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3LLES.
DllUMONi (Dc66i. a.. COU IV RI EH).
L'AFFAIRP] DREYFrS
qu'a soulevée l'ignominieuse aclion de Dreyfus; mais là, encore, le public n'aperçoit qu'un des côtés de la question.
Que pouvait cet homme à côté d'un Yon Uoinacli qui disposait du Parlement, qui était le maître dans tous les ministères? (]e sont les hommes comme celui-là qui sont les vrais chefs de l'espionnage allemand en France. Les Juifs comme Dreyfus ne sont probal)lemont que des espions en sous-ordre, qui travaillent pour les financiers Israélites; ils sont les rouages du grand complot juif qui nous livrerait piecfe et poings liés à l'ennemi, si on ne se décidait, au moment où la guerre deviendra imminenlo, à prendre des mesures de salut public. M
L'article do Rochefort était intitulé :
i.i;s uiissiKus ui; iioTuscHn.i». Ces huissiers avaient nom Casimir-Perier, Dupuv, Poincaré et IJurdeau. «• Il y a, disait-il, uu scélérat que la mort du (zar va tirer d'un pas difficile : c'est lo capitaine Dreyfus, aujourd'hui à la prison du Cherche-Midi pour avoir livré à l'ennemi les secrets de notre défense militaire, el à qui Mercier, son supérieur au ministère de la guerre^ ?,v/ s'empresser de sauver 1(1 r/V'. Maintenant que le tzar est mort et que l'alliance russe va être remplacée par l'alliance allemande, ce Dreyfus est mnocenl. iîolhschild, notre seigneur à tous, saura bien empêcher qu'on fusille un de ses coreligionnaires. »
Drumont, 5 novembre :
« Regardez ce ministère de la guerre (]ni devrait être le sanctuaire du patriotisme el qui est une caverne, un lieu de perpétuels scandales, uu cloaquo qu'on ne saurait comparer aux écuries d'Augias, car aucun Hercule n'a encore essayé de les nettoyer. Une telle maison, devrait embaumer l'honneur et la vertu; il y ;i toujours, au contraire, quelque chose qui pue, là dedans... C'est Cissey, prenant pour maîtresse une juive.
la Kaulla, (|ue chacun savait être une espionne et chez laquelle il laissait traîner son portefeuille de ministre, bourré de documents confidentiels... C'est Thibaudin el ses tendresses pour la Limouzin... C'est Freycinet, avec Turpii»
et Triponé. Turpiu qui s'engageait par traité à verser à Ivhvards la moitié de ce qu'on lui donnerait pour son invention; Triponé, que chacun savait un espion et qui circulait librement à tiavers les bureaux do la guerre, sans qu'on lui eût même arraché cotte croix de la Légion d'honneur, qu'il déshonorait. Dès qu'il fut menacé do poursuites, le gêné rai Ladvocat écrivil à M"" Triponé pour mettre son avoué à sa disposition. Imaginez-vous quelque chose de jilus stupéfiant que ce général, destiné à commander le camp retianché sous Paris en toin[)s de guerre, el qui oMre son avoué à lui homme (pi'il sait êlre un espion? Ce général extraordinaire ne fut même pas mis à la retraite; on le laissa en fonctions, pdui' pouvoir, a l'occasion du li juillet, le nommt>r grand-officier de la Légion d'honneur. Il y a au l*alais-Bourbon t ulo une bandi' do droitiers, les Monlfori, les La Ferronays, les Reille, les Lanjuinais, (jui se fourrent toujours dans les questions militaires el qui sont toujours là pour approuver, pour couvrir de la considération (|ui s'attachait jadis à leur nom les infamies qui se commettent au minislère de !a guerre. Le crime de Freycinet contre Tin-pin, comme les mensonges de Mercier à propos de dalliU'el, n'ont trouvé en eux que désapprobateurs. Detnain, sans doute, ils applaudiront le niinislre de la guerre, lors qu'il viendra se vanter des mesures (ju'il a prises pour sauver Dreyfus et cacher sa traliisun au paijs. »
Kochelort, même jour :
- Dans tout autre pays que le nôlre, le /tomme' Mercier, f/cnéral de son état et ministre de la guerre par suite de circonstances indépendantes i\c notre
ET SES UESSORTS SECRETS
volonlé, aui'ait élé, dopiiis plusieurs i^ours, pris au collet et jelé avec la plus grande brutalité dans les escaliers de son ministère : 1" parce (\\\ après avoir refusé de faire arrêter le traître Drei/fas par crainte de Reinach et de Rothschild, ses protecteurs, // ne s'y est décidé que sous la menace d'un scandale que les honnêtes collègues dudil Dreyfus étaient décidés à provoquer; 2" parce (\\\il a essayé de cacher et fait officiellement démentir l incarcération du traître, bien que ce dernier fût depuis quinze jours à la prison du Cherche-Midi; 3° parce que, malgré les aveux complets du coupalile, Mercier, forcé de sortir de son mutisme, a fait annoncer par ses agences qu'il n'y avait contre le traître que des « présomptions », lesquelles avaient amené une arrestation simplement (^ provisoire »; 4° parce que, se voyant dans iinipossibillé de se soustraire à l'obligalion de sévir, il a eu limpudenco de faire écrouer rinfàme Dreyfus sous un faux nom au Cherche-Midi, ce qui constitue la manœuvre frauduleuse connue sous le nom de « falsification d'état civil »; 5° parce qu'il a menti cyniquement K^n déclarant que les documents communiqués étaient de peu « d'importance », attendu que le Dreyfus était allaché au bureau de la mobilisation, où il avait entre les mains tous les plans susceptibles d'intéresser le plus ceux qui les lui achetaient... En voilà beaucoup plus que la Convention n'en aurait demandé pour faire fusiller le liainollol de la guerre... Eh bien! cette série de méfaits glissera, sans y laisser la moindre trace, .sur lés broderies de l'uniforme de ce général en carton peint. Il ne sera pas plus pioclamé responsable de l'abominable trahison de son subordonné, dont il a, par les moyens les plus illicites, essayé le sauvetage, que le mouchard Fédée ne l'a été de l'évasion du voleur dont il avait fait son ami, son compa- ,i;non de table et surtout son comman-
ditaire. Casimir-Perier n'est pas responsable non plus d'avoir fait entrer dans un cabinet niinistériel une « moule » , comme ce Mercier. Celui-ci n'est pas responsable d'avoir mis complaisam-^ ment tous les détails de la défense de nos frontières à la disposition d'un gredin avéré... »
Du même :
« Le traître Dreyfus étant le protégé de Reinach, de Mercier et de Rothschild, a parfaitement raison d'être rassuré sur son sort. Il n'a pas hésité, en effet, à faire les plus complets aveux, sachant que les Allemands qui nous gouvernent sont résolus à lui appliquer une peine dérisoire, bientôt suivie d'une grâce ; complète. Déjà, JMercier, obligé d'avouer le crime qu'il tenait soigneusement ca-f ché, a fait déclarer par ses agences qu'il y avait, contre un officier français qu'il se gardait de nommer, « présomption » de vente de documents u peu importants » à une puissance étrangère.
Lincurie, la bêtise et la mauvaise foi de notre ministre de la guerre faisant de celui-ci Je quasi-'çoinplice du traître, il est clair qu'il s'attachera à démontrer le peu d'importance des documents, bien qu'il lui soit impossible d'en connaître, lu nature et le nombre, attendu (.lu'aprèà: les avoii' communiqués à rAllemagne,:
Dreyfus les replaçait mystérieusement dans leurs cartons. Or, si les i)ièces claient sans conséquence pour notre mol)ilisation, il est évident que la Triple- Alliance, à laquelle il les vendait, n'aurait pas été assez naïve pour les lui acheter. Le gouvernement, qui , dans cette allaire comme dans toutes les autres, va se fourrer du mensonge jusque-là, fait répandre le bruit que ce ne })eul être l'ajjpât du gain qui a fait agir le capitaine Dreyfus, attendu que celuici est riche et n'avait aucun besoin de recourir aux subsides de l'étranger.
Cette imposture est bien digne des llibustiers qui la mettent en circulation.
D'abord le capitaine Dicyfas n'est pas riche ; il est joueur, ce qui n'est pas du lout la même chose, etc.. etc. »
Ces attaques furieuses contre un accusé placé au secret le plus rigoureux, par conséquent hors d'état de les con-
itredire, ou même de les connaître — il iie'faudrait pas croire que Drumont et Rochefort les tii-aient de leur propre fonds. On n'invente pas ces choses, même sous le coup de la passion la plus
'emportée. Au milieu de leur etTrayante
'inexactitude, elles sont associées à des détails précis qui ne permettent pas d'en contester la source. Qui aurait pu les dicter, sinon l'Etat-Major lui-même, seul maître de la procédure secrète ouverte contre le capitaine Dreyfus et seul intél'ttssé à la présenter sous ce jour acca-
"i)lant, pour un homme dont le public et la presse ignoraient, cinq jours plus tôt, l'existence, le nom, le crime prétendu?
S'il y avait, à cet égard, l'ombre d'un doute, Rochefort se chargeait dès lors •de le dissiper, en proclamant urln et orlii
! l'origine officieuse de ses informations. Elles lui avaient élé apportées à Bruxelles, le 4 novembre, par un envoyé spécial de FEtat-Major — exactement comme le chef du cabinet de Boisdeffre devait deux ans plus tard, à Paris, lui apporter à domicile le Verbe et le Drapeau de ce même Etat-Major.
Par un raffinement de rouerie tout je suitique, cet envoyé spécial avait su persuader à son confident qu'il courait, à le renseigner ainsi, comme par hasard, en
' le rencontrant « dans une maison amie », les plus graves dangers personnels. N'é-
. tait-ce pas se mettre en opposition avec le ministre lui-même ?
« J'ai eu avant-hier, écrivait llochc-
• « fort le C novembre, une lowjue con- •« versation avec un attaché du niinistre
■ * de la (juerre, de passage à Bruxelles '-* Je m'abstiens de donner son nom i( et même de préciser s'il est civil ou
'V militaire : le seul fait d'avoir échangé
« un coup de chapeau avec moi pouvant
« aujourd'hui briser une carrière. Tout
« ce que je me permettrai de confier à
« mes lecteurs, c'est qu'n. était venu
(.< PASSEH LE DIMANCHE A BRUXELLES, OÙ je
'« suis actuellement et où je l'ai ren- « contré dans une maison amie. Natu- « rellement, il n'a élé question entre ' nous que du capitaine Dreyfus, et mon ' interlocuteur m'A dépeint la stupéfac-
« TION DANS laquelle l' ATTITUDE LOUCHE
« DU <;É\ÉKAL Mercier avait plongé tout
«. LE PERSONNEL DE SON MINISTÈRE. Dcpuîs
« longtemps, en effet, m'a-t-il assuré, « le ministre soupçonnait ce Dreyfus, « qu'on essaye d'excuser au moyen « d'un prétendu roman passionnel.
« Dreyfus est et a toujours été un c< espion : voilà la vérité... "
L'excellent élève que le < Père » du Lac avait fait, en cet attaché militaire, venu à Bruxelles passer son dimanche!... Pour ce dig-ne jeune homme (était-ce d'aventure Pauffin de Saint-Morel en personne, et sa rapide fortune au cabinet de BoisdelTre ne daterait-elle point de cette « mission à l'étranger ^> ?) — pour ce digne jeune homme, « Mercier soupçonnait Dreyfus depuis longtemps », et c'est pourquoi «^ son attitude louche » plonge " maintenant " tout le personnel du ministère dans la stupéfaction... »
Tout le personnel du ministère, — entendez le seul personnel qui compte, c'est-à-dire l'Etat-Major, et dans l'Etat- Major, la coterie jésuitique, de BoisdelTre à Gribelin, en passant par Renouard, Gonse, Sandehr, Du Paty de Clam et Henry.
Suivent quelques détails fantaisistes, fournis par l'Escobar à éperons :
« Dans ces dernières années, poursuit l'informateur de Rochefort, les officiers français envoyés en mission à l'étranger constataient qu'ils étaient surveillés de très près, partout où ils débarquaient, de sorte que toutes leurs démarches et tous leurs mouvements s'y trouvaient
paralysés. On avait beau les changer :
leurs remplaçants étaient signalés dès leur apparition dans une ville. Malgré le « peu d'importance qu'il feint d'attribuer aux révélations du traître, le général Mercier en a été tellement inquiet qu'il a rappelé immédiatement à Paris, tous les officiers actuellement à l'étranger, même ceux qui sont en Pologne, où ils avaient été détachés auprès du général Gourko. Avertie par Dreyfus, la police italienne guettait à la frontière tous ceux de nos compatriotes à l'aspect militaire qui s'avisaient de la passer, et c'est ainsi que le capitaine Romani a été appréhendé à sa première halle hors de France. Dreyfus, qui pénétrait partout, qui était au courant de tout, a livré à l'Allemagne non seulement les « plans de mobilisation ", mais, chose peut-être encore plus grave, ce qu'on appelle (( l'horaire », c'est-à-dire la marche des trains avec leur destination, le jour et l'heure où ils amèneront des corps de
troupes dans un endroit déterminé
Maintenant que le secret a été éventé par le traître, il n'y aurait qu'à changer et à modifier le moins dangereusement possible la marche de l'armée. Seulement, savez vous combien ce changement de front exigerait de temps ? Trois ans, M PLIS M MOINS..., etc., etc. »
Tels sont les contes à dormir debout que l'envoyé de l'Elat-Major catholi(iue met en circulation en les coiiiiant au réfugié de Rruxelles.
Et puis, *« il y a à Paris un ofticier allemand » dont on veut bien encore, par discrétion, taire l'adresse et le nom, qui se termine en s/a... C-l-I homme, (jiie Mercier coanait bien, est le pivot de l'espionnage prussien. Tous les jours il reçoit des espions auxquels il donne ses ordres , dès rapports sur leur récolte quotidienne. <- .Notre ministre de la guerre n'ignore rien de ce travail international. (!) Il fait suivre et observer l'ofiicier tudesque dont il a tout le dossier
entre les mains et contre lequel lespreuves fourmillent. Mais, par peur des représailles allemandes, il n'a jamais osé faire arrêter ce chef d'espions qui,, spéculant sur la lâcheté de nos gouvernants, continue son travail sans presquese donner la peine de se cacher. »
Voilà comment parlent et écrivent ersi 189i, ceux qui accuseront la presse républicaine en 1898, d'outrages à l'arméedans la personne de ses chefs les plus compromis !
Si, bien, qu'on finit par se demandessi le véritable traître n'est pas Mercier,;, et non point Dreyfus, et si ce n'est pas-le ministre qui devrait être écroué au Cherche -Midi, sous un nom d'emprunt ?
Est-il besoin de répéter que les fables apportées à Rruxclles par l'envoyé spécial de Boisdelfre n'avaient pas le moindre fondement, qu'il n'y en a pas trace dans la procédure, et qu'à l'époque à laquelle se rapportent les arrestations d'agents français à l'étranger, notamment celles, de Degouy et Delguey-Malavas, le capitaine Dreyfus n'était même pas encore attaché au ministère de la guerre?
Et quant à l'atlaire Romani, qui l'a jamais prise au tragique?
Ces misérables impostures de TEtal- Major papalin ont néanmoins leur valeur documentaire. D'abord, parce qu'elles montrent à vif le procédé mis en œuvre pour ameuter l'opinion contre l'officier juif, et aussi parce qu'on les retrouve dans la Liltre Parole, parce qu'où les retrouvera plus tard dans les révélations sensationnelles du journal Y K— clair, et qu'elles sont en (|iielque sorte la signature propre de leur auteur.
Rien n'était épargné, d'ailleurs, pour exaspérer le sentiment public. Tandisque les journaux non inféodés à l'Etat- Major ne savaient rien, ne pouvaient, rien dire d'une accusation jusqu'à ce jour tenue secrète, ou d'un accusé jusqu'à ce jour sans histoire — les autres (^et ce n'étaient pas les moins répandus}
acciinuilaicnt sur rinforluné Dreyfus des avalanches d'imputations calomnieuses ou de renseignements mensongers,
u Aupliysi«]ue, disait!' un, très mal partagé, mais ne paraissant pas s'en douter, tant il avait une haute opinion de lui. De taille moyenne, roux, les yeux à fleur de tête, le nez accentué, la figure rouge, la tète dans les épaules et d'une myopie excessive. Très intelligent, point débauché, il inspirait à sa promotion plus de confiance en sa probité que de sympathie dans son caractère. Il était d'une nature orgueilleuse, qui le portait à une ostentation continuelle et universelle. 11 se flattait bien haut de son arg<^nt et de ses relations ; avait à l'école une chambre où il vivait seul, alors que la majorité des élèves-officiers vivait, au contraire, deux par deux:, et constituait des « binômes », suivant l'argot algébrique de la maison. Mais sa morgue n'en imposait pas; ses camarades, au contraire, le désignaient sous le sobriquet de Foiiss, dernière syllabe de son nom, prononcée à la ludesque. »
(( Quelques uns de ses camarades disait un autre , affirment qu'il s'était adonné au jeu. Le crime de haute trahison dont est accusé le capitaine Dreyfus, aurait donc pour motif l'argent. »
« Ni l'armée, ni le pays, écrivait Judet en tète du Petit Journal, n'admettraient qu'un Français ail pu oublier ses devoirs et son honneur au point de
livrer sa patrie Le peuple renie
Dreyfus comme compatriote ; les officiers protestent contre l'usurpation d'un grade conféré à un camarade qui s'est glissé, dans leur intimité par contrebande. Nous détestons les haines sociales, ferment maudit de g-uerres civiles. Nous sommes pourtant forcés de reconnaître que plusieurs Israélites ont gardé de leurs habitudes traditionnelles, a travers les siècles, une sorte d'internationalisme tenace...... Il est évident
que la nation entière désespérerait tle l'avenir, si elle se figurait ([u'un Français, de lignée indiscutable, est descendu à ces bassesses ignobles dont Tatavisme du capitaine Dreyfus n'a peut - être pas deviné toute l'horreur ! . . . »
Et la Libre Parole de renchérir :
« Ce que dit le Petit Journal n'est au fond que l'expression de ce que peusenl la majorité de nos compatriotes, depuis que Drumont a dénoncé le péril juif; dans les journaux les plus réfractaires jusqu'à présent à nos idées, on lit maintenant des déclarations de ce genre :
Shylock règne!... Il lrafH|ue sur tout; il
Judet.
Spécule sur les horreurs des chamjts de bataille, sur les larmes des mères; il vend la chair de nos enfants, de nos jeunes soldats, à l'ennemi impitoyable. »
Et Mores, entendant criur lurl d'ajouter assomme!
« Oui, mères françaises, pour se venger de notre patriotisme, les chefs occultes du judaïsme ont décidé qu'en la prochaine année Israël mangerait des azymes saturés de ce sany qae le sacrificateur tire des pauvres bébés chrétiens fini disparaisse?it de temps à autre d'un*' façon mystérieuse. Seulement, celle fois, ce sera une hécatombe, et ce sera par centaines qu'on saignera des enfants chrétiens pour la Pàque prochaine. Au
Gl
point OÙ. en sont les choses, il faut détruire les Juifs, les chasser jusqu'au dernier de chez nous, ou bien périr par
€ux!
Et le vicomte d'Hugues, des Basses- Alpes, s'illustre en demandant à la tribune de la Chambre u qu'on prenne contre les israélites un nouvel orlit de
Nantes ! )> — « Vous voulez parler sans doute de la révocation de l'édit de Nantes? » rectifie patcrnellementle président de r Assemblée.
Et le torrent fangeux grossit et roule, emportant avec lui toute notion de justice, tout instinct d'humanité, tout souvenir des di-nits sicrr's de l'accusé. C'est
Mercier : J'en ai assez d'èlre traité de a moule " tous les matins. (Dessin de H. -G. Ibels.
un infernal concert d'imprécations, de mensonges et d'inepties sous lequel une ou deux voix isolées qui protestent ne sauraient se faire entendre. L'auteur de cette étude, navré d'un déchaînement sans exemple, avait dit ses tristesses à vingt écrivains. Un seul, Emile Bergerat, osa s'en faire l'écho.
(( (Test allreux, savez-vous bien, écritil noblement, c'est affreux et digne dos (Jiaraïbes, cette justice sommaire, lumulluaire, aveugle, sourde et poltronne, qui décide du crime sur le seul fait de l'accusation, que dis-je ? sur la religion même de l'accusé !... Car on est allé jusque là, en France, terre d'hommes li-
Liv. 6 : L'Affaire Dreyfus illustrée.
r/AFFAIRE DREYFUS
bres et généreux... On refuse à Alfred Dreyfus le droit d'être innocent, alors qu'il n'est même pas jugé!... Voilà à quelles iniquités donne lieu la prévention morale!... Je ne prétends pas que le capitaine Dreyfus est innocent du crime qu'on lui impute, mais je pense qu'il a le droit de l'être, et tout est là ! »
Eh ! non, il n'a point le droit d'être innocent! Une presse cannibalesque le lui interdit, sous la dictée de l'Inquisition, et Mercier, prenant son parti, va l'interdire avec elle. Il faut le dire ici : la responsabililé de Mercier, dans ce crime juridi<}ue, est spéciale.
Hors l'Elat-Major papiste, un seul homme sait la vérité, toute la vérité.
C'est Mercier. Il connaît l'inanité de l'accusation. Il a dit en propres termes dans sa note officieuse, qu'il n'y rien à la charge de Dreyfus; il sait que Dreyfus n'a jamais connu les u plans de mobilisation » ni les « horaires ■» ; qu'il n'a rien eu à vendre et n'a rien vendu; il sait que les experts se contredisent sur le bordereau et que ce misérable bordereau n'est pas, ne peut pas être l'œuvre d'un oflicier d'artillerie breveté. Il sait que l'Etat-Major ment dans vingt journaux et fomente contre lui la plus insolente révolte, parce qu'il ne veut pas, lui, le chef de l'armée, livrer l'innocent que réclame la coterie jésuitique. Il pourrait, il devrait, certes, prendre une plume, signer une demi-douzaine de mandats d'arrêt et expédier à Forzinetli, dans un liacre à galerie, deux ou trois
officiers qui lui demandent de se déshonorer par une capitulation aussi abjecte en son genre que celles de ses vieux maîtres Bazaine et Trochu..
Mais il sait aussi qu'un acte d'indépendance morale lui coûtera son portefeuille.
La peau du Juif vaut-elle ce maroquin ?. . . Non. Pas aux yeux de Mercier. Périsse le Juif et sa race, périsse tout, plutôt qu'il soit, lui Mercier, un jour de plus, traité de « suppôt de la haute banque », par Drumont, et de « moule », par Rochefort!...
]\[ercier met bas les armes. Mercier amène son fanion.
Dès les premières heures du matin, il fait appeler Boisdeffre et consorts pour leur annoncer que la conviction s'est faite dans son esprit. Esprit méthodique et loyal en toutes choses, il a voulu être certain de la culpabilité de Dreyfus avant d'ordonner les poursuites. Maintenant, il ne doute plus de cette culpabilité — ou du moins, il estime que les présomptions sont de la plus haute gravité. Mais il n'est pas seul ministre ; l'autorisation de ses collèg'ues lui est indispensable pour signer l'ordre d'informer. Il va les convoquer par téléphone et leur demander l'autorisation.
Nous sommes au 7 novembre. L'envoyé spécial de Boisdeffre était àBruxelles le 4. Les hostilités se sont ouvertes le 2 entre l'Etat-Major et le chef de l'armée. Cinq jours de bombardement intensif ont suffi au Gesîi pour éteindre les feux de cette conscience d'artilleur.