardol comme ayant éveillé l'attention de certains officiers par les investigations répétées, « jointes « peut-être à ce qu'il était israélite, » et « qu'il eut l’occasion

(1) Lettre du général Vanson, Rennes I, 112, 113.

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« de constater une amertume peu dissimulée dans les appré- « ciations comparatives de Dreyfus sur les armées françaises « et allemandes (1). »

Mais en définitive, « Dreyfus lui avait donné l'impression « d’un officier instruit et sérieux, bien qu'assez étranger à « l’ancien esprit de notre armée », et il lui avait même, en le remerciant de son travail, exprimé le plaisir qu'il aurait à le voir, le cas échéant, sous ses ordres 2).

On se demande ce que l'accusation a pu espérer tirer d’un pareil fait. Déjà, l’année précédente, le général Vanson, interrogé par le général Gonse sur ce point, lui en avait rendu compte et tous deux étaient tombés d'accord pour reconnaître qu'il ne constituait à aucun degré la preuve d'un acte de trahison (3). Le général Mercier a lui-même ajouté « qu'il « n'attachait pas plus d'importance qu'il ne convenait à ce « récit, qui indiquait, non un acte de trahison, mais un/ acte a pas moins relevé cette vétille dont Dreyfus n'avait pas d'abord gardé le souvenir (5) et sur laquelle, à force de creu- « d’indiscrétion allant jusqu'à la désobéissance (4). » Il n’en ser sa mémoire, il a pu donner ensuite quelques indications conformes à Celles qu'avait déjà fournies le général Vanson (6).

Nous ne pouvons, en ce qui nous concerne, retenir de cet incident que la preuve du soin méticuleux avec lequel l'accusation s’est attachée à rechercher et à grouper jusqu'aux détails les plus infimes pour chercher à créer peu à peu autour de Taccusé comme une atmosphère irrespirable.

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