VITE DES CONSÉQUENCES QU'ENTRAINERAIT « UNC PAREILLE DIVULGATION
(Voit-on la gravité de mettre dans le domaine public les pièces que l'inculpé est accusé d'avoir mis à la disposition de l'ennemi?)
« Le ministre de la guerre se conten- « tera donc de déclarer, par l'organe du « gouvernement, que la lettre seule du « capitaine Dreyfus (c'est-à-dire le bor- « dereau Esterhazy) est une preuve ac- « câblante de sa culpabilité, et que, « dans ces conditions, il importe à la « défense nationale que les documents « visés dans la lettre fournie par Dreyc( fus ne figurent point dans les pièces « sur lesquelles le Conseil aura à se « prononcer.
« Il sera également rappelé qu'il y a « huit ans le capitaine avait déjà des re- « lations suspectes, et que ses relations « coupables avec des femmes soupçon- (f nées d'espionnage ont continué de- « puis. »
Comme on le verra, il n'y a rien de tel dans l'acte d'accusation. Le huis clos commençait donc en quelque sorte avant le procès, sous la forme de calomnies répandues à dessein par l'Elat-Major sur le compte de Tinculpé, sans qu'il pût seulement les connaître, au moment où l'infortuné allait disputer dans les ténèbres son honneur et sa vie contre des accusations, d'ailleurs non moins imaginaires^ et se battre à tâtons contre des faux dont il ne soupçonnait même pas 'existence.