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ENQUÊTE DU LIEUTENANT-COLONEL PICQUART

Nous avons dit, dans notre premier réquisitoire, Comment, six mois après la condamnation de Dreyfus, le lieutenant-colonel Picquart avait été appelé à remplacer, le 2 juillet 1895, à la tête du Bureau des renseignements, le colonel Sandherr, que son état de maladie cérébrale éloignait définitivement du service (1). Alsacien, parlant admirablement l'allemand, il était par son intelligence, son savoir, son sang-froid, ses qualités morales, en situation de bien remplir le poste difficile qui lui était confié.

Dès sa prise de possession, le général de Boisdeffre qui, nous le savons, était inquiet de ce qui s'était passé et n'avait trouvé ni l'enquête du commandant du Paty de Clam, ni l’information du commandant d'Ormescheville suffisantes, le pria de continuer les recherches pour découvrir le mobile du crime qui lui échappait et de creuser notamment la quesbon du jeu et des femmes (2).

Le lieutenant-colonel Picquart eut d’abord la ee toute naturelle de s'adresser à la Préfecture de police. Henry, qui mieux que personne savait à quoi s’en tenir puisqu'il

avait reçu et supprimé les rapports déjà faits par elle, l'en .

détourna en lui disant que « cette administration était soumise à l'influence des Juifs » et, sur son conseil, il a. le soin de ces investigations à Guénée (3), à qui il remite même temps une photographie de Dreyfus.

Ainsi faites, les recherches ne pouvaient donner que ce qu'elles avaient déjà produit : elles ne recueillirent que les indications les plus vagues, « des racontars, des propos de « concierge » (4).

Les choses en étaient là quand un fait considérable se

produisit dans la seconde quinzaine du mois de mars

(1) Picquart, Rennes I, 383. — Général de Boisdeffre I, 522. — Cpr. Lauth, Rennes II, 531.

@) Général de Boisdeffre, Cass. 99, I, 266; Rennes I, 522. — Picquari.

Cass. 99, I, 142, Rennes I, 383.

(3) Picquart (Rav.), 13 décembre 1897. — (Fabre), p. 93 ; Cass. 99, I, 143. Rennes I, 385. — Cpr. Henry (Fabre), p. 52.

(4) Picquart, Cass. 99, I, 142.

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1896 (1). Le service des renseignements recevait par la voie ordinaire (2), au milieu de nombreuses autres pièces (3) et déchiré en trente-deux morceaux (4) le document qu'on a appelé « le Petit Bleu ».

Reconstitué par le capitaine Lauth (5) à qui, en l'absence d'Henry appelé au chevet de sa mère mourante (6), il avait été remis par le lieutenant-colonel Picquart, il portait comme adresse : « Monsieur le Commandant Esterhazy,

27, rue de la Bienfaisance, Paris. »

et il était ainsi concu :

Monsieur, j'attends avant tout une explication plus détaillée que celle que vous m'avez donnée l’autre jour sur la question en suspens. En conséquence, je vous prie de me la donner par écrit, PROMO juger si je peux continuer mes relations avec la maison KR.

CU

L'endroit où il avait été trouvé, — la personnalité de l'attaché militaire À, son auteur présumé, — les relations qu'il révélait entre celui-ci et le destinataire, —- tout en faisant un document si inquiétant qu’en le remettant au lieutenantcolonel Picquart, le capitaine Lauth ne pouvait s'empêcher de dire : « C’est extraordinaire, cette pièce ! Est-ce qu'il y en aurait encore un ? » (un traître) (8).

Dans le même lot que le petit bleu se trouvaient les fragments d’une lettre écrite au crayon noir et signée également C (9). Le capitaine Lauth, après avoir déclaré au cours de l'enquête de Pellieux qu'il n'avait jamais eu connaissance de cette pièce et qu'il la tenait pour inexistante (10), a dù reconnaître ensuite l'erreur qu'il avait commise (11). C'était : un brouillon dont la partie centrale manquait et qui portait

(1) Picquart (Rav.), 170 ; Cass. 199, I, 144 ; Rennes I, 416. — Lauth (Rav), 24: Rennes 1, 616. — Général Roget, Rennes I, 296. — Général Gonse, Rennes I, 552.

(2) Picquart (Pell.), 12 ;: Rennes I, 416.

(3) Picquart, Rennes 1, 416, —Lauth, Rennes I], 619.

(4) Picquart, Rennes 1, 416 (Pell.), 12. — Lauth (Pell.), 24.

(5) Lauth, Eng. crim. I, 526.

(6) Picquart (Fabre), 106, Rennes 1, 416. — Cpr. Henry (Fabre), 47

(7) Picquart, Rennes I, 417.

(8) Picquart (Pell.), 19 ; (Rav.), 170 ; Cass. 99, I, 144, Rennes I, 417. — Lauth (Pell.), 23 ; Rennes I, 618, 632. — Général Roget, Cass. 99, 1, 111.

(9) Picquart, Cass. 99, I, 144.

(10) Lauth (Pell.), 25.

(11) Lauth (Pell.), 24.

LEUSO NE

en haut la mention écrite au crayon bleu : « À faire porter par le concierge ». D'après les phrases subsistantes, il semblait qu'il s'agissait de la même question que de celle traitée par le petit bleu : on y parlait notamment de conditions trop dures (1). Or, le petit bleu n'avail pas été envoyé par son auteur au domicile de qui il avait été saisi. Il semblait que l'expéditeur avait d’abord écrit le petit bleu, puis qu'il s'était ravisé et qu'il avait alors tracé le brouillon d’une lettre qu'il avait fait peut-être recopier par une autre main et certainement fait porter par un exprès (2).

Toutefois, ce n’était là qu'une hypothèse rendue vraisemblable par ce fait que le petit bleu ne portait pas le timbre de la poste (3). Et, d'autre part, il paraissait singulier que celui qui l'avait écrit l'eût jeté au panier sans l'envoyer (4) et eût ainsi commis un acte de légèreté impardonnable el, de sa part, insolite 5). Le lieutenant-colonel Picquart se demanda si ce n'était pas là un piège qui lui fût tendu. Se souvenant, en outre, de l'affolement qu'avait produit jadis au Ministère.la découverte du bordereau, il résolut de se taire et de n’agir qu'avec une extrême circonspection (6).

Que d’ardentes discussions le petit bleu n'a-t-il pas soulevées et de quelles polémiques passionnées n’a-t-il pas été le prétexte ? Les soutiens d’Esterhazy ont tout tenté pour le rendre suspect.

Ils ont prétendu que c'était un faux, ne ressemblant ni à l'écriture de A, ni à celle d'aucun des autres documents parvenus à la même époque au service des renseignements par la voie ordinaire (7).

Ils ont soutenu qu'il devait avoir été fabriqué par le lieutenant-colonel Picquart qui avait choisi pour le produire le moment où Henry était absent (8).

Ils ont incriminé le désir qu'il avait exprimé au capitaine

(1) Picquert, Cass. 99, I, 144 à (2) Cpr. colonel Schneider, Ein. Picot, Rennes II, 53, 54 (3) Picquart, Rennes I, 417, 476. — Lauth, Rennes I, 619. (4) Picquart, Rennes Ï, M7. — Général Gonse, Rennes IP 555

) Picquart, Rennes IT, 418.

) Picquart, Cass. 9 ; Rennes I, 417. — Cpr. Junck, Rennes I, 646.

(7) Général Gonse, Rennes I, 553. — Général Roget, Cass. 99, I, 115: Rennes 1, 295.

(8) Lauth (Pell.), 23; Rennes I, 617. — Cpr. Henry (Pell.), 22: (Rav. 175. — Gribelin, Rennes 1, 597, — Général Roget, Rennes I, 295, 296, 298. — Picquart, Rennes I, 417, Æ18.

Lauth de voir effacer dans la reproduction photographique

de la pièce les traces de déchirure de l'original (1). Ils ont allégué qu'il aurail cherché à faire apposer sur le petit bleu le cachet de la Poste (2,.

Ils lui ont reproché d’avoir demandé au capitaine Lauth d’attester, le cas échéañt, la provenance du document et de s'être ainsi attiré de cet officier une réponse indignée (3).

Ils ont enfin signalé des traces évidentes de surcharges et de grattages dans l’adresse du Petit Bleu (4).

Et toutes ces accusations ont été présentées avec une telle assurance (5) que le général de Pellieux lui-même, qui en avait reçu l'impression au Ministère, ne doutait pas de linauthenticité du document et qu'il est parti de cette idée pour diriger l'enquête qu'il fut ultérieurement chargé de faire contre Esterhazy (6,.

De toutes ces allégations qui, pour l'accusation, n’ont eu de valeur qu'autant qu'il s'agissait d'innocenter Eslerhazy, et s'évanouissaient dès qu'on tentait d'accabler le lieutenant-colonel Picquart (7;, il ne reste rien aujourd'hui.

Nous avons vu que M. de Münster attestait l'authenticité du Petit Bleu en disant qu'il émanait de A (3) et que cet attaché militaire à lui-même reconnu qu'il avait écrit divers petits bleus à Esterhazy et qu'il était probable que le document en question était de lui (9) ; nous nous rappelons le récit du colonel Schneider à M. Emile Picot, lui racontant les hésitations de A devant les démarches pressantes d'Esterhazy qui le suppliait à cette date de reprendre avec lui les relations antérieures qu'il avait rompues sur l’ordre de son Etat-Major, écrivant le Petit Bleu, puis se ressaisissant

(1) Lauth (Pell.), 23: Rennes I, 619; III, 466. — Junck, Rennes I, 644. — Général Rogel, Rennes I, 297.

(2) Lauth, Rennes 1, 619, — Junck, Rennes I, 616. — Gribelin, Rennes I, 594. — Général Roget, Rennes, 302.

(8) Lauth (Zola) I, 153, et Rennes I, 619. — Junck, Rennes I, 645. — Valdant, Rennes IL, 112. — Gribe lin, Rennes I, 594.

(4) Général Roget. Rennes I, 327 ; III, 281 : et Enq. crim. I, 60.

(5) Cpr. général Roget, Cass. 99, I, 111 à 115 ; Rennes I, 303.

(6) Ducassé, Enq. crim. 1, 709-711.

(7) Picquart (Fabre), p. 124.

(8) Joseph Reinach, Eng. crim. I, 568.

(9) Cpr. général Roget, Rennes 1, 339, — Lettres d'Esterhazy. 25 août et 4 septembre 1899 (cotes 51 et 56), Enq. crim. Il, 473, 477.

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et jetant au panier le papier en disant : « Non ! on n’a décidément pas à faire à un homme semblable ! » (1).

Si d'autre part, le lieutenant-colonel Picquart a remis au capitaine Lauth le paquet dans lequel celui-ci a trouvé le Petit Bleu, alors que c'était ordinairement Henry qui faisait le triage entre les fragments écrits en français et ceux de langue étrangère, cela tient à ce qu'Henry, appelé en hâte auprès de sa mère mourante, n'avait pas eu le temps de se livrer à son examen habituel et avait remis, au moment de partir en permission, au Colonel Picquart le paquet que celui-ci avait aussitôt passé au capitaine Lauth (2).

Le lieutenant-colonel Picquart a toujours reconnu qu'il a demandé au capitaine Lauth de chercher à effacer sur la photographie qu'il le chargeait de faire, les traces des déchirures de l'original (3). Mais il à expliqué en même temps qu'il n'avait fait ainsi que ce qui avait été pratiqué pour le bordereau lui-même (4). II a ajouté que la première épreuve, qui lui avait été soumise avec ses déchirures et ses souillures, était hérissée de masses noires, zébrée de traits bizarres (5) et qu'il avait désiré obtenir un cliché plus clair et plus lisible, plus discret aussi, ne signalant pas l’origine du document et évitant ainsi de provoquer les propos imprudents de l'entourage du Ministre ou du chef d’'Etat-

Major (6). Et ce souci était d'autant plus légitime qu'il avait

eu déjà l’occasion de constater les indiscrétions que, devant ses officiers, le général Gonse lui-même avait souvent commises au sujet de faits qui devaient rester rigoureusement secrets (7).

Le lieutenant-colonel Picquart a nié au contraire de la façon la plus formelle qu'il ait jamais eu la pensée de demander à l'administration des Postes d'apposer son timbre sur le Petit Bleu, ce qui eût enlevé au document toute sa valeur

({) Em. Picot. Rennes III, 53-54. Voir page 423.

(2) Huis clos Esterhazy : Rapp. de Castelnau, p. 3. — Targe, Enq. crim. Jh M — Picquart (Fabre), p. 106; (Peil.), 19. — Cpr. on (Fabre), (29,

(S)MPicquart (Pell), 19:{(Rav.), 172; (Fabre), p. 125; Cass. 99, I, 158: Fennes 1, 659. — Cpr. Junck, Rennes I. 644.

(4) Picquart eod. Rafbpp. de Castelneau, p. 4 — Cpr. général Roget, Rennes I, 297.

(5) Cpr. Lauth. Enq. crim. I, 527.

ü Picquart (Fabre), p. 185, Cass. 99, I, 158 ; Rennes I, 659. 7) Picquart (Fabre), p. 125; Rennes I, 470.

qu'il ne tenait que de sa provenance (1). Aussi n'en a-t-il jamais parlé à personne, n'a-t-il fait aucune demande de ce genre à aucun des officiers de son service. Jamais du reste il n’a eu recours à ce procédé (2) que le colonel Sandherr avait de son temps mis en usage (3). Et l'accusation qui, de ce chef, à été dirigée contre lui n'a eu d'autre base qu'un propos rapporté par Gribelin en ces termes :

On parlait beaucoup de cette pièce au bureau. On disait

« Mais enfin, qu'est-ce que c’est que cela ? » C'est à ce propos que j'ai un jour rapporté une phrase d’une demande du colonel Picquart qui voulait savoir si je pouvais obtenir de la poste un cachet antérieur à la date à apposer Sur une lettre, à une date antérieure à son envoi : j'avais refusé. Le colonel Picquart ne m'en à jamais reparlé et je ne lui en ai jamais reparlé. C'est seulement quand le colonel Henry m'a dit : « Mais ce Petit Bleu n’a pas le cachet de la poste : il faudrait qu'il eût un cachet pour montrer qu'il a touché le destinataire » que je me suis rappelé le propos du colonel Picquart (4).

Quant à l’altercation qui se serait produite entre le lieutenant-colonel Picquart et le capitaine Lauth, si elle a donné lieu à des récits différents de la part de chacun d'eux, il semble acquis que le capitaine Lauth ayant dit au colonel que le Petit Bleu n'avait aucune authenticité et que le colonel ayant répondu : « Mais vous serez toujours là pour témoigner d’où vient cette pièce » et ayant peut-être ajouté : . « D'ailleurs, est-ce qu'elle n’est pas de l'écriture d’un tel ? » le capitaine Lauth se serait écrié : « L'écriture d'un tel ? Jamais de la vie ! » ou « Attester cela? Jamais de la vie ! (5) »

Enfin, s'il est certain que le Petit Bleu a été l'objet d'altérations singulières, si des experts commis par justice ont constaté que le nom d’Esterhazy écrit sur l'adresse avait été gommé ou gratté, puis rétabli après coup (6), si le lieu-

(1) Picquart, Rennes 1, 476. Col. Jouaust eodem.

(2) Picquart (Rav.), 172. — (Fabre), 123-126; Rennes I, 470. — Gribelin (Pell.) 25 et Rennes I, 594. — Desvernines, Rennes II, 252.

(3) Gribelin (Fabre), p. 126. — (Pell.), 1" décembre 1897. — (Rav.), 15 décembre 1897. — (Zola) I, 298. 4

(4) Gribelin, Rennes 1, 594. — Cpr. Picquart (Fabre), 126 ; (Zola), I, 330, Rennes I, 472.

(5) Picquart (Fabre), p. 126 ; Rennes I, 471. — Cpr. Lauth (Pell.) 23, et Rennes 1, 619. — Valdant (Rav. 195, et Rennes IÏ, 112. — Junck (Rav.), 191, et Rennes I, 645. — Gribelin (Pell.), 25, et Rennes I, 594. — Rapp. de Castelnau, p. 4. : à

(6) Expertise Lhôte (Tav.), 19 et 20. — Picquart, Rennes I, 464, 466, 633. — ‘Trarieux, Rennes III, 465. — Cpr. Lauth, Rennes 1, 631. — Général Roget, Rennes I, 327 : III, 281. — Général Gonse, Rennes IT, 280.

tenant-colonel Picquart a même été de ce chef l’objet de poursuites dirigées contre lui par ordre du général Zurlinden (1), l'information édifiée par le capitaine Tavernier a constaté el reconnu que ces falsifications ne pouvaient lui être imputées (2) que le Petit Bieu était intact quand il l'avait reçu (3), qu'il l'était encore quand il l'avait remis à Henry en quittant le service (4) et que les grattages et les surcharges ne s'étaient produits qu'après son départ et très probablement dans le but de permettre les discussions ultérieures sur l'authenticité du document aussi bien que les attaques dirigées de ce chef contre le témoin (5).

Ce qui prouve au surplus de la facon la plus irrécusable la foi absolue que le lieutenant-colonel Picquart avait dans l'authenticité du document, c'est l'usage même qu'il en a voulu faire. N’a-t-il pas en effet proposé ultérieurement au chef d'Etat-Major et au Ministre de tendre un piège à Esterhazy en se servant, pour appeler celui-ci à Paris, des termes de convention employés par l’auteur du Petit Bleu ? et n’estil pas évident que, si le Petit Bleu n'avait pas eu à ses yeux l’origine qu'il lui attribuait, l'essai qu'il voulait ainsi faire et qui prenait pour base le document lui-même n'’eût pas eu sa raison d'être (6) ? |

Disons-le donc ! l'authenticité du Petit Bleu n'était pas douteuse el la pièce gardait toute sa valeur contre celui qu'elle désignait à l'attention du service.

Qu'était-ce qu'Esterhazy ?

Le lieutenant-colonel Picquart ne le connaissait pas même de nom. Il apprit par l'Annuaire de l'Armée que c'était un chef de bataillon du 74° régiment d'infanterie en garnison à Paris, caserne de la Pépinière (7).

(1) Picquart, Rennes I, 634. — Trarieux, Rennes III, 464-471. — Général Gonse, Rennes IIT, 281. — Général Zurlinden, Rennes III, 468-474, — Cpr. général Roget, Rennes III, 282, et Enq. crim. I, 601.

(2) Général Zurlinden, Rennes III, 476.

(3) Lauth, Enq. crim. I, 526.

(4) Picquart, Cass. 99, I, 146; Rennes I, 466-633. — Lauth, Rennes I, 635. — Trarieux, Rennes III, 465. — Général Zurlinden, Rennes III, 280. (5) Targe, Eng. crim. I, 95. — Trarieux, Rennes III, 465. — Picquart, Rennes I, 466, — Suivant Gribelin (Déclar. du 29 juillet 1903), les auteurs de la falsification seraient : « Henry et Lauth » : dans sa seconde déclaration du 30 août 1903, il a ajouté : « et Cuignet ». mange, Rennes II, 284. — Cpr. général Gonse, Rennes IIT, 284. — Général

Roget, Rennes III, 285.

(6) Picquart, Rennes Il. 286. — Trarieux. Rennes III, 463. — M° De- (7) Picquart, Cass. 99, I, 148 : Rennes I, 418-420.

Et bientôt un de ses anciens camarades d'école, qui servait dans ce même régiment et qu'il avait mandé au Minisière, le commandant Curé, lui donnait sur cet officier « pour lequel, disait-il, il n'avait que fort peu de considération et d'estime » les renseignements les plus inquiétants. Le commandant Esterhazy ne s’occupait que fort peu de son service; mais il avait l'air de s'intéresser spécialement aux questions de l'artillerie et de tir. Il était ainsi allé aux écoles à feu en 1893, en 1894, à ses frais en 1895 ; il lui avait demandé des indications sur la mobilisation de l'artillerie. Il s'était fait remettre par le capitaine Daguenet un document sur les cours de l'Ecole normale de tir du camp de Châlons, qu'il avait fait copier par le planton de la salle des rapports, le soldat Ecale, et qu'il avait ensuite prétendu avoir égaré (1). Ces renseignements, rapprochés de la teneur du bordereau étaient assurément de la plus haute gravité ; ils autorisaient les pires soupçons.

Sans désemparer, le 8 avril (2), le lieutenant-colonel Picquart chargea le Commissaire spécial Desvernines de surveiller Esterhazy (3), et cet agent ne tarda pas à constater la détresse pécuniaire du commandant, ses dettes frisant l’escroquerie, les nombreux jugements pris contre lui pour les sommes les plus minimes, ses accointances avec des hommes d’affaires tarés, ses spéculations répétées à la Bourse, ses relations adultères avec une fille Pays, « qui voulait bien de temps en temps dénouer pour lui sa ceinture » (4) et à laquelle il payait une mensualité de 500 francs (5), et louait en son propre nom l'appartenant qu'elle occupait rue de Douai: n° 49 (6).

Les enquêtes ultérieures ont encore accentué, en la précisant, cette situation qui, dès ce moment, apparaissait si mauvaise.

(1) Picquart (Pell.), 19. (Rav.). 170. Cass. 99, 1, 148 ; Rennes, 1, 421.—

Curé. Cass. 99. I, 407; Rennes II, 239 ; (Pell.), 26 ; (Rav.), 198. — Général Roget, Cass. 99. Î, 80-82 ; Rennes I, 286. — Ecale, Rennes IF, 562.

(2) Général Roget, Rennes I. 297-310. \

(3) Picquart (Fabre), p. 106, Cass. 99, I, 149; Rennes I, 418, 419, 421. — Desvernines., Rennes Il, 251.

4) Lettre d'Esterhazy à M. Jules Roche, Cass. 99, I. 695.

(5) Desvernines, Rennes IT, 251. Da | al (6) Desvernines : Rapports des 22 avril, 5-22-28 mai, 24 juin. 16 et 28 juillet 1896 (M. G.); Rennes II, 251, 253. — Picquart., Cass. 99, I. 149:

oget, Rennes I, 311.

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