‹ L'affaire DreyfusChapitre 79 sur 178 · PISTE TAN VPN ES OT F4, JF PURE · texte numérisé non relu

PISTE TAN VPN ES OT F4, JF PURE

« thenticité du décalque, et sur l'authenticité de la traduc- « tion » (1), et que cette dépêche, dont la traduction est encore aujourd'hui certaine, ne pouvant à aucun degré constituer une charge contre Dreyfus, ne devait par conséquent pas être retenue aux débats (2).

Au cours des débats, les principaux témoins à charge, M. Cavaignac, les généraux Roget et Gonse, le commandant Cuignet lui-même, comprenant qu'il n'était guère possible de contester l'exactitude de là traduction officielle, se contentèrent d’argumenter sur les termes de cette traduction, alléguant que la façon dont l'agent B. s'était exprimé à l'égard de Dreyfus, dénotait qu'il n’était pas pour lui un inconnu et que le fait de prévenir télégraphiquement le chef d'Etat- Major à Rome démontrait l'existence de préoccupations suspectes chez cet attaché militaire (3). L'explication de cette dépêche était pourtant très simple : elle a été excellemment fournie au Conseil par M. Trarieux : « L'agent B, a-t-il « déclaré, tout en affirmant qu'il n'avait rien fait lui-même « ignorait si de son côté son gouvernement n'avait pas eu « par quelque autre agent des accointances et des relations «avec Dreyfus, et il disait : « En ce qui me concerne, « j'ignore ; en ce qui vous concerne, j'interroge ; mais si « de votre côté comme du mien il n’a existé aucuns rapports « avec Drevfus, je vous engage à donner un démenti » (4). Rien n'était plus clair, plus simple, plus exclusif de la culpabilité de Dreyfus.

Le général Mercier vit bien que sur ce point la partie était perdue pour lui, si la traduction officielle était admise. comme exacte ; aussi fit-il un suprême effort pour ramenkr l'attention sur l’ancienne version qui avait figuré dans le dossier secret. Le 17 août 1899, il communiqua au général Chamoin une note de M. du Paty de Clam ainsi conçue :

Deux versions de ce télégramme ont été fournies à la guerre par le Ministère des Affaires étrangères :

(1) Général Chamoin, Rennes II, 225.

(2) Général Chamoin. Enq. crim. I, 327.

(3) Cavaignac, Rennes I, 196. — Général Roget, Rennes T, 2701 Général Gonse, Rennes I, 545. — Commandant Cuignet, Rennes I, 497.

(4) Trarieux, Rennes IT, 435.

RÉ MÉESEeE GDE —

Version n° 1. — Arrestato capitano Dreyfus : Ministro della Guerra travuto relatione (ou prova) Segrete offerte Germania. Cosa instruta conogni segreto (ou riscrouu). Rimana nrevenulto emissario Traduction. Arrêté capitaine Dreyfus ; Ministère de :a Guerre a eu rapport (ou preuves) secret offert Allemagne. Chose instruile pas secrète et prévenu émissaire.

Les mots : arrêté capitaine Dreyfus, pouvaient s'interpréter, soit : Capitaine Dreyfus est arrêté, soit plutôt : la personne arrûtée est capitaine Dreyfus.

Version n° 2. — Si capitaine Dreyfus n'a pas eu relations avec vous là-bas, serait bon faire démentir officiellement, pour éviter commentaires presse.

Il ny a pas eu de version adressée par écrit à la guerre des Affaires éirangères. Le colonel Sandherr frappé de la différence absolue des deux versions ci-dessus. Ce leiesramme contient vingt groupes de quatre chiffres. Puis, tout en paraissant acceps ter les explications embarra ées des Affaires étrangères, il consulta secretement le commandant Munier, ancien secrétaire de la Commission de cryptographie et remarquable cryptographe. Celuici, dans une lettre personnelle et confidentielle, exposa ce qui suit : le texte chiffré original contient deux groupes de chiffres identiques, le groupe n° 10 et le groupe n° 17 ; tous les groupes n° 10 et n° 1? correspondent à des expressions interchangeables ; or, cette condition est réalisée dans la version n° 1 : donc la version n° 1 peut seule s'appliquer au texte chiffré authentique (1). La lettre cidessus a été jointe au dossier des télégrammes. Le dossier des télégrammes a disparu. Le commandant Munier a été trouvé mort dans un train. En tout cas, avant de révéler ces faits, il est prudent de vérifier si le texte chiffré, présenté comme authentique par les Affaires étrangères, contient encore deux groupes chiffrés identiques, les n°5 10 et 17 ? Il est possible que ces deux chiffres qui, dans l'original, forment un nombre inférieur à 1.000, c’està-dire ayant moins de quatre chiffres, aient été surchargés par additions de chiffres ou par adjonction de têtes, de queues ou de cercles en zéros, pour en faire des 6, des 9 ou des 8, ou des barres aux { pour en faire des 4 ou des 7. Cette vérification faite. on peut marcher à coup sûr (2).

En examinant cette note, le général Chamoin erut remarquer (3) que la première page révélait une connaissance très approfondie de la question du déchiffremnt du télégramme avec ses deux traductions, tandis que la deuxième et la troisième pages contenaient une discussion absolument

inexacte, tendant à faire croire à l'excellence de la première version ; il prit donc là résolution de n'en point faire état en

(1) Sur la théorie des chiffres interchangeables, voir la réfutation par le général Chamoïin. Enq. crim. 1, 333.

(2) Général Chamoin, Rennes II, 227 et 228, Cpr. général Mercier. End. crim. 1, 280, 281.

(3) Général Chamoin. Eng. crim. I, 331.

justice (1. Mais le lendemain 8 août, en exposant au Conseil de guerre les conditions dans lesquelles avait été établie la pièce 44, il employa ses efforts à excuser la conduite des officiers de: l'Etat-Major et, pour démontrer que leur mémoire ne les avait pas trahis et qu'ils avaient correctement donné une des versions du télégramme, il fut involontairement amené à parler de la note que le général Mercier lui avait remise la veille et qui reproduisait le texte mème de la pièce 44 Il donna alors lecture de la première page de cette note qu'il représenta comme fournissant le texte exact des traductions successivement élaborées. Il s'empressa d'ajouter, qu'absolument d'accord avec le représentant du Ministre des Affaires étrangères, il ne pouvait considérer la deuxième et la troisième pages que comme des élucubrations erronées, et il demanda au Conseil et à la défense de ne pas en prendre connaissance, pour éviter de remettre en discussion une question qui, à son avis, élail définitivement close. Convaineu à la réflexion qu'il avait commis un acte incorrect en ne donnant pas le texte de toute la note aont.il avait partiellement fait état au cours de sa déposition à huis clos, il s’ouvrit de ses préoccupations à M° Tabori avant l'audience du 10 août ; puis, après avoir ce même jour termirs la présentation du dossier secret, 1l revint sur l'incident et, reconnaissant son erreur, 1l lut les deuxième et troisième pages, sans que les énonciations qu'elles contenaient donnassent lieu à la moindre discussion, tout le monde étant d'accord pour ne point les retenir (2). Le général Galliffet, aiors Ministre de la Guerre. que le général Chamoin s'était empressé de mettre au courant de ce qui venait de se passer, couvrit son subordonné en approuvant sa conduite (3).

Deux jours après, le général Mercier chercha à rentrer en possession de la note ; mais le général Chamoin lui fil répondre qu'il avait fait état de la pièce en justice et que dès lors il ne croyait plus pouvoir s’en dessaisir. Elle fut finale-

(1) Général Chamoïin, Rennes Il, 224 Enq: crim. 1,.331,.532.

(2) Général Chamoiïin, Rennes Il, 224, 226, et général Chamoin, Enq. crim: 113313325888

(3) Général Chamoin. Enq. crim. I, crim. I, 903, 904.

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