‹ L'affaire DreyfusChapitre 63 sur 178 · IV. — Ogus ROBIN, ET CHARGEMENT DES OBUS A LA MÉLINITE · texte numérisé non relu

IV. — Ogus ROBIN, ET CHARGEMENT DES OBUS A LA MÉLINITE

C’est si bien la tactique poursuivie qu'on s’empresse de soulever un autre incident, qui, rapproché des autres, devait permettre au commandant Cuignet d'insinuer que « partout « où à passé Dreyfus on a constaté des fuites de renseigne-

(1) Eodem, p. 114.

(2) Eodem, p. 114.

(3) Lettre du général Vanson, Rennes I, p. 111-112. (4) Général Mercier, Rennes I, 114.

(5) Dreyfus, Rennes I, 34.

(6) Dreyfus, Rennes I, 163. 164.

« ments Sur l’arüllerie. » (1) Et pourtant quand on se donna la peine d'y regarder de près, on voit que le fait signalé est manifestement étranger à Dreyfus qui n'y fut pour rien. Mais, ainsi que le disait Guénée devant la Cour de Cassation en 1899, « comme, seul, Dreyfus était inculpé, tout retombait « Sur Jui ; c’étail la tète de Ture » (2).

En 1889-1890, on poursuivait à l'arsenal de Bourges des expériences qui ont conduit à l'adoption en 1895 d’un obus dit « Obus Robin », du nom du contremaître qui avait inventé le procédé de fabrication.

Or, en 1891, une puissance étrangère avait adopté ce projectile. « Ce qu’il y a de singulier, — à dit le général Roget, — « c’est que la construction de l’obus Robin n’est point due à « des calculs de savant pouvant se rencontrer en deux pays « différents, mais à un tour de main de contremaitre. » (3

Le général Deloye, dans une note qu'il avait rédigée en février 1899 sur l’ordre du Ministre de la Guerre « pour élu- « cider un certain nombre de questions techniques soulevées « à propos de l'affaire Dreyfus, » attesta l'identité des deux projectiles (4). I reproduisit la même affirmation devant te Conseil de guerre de Rennes (5) et l'a renouvelée devant la Chambre criminelle dans l'enquête à laquelle celle-ci vient de procéder (6.

Or, Dreyfus était à l'Ecole de pyrotechnie de Bourges, du 12 septembre 1889 au 17% novembre 1890. Il avait donc pu, disait-on, livrer à l'Etranger le secret de l’obus Robin qu'il avait pu connaître, sinon à l'Ecole même ou à l’Arsenal, mais par des conversations de café où de pension (7).

De plus, une fois à l'Ecole supérieure de guerre, pendant l'hiver 1890-1891, il a écrit au capitaine Rémusat, qui d’ailleurs, ne lui a pas répondu (8) pour lui demander, au nom de son professeur d'artillerie qui ne l'en avait nullement chargé (9), quels étaient les derniers résullals des expé-

(1) Cuignet1Cass. 99, T, 371.

(2) Guénée, Cass. 99, I, 726.

(3) Général Roget, Cass. 44.

(4) Note du général Deloye. Cass. 99, II, 333.

(5) Général Deloye, Rennes III, 67.

(6) Général Deloye, Enq. crim. I, crim. I, 460 et suiv.

(7) Général Roget, Cass. 99, I, 64.

(8) Gribelin. Rennes I, 591. — Général Gonse, Rennes 1, 540.

(9) Général Roget, Cass. 99, 1, 64. —- Cavaignac, Rennes I, 188. — Général Gonse, Rennes I, 540. — Gribelin, Rennes I, 591.

riences relatives à l’obus Robin. Cette préoccupation d'obtenir

des renseignements confidentiels à l'aide de prétextes mensongers n'élait-elle pas l'indice d'une trahison qui lui serait imputable ?

Et ne doit-on pas rapprocher de ce fait déjà si grave cet autre que, pendant le séjour de Dreyfus à l'Ecole de pyrotechnie, fut livrée en 1890 à l'Etranger une copie de l'instruction très confidentielle sur le chargement des obus à la mélinite, dont les fragments calcinés ont été saisis chez l'un des prédécesseurs de A... et remis à la Section de Statistique par la « voie ordinaire ? » (1)

Que de réponses et combien décisives !

Nous ne nous attacherons pas à faire remarquer que la fuite relative à l’obus Robin n’a pas été relevée au procès de 1894. II semble en effet établi que ce n'est qu’en 1896 que la Direction de l'artillerie au Ministère de la guerre a su, pi: un document qui lui venait de l'Etranger, quelle était d’une manière générale la construction du schrapnel allemand (2), et qu'on a cru s’apercevoir pour la première fois des quelques analogies quil présentait avec l’obus Robin. Mais, même à cette époque, on n’a pas eu la pensée d'imputer cette fuite à Dreyfus : elle ne naquit qu'en 1897, alors que le capitaine Rémusat, ayant appris qu'on avait constaté la similitude des

deux obus, fit connaître par son frère (3) au Bureau des ren-

seignements la démarche dont il avait été l’objet de la ot de Dreyfus pendant l'hiver 1890-1891. (4)

Nous ne nous arrêterons pas davantage à l’observation de Dreyfus rappelant sa vie pendant son séjour à Bourges, les occupations nombreuses, telles que le cours de mathématiques aux chefs artificiers proposés pour gardes, dont il était chargé, son temps absorbé par la préparation de ses examens à l'Ecole supérieure de guerre, par son mariage le 20 avril 1890, tout cet ensemble de circonstances qui ne lui permet-

(1) Général Gonse, Rennes I, 540. — Cpr. Général Mercier, Rennes II 210. — Wattinne, Enq. crim. I, 870.

(@) Général Deloye, Rennes III, 67. — Général Mercier, Rennes Il, 210. — Général Roget, Rennes II, 544

(3) Gribelin, Rennes I, 591.

(4) Général Roget, Hennes IT, 544. — Général Gonse, Rennes I, 540. — Gribelin, Rennes 1, 591. — Cpr. Général Mercier, Rennes II, 210.

tait ni d'aller au café, ni-de s'occuper d'affaires étrangères à son service (1). |

Mais nous remarquerons que l'Ecole de pyrotechnie où était Dreyfus, et l'arsenal où se fabriquait l'obus Robin, étaient distincts l’un de l'autre (2) : que personne n'a signalé pendant {out le séjour de Dreyfus à Bourges aucune démarche suspecte de sa part, aucune question adressée à qui que ce fût relativement à l'obus Robin, et que M. Robin atteste « qu'il ne lui a jamais demandé aucun renseignement autre « que le moyen qu'on pourrait employer pour faire tourner « un peu plus vite que les broches de filature. » (3)

Nous signalerons en second lieu que sa lettre au capitaine Rémusat n'a jamais été représentée (4). Dreyfus qui n'en à gardé aucun souvenir (5) a pourtant insisté sur la nécessité de la voir, d'en connaître les termes exacts (6). Y demandaitil des renseignements au nom de ses professeurs ? ce qui est invraisemblable puisqu'’aucun d'eux ne semble l’en avoir chargé (7) ; — où pour ses professeurs ? ce qui s'expliquerait naturellement, étant donné son caractère et sa tendance fant de fois signalée à faire en toute occasion parade de ses connaissances ? (8) Il serait indispensable de le savoir et on l'ignore.

Mais, dit-on, il n’en est pas moins vrai que Dreyfus a demandé ces renseignements dans l'hiver 1890-1891, et que l'obus a été livré à l'Etranger, qui s’est mis à le fabriquer en 1891 ! (9)

L'argument aurait quelque apparence si les faits euxmêmes ne se chargeaient pas de le réfuter péremptoirement, et si nous n'étions en mesure de dissiper l'équivoque dont on cherche à tirer parti contre le condamné.

Dans sa note de février 1899, le général Delove avait affirmé que « les schrapnels allemands c/91 de l’un et l’autre modèles « présentaient les plus grandes analogies avec l’obus Robin ;

(1) Dreyfus, Rennes II, 231, 232.

(2) Général Deloye, Rennes III, 69 (3) Général Deloye, Rennes JT, 235.

(4) Gribelin, Reñnes I, 599.

(5) Dreyfus, Rennes I, 34.

(6) Dreyfus, Rennes I, 35, 36.

« .… que sauf les différences de détail, ce projectile reprodui- « sait les caractéristiques et les dispositions essentielles de « l’obus Robin, à savoir le chargement constitué par des « balles noyées dans de la poudre comprimée.°» (1)

Devant le Conseil de guerre de Rennes, il a reproduit la même opinion. « Ces projectiles étrangers — a-t-il dit, — pré- « sentent la plus grande analogie, une analogie telle qu'on « ne connaît pas de projectiles d’autres puissances étrangères « qui soient fondés sur le même principe. » (2)

Le commandant Hartmann avait contesté très vivement cette déclaration. « Je suis en mesure, — avait-il dit, — de « démontrer que non seulement les deux projectiles n'ont « aucune analogie sérieuse, mais encore qu'ils diffèrent pro- « fondément comme principe, comme fonctionnement, « comme mode de conslruction. » (3) Et en audience à huisclos, il avait fait cette démonstration. (4)

Tout en reconnaissant « que la déposition du commandant « Hartmann contenait de très nombreuses exactitudes », le général Deloye avait prétendu « qu'elle ne donnait pourtant « pas une impression conforme à la vérité des faits. » (5) Mais en ce qui touche spécialement l’'obus Robin, il s'était gardé de préciser aucune critique. (6)

Au cours de l'Enquête nouvelle, le point a été remis en dis-: cussion. Et, de nouveau, le général Deloye est venu affirmer que « l'obus allemand est en quelque sorte à l'époque où ilest « apparu, la traduction de l'éobus français. » (7)

Avec le commandant Targe (S), nous lui avons fait observer que, lorsque la Direction de l'artillerie avait reçu le 23 février 1893 et en 1896 les renseignements sur le schrapnel allemand, elle n’avait aucunement remarqué cette prétendue similitude de ce projectile avec l’obus Robin, et qu'on ne l'avait signalée que le 18 février 1898, après la déclaration du capitaine Rémusat (9) ; — mais qu'aussitôt une autre note du

(1) Note Delove. février 1899, Cass. 99. IT, 333. (2) Général Deloye, Rennes III, 67.

(3) Hartmann, Rennes III. 215. III, 187. 188. (4) Hartmann, Rennes III, 308.

(6) Général Delove. Rennes III. 228 à 232.

(7) Général Deloye. Enq. crim. I, 460.

Général Delove. Rennes III, 228.

INDAree MEN AeriMalLElR2 04297 | 9) Général Delove. Enq. crim. I, 461, 462, 403.

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