‹ L'affaire DreyfusChapitre 70 sur 178 · UN SOLDAT · texte numérisé non relu

UN SOLDAT

Il y avait alors en effet au régiment de la Légion étrangère, à Sidi-bel-Abbès, un homme paraissant avoir environ vingt-cinq ans, qui s'était engagé pour cinq années le 2 février 1903 à Belfort, sous le nom de Félix Kadur, comme né le 48 mars 1879 à Franstatt, et qui avait été incorporé le 11 du même mois (4). Interpellé par l'autorité militaire, il confirma les indications contenues dans la lettre anonyme et la précisa : « Les pièces, écrivait-il le 13 février au général

(1) Femme Bastian, Enq. crim. I, 310. — Cpr. Général Mercier, Eng. crim. I, 312 et suiv.

(2) Femme Bastian, Enq. crim. 1, 309. — Cpr. M" Roger-Jourdain, Eng. crim. Il, 228.

(3) Kadur, Eng. Crim. I, 14.

(4) Kadur, Enq. Crim. Il, 14, 45.

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« commandant ie 1% corps (1), qui sont actuellement. au « grand Etat-Major général à Berlin dans le dossier Drey-

« fus et que j'ai moi-même mises au net en 1900, compren-

« nent 153 documents : les pièces annexes environ 35 lettres « eb rapports ».

Entendu sur commissions rogatoires le 7 (2) et le 27 avril (3) 1904, Kadur déclara se nommer Félix-Paul-Eugène comte de Hohenau, officier déserteur de l’armée allemande, où il était, disait-il, lieutenant au 1” régiment de grenadiers. Du 3 mai 1899 au 21 septembre 1901, il avait été, à l'entendre, attaché comme officier d'ordonnance au Cabinet impérial, puis, du 1° octobre 1901 au 17 janvier 1903, au Cabinet militaire du grand Etat-Major général à Berlin. Dans les premiers jours de novembre 1899, le colonel Von Schwartzkoppen et le lieutenant-colonel Dertzin l’auraient chargé de se faire remettre par un sieur Lobé, représenté comme ayant rempli un rôle d'intermédiaire dans des tractations d'espionnage, les lefitres que cet agent aurait reçues du capitaine Dreyfus. Dans le courant du mois suivant, à Bâle, Lobé lui aurait remis en effet deux lettres signées : « Dreyfus, capt. », toutes deux adressées audit Lobé et écrites en français sur papier de luxe dit anglais. Dans la première portant une date non précisée et ne comportant qu'une demi-page de texte, le

signataire, faisant allusion à des ouvertures que lui aurait .

faites Lobé, les aurait repoussées d’une facon absolue en termes fort vifs. — Dans la deuxième lettre non datée, moins brève et conçue en termes moins âpres, Dreyfus aurait avisé Lobé qu'il allait sans doute quitter le bureau de l'Etat-Major général, pour être envoyé dans un Etat-Major de corps d’armée ou de division, ef il l'aurait prié de le tenir au courant « de ce qu'il pourrait y avoir d'intéressant et de secret au « sujet des changements militaires qui pourraient se pro- « duire, mais à la condition qu'il n'adresserait ces rensei- « gnements qu'à lui seul Dreyfus et non au grand Etat- « Major ».

Avant de classer ces deux lettres dans le dossier sur l’ordre du colonel Von Schwartzkoppen, Kadur les aurait

(1) Kadur, Enq. Crim. II, 15. 16.

(2) Kadur, Enq. Crim. II, 16.

(3) Kadur, Enq. Crim. Il, 20.

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LÉ ENS 7) Vi NE rte pNn UE Gned, CHAN UE A par 6 QUE dd crus

montrées à cet officier, qui, d’après lui, se proposait, dans le cas où il serait appelé à témoigner en France, d'établir par leur production qu'il n'avait jamais été personnellement en relations avec le capitaine Dreyfus.

A la fin de décembre 1899, ayant mission de prendre une copie des pièces du dossier Dreyfus, le prétendu comte de Hohenau aurait appris « que Dreyfus était en relations « avec Lobé : que ce dernier lui avait offert, pour l’amorcer, « de lui livrer des secrets militaires concernanf l'Allemagne « sans rien lui demander en retour » ; que, d'autre part, « Esterhazy avait écrit au comte de Schlieffen, chef du grand « Etat-Major, qu'il était à même de lui fournir divers docu- « ments, notamment les plans de Toulon et de Rochefort et « des renseignements sur le 20° corps d'armée, renseigne- « ments qu'il lui a adressés » (1).

Esterhazy se serait mis en rapports avec une femme Elisée Saddach (alias Wreblewoff, — alias Emmy Lugini), professionnelle de l’espionnage. Cette femme, sur l'identité et l'existence même de laquelle il n’a pu être recueil le moindre indice (2), aurait réussi à entrer en relations avec le capitaine Dreyfus. En avril 1892 ou 1893 (d'après la première déclaration de Kadur) (3), — « ou dans le courant de « l’automne 1893 (d’après sa seconde déclaration) (4) », se rendant à Auteuil en compagnie de Dreyfus, Elisée Saddach aurait réussi à lui voler, pendant le trajet, des documents qu'il portait sur lui, relatifs. suivant le premier récit, à la frontière du Luxembourg et de l'Allemagne, ou, suivant Ja seconde version, à la mobilisation du réseau de l'Est et à des études sur le passage du Rhin aux environs de Bâle. Elisée Saddach aurait remis ces documents à Esterhazy, qui aura f alors informé Lobé qu'il tenait à sa disposition des renseignements sérieux.

Sur ces entrefaites, Dreyfus se serait aperçu de la disparition des pièces. Se doutant de la manière dont elles auraient pu lui être enlevées, il aurait eu une entrevue avec

Lobé auquel il aurait demandé de l'aider à rentrer en pos-

(1) Kadur, ‘Eng: Crim 110 22, 17.

(2) Procès-verbal de la Sûreté générale du 17 mai 1904.— Eng. crim. IT 22"

(3) Kadur. Eng. Crim. ]I, 17.

(4) Kadur, Enq. Crim. Il, 22.

MO

session de ces documents volés, et qui lui aurait répondu en termes évasifs.

Plus tard, ayant acquis d'Esterhazy à prix d'argent les mêmes documents. Lobé aurait promis à Dreyfus de les faire rentrer dans ses mains, si, par contre, ce dernier le mettait en possession « de documents relatifs à l'Administration et à « l'artillerie de l'armée française » (première déclaration) (1).

Suivant la seconde version (2), Lobé aurait dit à Dreyfus « qu'il a en s possession les documents qui lui ont été volés « et qu'il est prêt à les lui remettre à condition qu'il lui « donne les renseignements qu'il désire avoir depuis long- « temps sur la formation du nouveau 20° corps, sur la fac- « tique de l'artillerie, sur les fortifications entre le Luxem- « bourg et la Suisse, et notamment sur les modifications que « le Gouvernement français aurait pu y apporter à la suite « des études du lieutenant Letellier ».

Dreyfus aurait refusé : mais quelques jours après, cédant à la nécessité de réintégrer à son bureau les pièces qui lui avaient été volées, il aurait fourni à Lobé, comme une rançon, les renseignements que celui-ci lui avait demandés. Lobé aurait pris des copies, qui, suivant Kadur, « parvinrent « en effet au bureau des renseignements ». Ce serait là, d’après le dossier que Kadur disait avoir copié en décembre 1899, les seules pièces qu'eût livrées le capitaine Dreyfus.

Kadur déclarait encore avoir vu des instructions du colonel Von Schwartzkoppen détournant Lobé de relations avec Esterhazy, « une canaille » sur lequel on ne pouvait compter et l'orientant au contraire vers Dreyfus.

Des pièces vues par Kadur, il serait aussi ressorti qu'Esterhazy se serait offert spontanément et directement au Chef d'Etat-Major général allemand et lui aurait envoyé des renseignements, en annonçant qu'il pouvait en fournir beaucoup d'autres ; qu'on s'était rendu compte de leur inanité ; qu'on n'avait pas répondu à Esterhazy, et qu'il avait été prescrit « de l’ignorer ». Soupçonnant Lobé d'être en relations avec Dreyfus, Esterhazy lui aurait écrit à plusieurs reprises en vue de diseréditer ce dernier qu'il traitait de

d) Kadur, Eng. Crim. I, 17.

(2) Kadur, Enq. Crim. Il, 22.

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« fumiste » et qu'il représentait comme hors d'état de fournir des informations sérieuses.

Outre qu’elles manquaient de fixité el de cohésion, les deux déclarations du prétendu comte de Hohenau offraient de criantes invraisemblances. L'homme fut appelé à Paris, et, le 22 mai 1904, il fut longuement entendu par M. le conseiller Laurent-Atthalin (1).

Il se transforma tout de suite en Félix-Paul-Eugène von Gablentz, né le 17 mars 1879 au château de Boitzburg (Brandebourg) du baron de Gablentz et de la comtesse de Hohenau, porte-épée en 1896, incorporé en 1897 au 11° grenadiers à Breslau, —en 1898 au 1* régiment de grenadiers de la Garde et attaché, depuis le 1% octobre 1901 jusqu’à sa désertion en janvier 1903, au bureau des renseignements (2).

Convaincu d’imposture par les vérifications opérées immédiatement et sous ses yeux dans les annuaires, il s’incarna en un nommé Félix-Paul-Oscar Diezyelski, né à Breslau, le 18 mars 1878 de Friedrich Wilhelm et de Wilhelmine von Kolowrat, officier porte-épée au 1* régiment de grenadiers de la Garde. Il n'avait jamais, disait-il, été au bureau des renseignements, et il avait inventé cela comme le reste de son récit, sans autre but que de se rendre intéressant aux yeux de ses chefs (3).

Une nouvelle confrontation avec l'annuaire l’amena aussitôt à un cinquième avatar. Il devint, sans plus d'efforts, Arthur Hans Aumüller, né le 18 mars 1879, à Breslau, d'Ernest et de Mathilde Schuckent. En tant qu'Aumüller, il n'avait, disait-il, jamais été militaire ; mais il avait été employé au service des renseignements. En novembre 1899, M. Ahne, chef de service, l'avait envoyé à Bâle avec mission de rapporter tout ce qu'un nommé Lobé, agent du même service, possédait de documents relatifs à Esterhazy, Dreyfus et Elisée Saddach. À Cologne, où il avait accompagné Lobé, il avait reçu de lui les deux lettres signées : « Dreyfus, capitaine ». Dans la première, le signataire déclarait qu'il ne voulait pas avoir affaire avec le service des renseigne-

(1) Kadur, Enq. Crim. Il, 24.

(2) Kadur, Eng. Crim. Il, 24-25.

(3) Kadur, Eng. Crim. II, 27-28.

MP” 0e

ments. Dans la seconde, il aurait demandé « si Lobé pouvait

« lui procurer de bonnes choses, mais à condition qu'il fût P- 228

« seul à les recevoir, et qu'elles ne fussent pas envoyées à « l’Etat-Major français ». — « D'après cela, ajoutait le .soi- « disant Aumüller, Dreyfus désirait être renseigné pour « montrer à l'Etat-Major qu'il avait lui-même des choses « très importantes. Il ajoute qu'il ne tardera pas à être placé « dans un Etat-Major de corps d'armée ou de division, et « qu'il tient à être très au courant de tout dans l'intérêt de « son service d'officier. Dans cette même lettre, Dreyfus dit « encore qu'il ne veut plus rester à l'Etat-Major général, « parce que ses collègues le jalousent et le trouvent trop « intelligent. Dreyfus n'indiquait pas de moyen spécial de « lui écrire. D'après ce que m'a dit Lobé, leur correspon- « dance n'aurait pas eu un caractère secret ; il ne faisait « pas mystère de cette correspondance. »

D'autre part, Lobé aurait dit au témoin qu'il avait mission de renouer des relations en France et spécialement d'entrer en rapports avec le capitaine Dreyfus signalé comme un individu capable et fourrant son nez un peu partout. Si Dreyfus résistait à l’amorçage, Lobé pourrait s'adresser à deux autres officiers, mais devait se garder d’'Esterhazy.Celuici, en 1892 ou 1893, aurait adressé directement au comte de Schlieffen des documents et des plans actuellement dans le dossier étranger, mais reconnus sans grand intérêt.

Le témoin déclarait en même temps n'avoir pas dit la vérité, lorsqu'il avait prétendu tout d'abord avoir fait les copies des pièces de ce dossier, ces copies étant de fait l'œuvre d'un lieutenant Emmerich, du 114°. Mais il avait, lui Aumüller, classé le dossier original avec M. Ahne et un ancien lieutenant du nom de Puttkamer. D'autre part, c'était à M. Ahne et mon au colonel Von Schwartzkoppen, comme il l’avait déclaré d'abord; qu'il avait remis les letires signées : « Dreyfus capt. », à lui livrées par Lobé.

Enfin Kadur Aumüller assurait avoir eu sous les yeux des rapports dans lesquels Lobé mandait avoir vu Elisée Saddach une fois avec Esterhazy, une autre fois avec Dreyfus. Et le témoin ajoutait : « Moi-même à Berlin, étant dans un « restaurant avec Lobé, j'ai entendu la Saddach raconter

« qu'elle avait volé à Dreyfus des papiers qu'elle avait remis « à Esterhazy » (1).

A ce point de son récit, le témoin s’interrompit et déclara que tout ce qu'il avait conté était faux. Il s'appelait bien Félix Kadur, né le 18 mai 1879 à Franstatt. « C’est, a-t-il dit, « pour me rendre intéressant que j'ai raconté des his- « toires. » Et finalement : « Mon récit est exact et je n'ai

« plus rien à dire » (2).

Au cours de cette longue déposition du 12 mai 1904, dans le moment où il se disait Von Gablentz, Kadur déclarait qu'un soldat de la Légion, Erie Puschel, l'avait connu en 1902 à Berlin, où il lui avait été présenté par un capitaine Freiberg ou Freiburg en garnison à tWittenberg. « Puschel, disait- «il, m'a vu en uniforme avec un Camarade la dernière fois « à Baden-Baden..……. Puschel sait parfaitement que je m'ap- « pelle Von Gablentz...…. Il sait bien que j'étais au Nacñrich- «& ten-Bureau » (3).

Interrogé sur commission rogatoire le 18 mai 1904, Eric Georges Léopold Puschel, soldat à la légion étrangère, a refusé de répondre à toutes questions. Il a déclaré seulement n'être pas l'auteur de la lettre anonyme (4).

De la déposition d'un autre légionnaire du nom de Cousin, il résulte que Puschel avait représenté en dernier lieu leur camarade Kadur comme un comte de Hohenau, ayant été, quoique ne figurant pas à l'annuaire, sous-lieutenant au 11°, puis au 4° régiment de grenadiers et attaché au bureau militaire impérial, où il aurait été chargé de copier le dossier Dreyfus. Puschel avait en outre confié à Cousin qu'il s'était trouvé avec Kadur (comte de Hohenau) à Bade où celui-ci faisait courir, que le comte s'était occupé d’espionnage dans la région de l'Ouest et qu'il avait dû quitter l'armée à la suite d’une aventure galante avec une princesse de la Cour (5).

Interpellé de nouveau le 18 mai, Puschel a reconnu qu'il

avait tenu à Cousin les propos que celui-ci rapportait ; mais

(1) Kadur, Enq. Crim. II, 28.

@) Kadur, Enq. Crim. Il, 31.

(3) Kadur, Enq: Crim. I, 25: 27.

(4) Puschel, Enq. crim. II, 31.

(5) Cousin, Eng. crim. II, 32.

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il a derechef obstinément relusé de répondre à aucune question (1).

Il avait fait un récit analogue au soldat Gzorwenka, du même régiment (2).

Kadur n'a pu être entendu de nouveau. Peu après sa comparution du 12 mai, au cours de laquelle il avait été l'ant de fois convaincu d'imposture, il a déserté à l'étranger. Son identité est restée incertaine, quoique rien n'ait d'ailleurs démenti d'une façon absolue la véracité de l’état civil sous lequel il s'était engagé, le 2 février 1993 (3). Au régiment il recevait de Breslau, par La poste et par petites coupures, de très faibles subsides, dont le total, du 30 avril 1903 au 4 mai 1904, a été de 85 francs.

Il serait sans objet, après l'exposé qui précède, de discuter les déclarations successives et divergentes de Kadur, auxquelles la surcharge des détails seule prête quelque apparence. I1 n’eût pas été sans intérêt d'établir ou tout au moins d'entrevoir, comme on à pu le faire dans d'autres cas analogues, à quelles instigations Kadur et Puschel ont obéi et de quelle entreprise ils se sont faits les instruments. Il n'est pas téméraire de penser que ces deux hommes n'étaient que des comparses appelés à jouer à la dernière heure le rôle qu'a rempli Cernuszki devant le Conseil de guerre de Rennes. La lettre anonyme du 25 janvier 1904 à précipité inconsidérément leur entrée en scène, qu'elle a fait avorter. Ils se sont ainsi trouvés exposés à la lumière crue de l’enquête, alors que, sans aucun doute, comme leur précurseur de 1899, ils ne devaient apparaître qu’à l'heure passée des vérifications et pour le coup de foudre. Ce n’est évidemment pas cela qui pourra faire douter de d'innocence de Dreyfus.

11° Toutes les accusations que nous avons successivement passées en revue se sont évanouies dès que nous avons pris la peine de les confronter avec les faits. « De loin c'est quelque chose, et de près ce-n'est rien. »

Il en est de même de tant d'autres rumeurs que la presse a colportées avec une inépuisable complaisance, et que, comme il arrive dans toutes les grandes impostures, le

(1) Puschel, Enq. crim. II, 33, 36, 38, 39.

(2) Gzorwenka, Enq. crim., II, 34, 35, 37.

. V. lettre du Consul de France à Breslau, 27 mai 190%, Enq. crim. , AU.

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public accueillait avee toute la crédulité de la joie ou de l’indifférence. « Vagus primum et incertus rumor : mox, ut in magnis mendaciis, credula fama inter gaudentes et incuri0s08 (1). »

A. — PFaumier.

Un sieur Paumier, ancien ordonnance d'un officier allemand, aurait, disait-on, raconté à un voisin d'hôpital, un . sieur Sherrer, qu'il avait vu chez l'officier qu'il servait des plans directeurs signés « Dreyfus ». Recherché, retrouvé par la Sûreté générale, il a déclaré que ce fait était faux, qu'il n'avait jamais vu de plans signés « Dreyfus », qu'il n'avait jamais tenu le propos qu on lui imputait. Le rapport de M. le Commissaire spécial Hennion, qui constatait cette déclaraon, a disparu des archives du Ministère de la Guerre (2) où on l’a remplacé par une note en date du 29 mars 1899 du commandant Cuignet affirmant qu'il se bornait à constater que la Sûreté avait infructueusement recherché Paumier. Il est vrai que, dans le même dossier que cette note, se trouve un procès-verbal du commissaire Desvernines du 10 novembre 1898 (3) devant lequel Paulmier a renouvelé les proteslations qu'il avait déjà faites devant l'inspecteur de la Sûreté générale. Après l'avoir résumé, la note du commandant Cuignet se termine en ces termes, dont il n'est pas difficile de saisir l'intention et le but : « Il n’est peut-être pas inu- « tile d'ajouter que Paumier est seulement admis à domicile « en France, qu'il est en instance de naturalisation, et qu'il « sollicite i'exonération des droits de Chancellerie » (#%).

B. — Les millions de l'étranger.

Que de bruit m'a-lon pas fait autour des millions qui, venus de l'étranger, auraient alimenté la caisse du « Syndicat de trahison » et payé en France la campagne de revi-

(1) Tacite, Histoires, I, XXXIv. |

2) Hennion, Rennes III, 372. — Cpr. Cuignet et Junek, Rennes II, ER

(3) M. G. dossier Paumier, cote 11.

(4) M. G. dossier Paumier, cote 16.

PENSE VIS, M UAETT Oe MP LT 47 10 2 SERRES ER TANT

sion ! Le général Mercier n'a pas craint de se faire l'écho de cette rumeur, allant jusqu'à affirmer que le général Jamont tenait de M. de Freycinet que « trente-cinq millions étaient « ainsi venus des frontières étrangères, principalement « d'Allemagne et d'Angleterre, pour soutenir leffort de la « campagne dreyfusiste » (1).

M. de Freycinet a remis les choses au point en déclarant que «s’il avait pu, au cours d’une conversation, être amené « à dire que nos agents du dehors signalaient des efforts « considérables faits par l'initiative privée en faveur de la « Campagne qui, il en était certain, était très désintéressée en « France, il n'était entré dans aucun détail et ne connaissail « Tien de précis « ce sujet » (2).

Dans l'enquête nouvelle, M. de Freycinet a répété que le général Jamont avait commis une confusion involontaire (3). Il à ajouté qu'il était grand temps d'en finir avec toutes ces discordes, avec toutes accusations auxquelles nous sommes accoutumés, et qui nous discréditent aux veux de nos rivaux (4). On peut regretter que cet éloquent appel à la conciliation nécessaire ait été si peu entendu.

M. Trarieux s’élait ému de ces bruits qui circulaient ; il s’est livré aux recherches les plus rigoureuses : aucun fait ne lui à permis de supposer que l'argent ait joué un rôle dans la campagne de revision à laquelle les noms les plus honorables ont été associés (5).

MM. Charles Dupuy (6), Waldeck-Rousseau (7), Barthou (8) n’ont pas été moins catégoriques que M. Trarieux. A aucun moment, contrairement à ce qui a été dit, il n’a été trouvé trace par les Préfets des départements, par la Sûreté générale, par le Préfet de police de documents éfablissant l'envoi de fonds de l'étranger pour soutenir l'affaire Dreyfus.

On ne voit pas, au surplus comment ce fait, fût-il établi, pourrait devenir à un degré quelconque une preuve de la cul-

(1) Général Mercier, Rennes II, 213. — Cpr. général Roget, Rennes II, 254-255. — Fleur, Rennes IH, 259. — Rochefort, Enq. crim. I, 417.

(2) De Freycinet, Rennes I, 556-557-560. — Cpr. Trarieux, Rennes II, 446 et suiv.

(3) De Freycinet, Enq. crim. I, 890-891.

4) De Freycinet, Rennes Il, 558, 5) Trarieux, Rennes III, 449.

6) Dépêche de l'agence Havas du 16 mars 1899, Rennes III, 448. 7) Leître de M. Waldeek-Rousseau, Rennes HI, 447.

( ( (8) Lettre de M. Barthou, Rennes III. 447-148.

pabilité de Dreyfus, et, comme on l'a fait observer au général Zurlinden, qui, devant la Chambre criminelle, revenait dernièrement sur de prétendues collectes qui auraient été faites en Pologne et à Bayonne par les rabbins « pour un de leurs co-religionnaires irrégulièrement condamné en France », l'œuvre de la Sainte-Enfance fait bien des collectes pour les petits Chinois, sans que cela implique l'existence d’un syndicat (1;.

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