Le rapporteur juge ces « ré
Rapport.
interrogatoire, des réponses absolument incohérentes, telJes que celles-ci : « Les experts se trompent , la lettre-missive incriminée est celle d'un faussaire ; on a cherché à imiter mon écriture ; la lettre incriminée a pu être établie à l'aide de fragments de mon écriture, colligés avec soin, puis réunis^ pour former un tout qui serait cette lettre ; l'ensemble de la lettre ne ressemble pas à mon écriture ; on n'a môme pas cherché à 1 imiter.
Observations.
ponses » incohérentes. Elles sont l'image même, très sincère et très nette, des incertitudes et des opinions successives auxquelles les fragments d'accusation qui lui étaient opposés livraient l'esprit de l'infortuné capitaine, mis à la question jiar du Paty de Clam.
On lui montre d'abord une ligne où il croit vaguement reconnaître l'écriture du capitaine Brault. Il le dit, puis, après réflexion, rétracte ce dire et demande qu'il n'en soit pas tenu compte.
Une autre fois, du Paty de Clam lui montre des calques sur papier transparent de deux ou trois mots du bordereau et qui paraissent se superposer assez exactement sur les mots similaires pris dans des lettres de Dreyfus. Celui-ci s'écrie aussitôt :
« C'est extraordinaire!... on m'a volé mon écriture...
De là à développer mentalement cette donnée, à penser et à dire qu'on a pu colliger et décalquer des fragments de son écriture pour en faire un tout, la distance n'est pas grande. Mais l'accusé ne sait toujours pas qu'il s'agit du bordereau ou lettre-missive — il ne peut donc pas en parler, et le rapporteur ment une fois de plus en travestissant les réponses qu'il a pu faire alors.
Enfin, dans les derniers jours de l'enquête, le bordereau est montré à l'accusé, sous la forme d'une copie photographique. Aussitôt il s'écrie : « Mais ce n'est pas là mon écriture!... L'ensemble de la lettre 7ie ressemble même pas à mon éantin^el... on n'a même pas cherché à l'imiter !...
Et c'est l'évidence même. Il n'y a pas dans ces jugements successifs la moindre incohérence. Ils montrent la parfaite sincérité de l'accusé et sont d'une logique rigoureuse, correspondant au développement graduel des communications qui lui sont faites par son bourreau.
Rapport.
„ ^ 21. — DausTinterrogatoire qu'il a subi devant nous, les réponses du capitaine Dreyfus ont toujours été obtenues avec une grande difficulté, et il est facile de s'en rendre compte par le nom- •
bre considérable de mots rayés qui figurent dans \q procès-verbal.
« Quand le capitaine Dreyfus hasardait une affirmalion, il s'empressait généralement de l'atténuer par des phrases vagues ou embrouillées , essayant toujours, malgré toutes nos observations, de questionner ou d'engager la conversalion sans être d'ailleurs invité à formuler réponse.
« Ce système, si nous nous y étions prêté, aurait pu avoir des conséquences fâcheuses pour la forme même de l'interrogatoire, étant donné l'habileté du capitaine Dreyfus.
Pealant la su?pen;ion d'à iiie.ic3, les ialiscrjts esaniwis
« 22. — Si Ton compare les réponses que nous a faites le capitaine Dreyfus avec les dépositions de quelques témoins entendus, il en résulte cette péni-
Observations.
21. — Le véritable lorl da capitaine Dreyfus fut de répondre un seul mot à cet interrogatoire abominable et secret. Le « nombre considérable de mois rayés » au
procès-verbal prouve simplement que le greffier déformait o* exagérait le sens et la porlée de ses réponses, comme il arrive toujolus en pareil cas, et qu'il était nécessaire d'en corriger le texte avec le plus grand soin, à la lecture.
Le tortionnaire questionné par le torturé : voilà encore ce qui choque le rapporteur comme une hérésie damnable 1 II considère qu il a 1 ; droit de poser à Dreyfus les questions les plus saugrenues, auxquelles celui-ci sera tenu de répondre sur r heure, en style lapidaire et sans retouches; il ne saurait admettre que Finculpé se permette la liberté grande de questionnera son tour, de demander à savoir de quoi on l'accuse, ou « d'engager la conversation » sans être formellement invité à formuler réponse. Telle est l'idée que se font delajustice les juges d'instruction militaire, pour ne rien dire de la plupart des juges civils I
risté jar la tibk Ja CjissU (Djjui di H. -G, ID2LS].
Évidemment, l'infortuné rapporteur a craint un instant de passer du rôle d'accusateur à celui d'accusé.
Mais il s'est repris, et de
sa plus grosse voix a rappelé l'inculpé à la pudeur.
22. Allégation sans preuve et qui ne correspond à rien dans les dépositions des témoins. Le rapporteur en est réduit à donner une « impression », à dé-
Rapport.
ble impression qu'il voile souvent la vérité et que, toutes les fois qu'il se sent serré de près, ils^en tire sans trop de difficulté, grâce à la souplesse de son esprit.
(( § 23. — En somme, il résulte de la déposition de plusieurs témoins que le capitaine Dreyfus a attiré sur lui la juste suspicion de ses camarades qui le lui ont montré d'une façon bien nette : comme
le capitaine Boullenger, en ne répondant pas aux questions indiscrètes qu'il lui posa sur des affaires secrètes ou confidentielles qu'il traitait ; ou encore comme
le capitaine Besse, qui le voyant travailler dans son bureau le 8 septembre dernier sur du papier particulier au lieu de le faire sur un document similaire à celui qu'il avait à mettre jour, lui en fit l'observation ;
ou encore le capitaine Maistre, lui disant qu'il lui communiquerait les travaux confidentiels dont il pourrait être chargé, mais sur place et dans son bureau seulement.
Il semble que ce système de furetage, de conversations indiscrètes voulues, d'investigations en dehors de ce dont il était chargé, que pratiquait le capitaine Dreyfus, était surtout basé sur la nécessité de se procurer le plus de renseignements divers possibles, oraux ou écrits, avant de terminer son stage à l'Etat-Major de l'armée. Cette altitude est louche, et, à nombre de points de vue, présente une grande analogie avec celle des personnes qui pratiquent l'espionnage.
Aussi, en dehors de la similitude remarquable de l'écriture du capitaine Dreyfus avec colle du document incriminé, cette attitude a été un facteur
Observations.
faut de preuve. Celte impression repose exclusivement sur son propre parti pris de voir un coupable dans l'officier irréprochable qu'il a devant lui.
23. C'est du Paly de Clam qui avait systématiquement créé cette suspicion contre l'officier Israélite, dans les bureaux de la guerre, immédiatement avant l'enquête, par des insinuations répétées.
Dreyfus s'était borné à lui demander, en le rencontrant dans un couloir : — Quoi de nouveau au 4" bureau?
Le capitaine Dreyfus travaillait sur la carte même qui lui avait été remise par le commandant Mercier-Milon. Le fait a été établi.
Le capitaine Marstre échangeait avec son collègue Alfred Dreyfus des travaux personnels et non confidentiels, notamment sur le jeu de la guerre. Fait établi
Au lieu de dire furetages, conversations indiscrètes — il fallait dire curiosité scientifique, désir intense de s'instruire sur tous les détails de sa profession, ferme résolution d'apprendre à l'Etat- Major tout ce qu'un officier a besoin de savoir pour se préparer au commandement. Il n'y a rien de louche dans cette attitude, et si elle peut, en effet, être confondue avec celle des personnes qui pratiquent fespionnage, c'est un malheur, mais ce n'est pas un crime.
Aveu formel et capital, qu'en dehors de celle « altitude » prétendue et du « document incriminé », qu'on lui attribue faussement — il n'y avait rien contre
Rapport.
sérieux à son passif, lorsqu'il s'est agi de le mettre en état d arrestation et d'instruire contre lui.
« § 24, — La conduite privée du capitaine Dreyfus est loin d'être exemplaire. Avant son mariage, depuis 1884 notamment on le trouve en relations galantes avec une femme X..., plus âgée que lui, mariée, riche, donnant des repas auxquels il est convié, car il est l'ami de M. X..., négociant à Paris. Les relations dont il vient d'être parlé durèrent fort longtemps.
A la même époque, le capitaine Dreyfus est également en relations avec une femme Dida, aussi plus âgée que lui, mariée, fort riche, qui a la réputation de payer ses amants et qui, à la fin de 4890, fut assassinée à Yilie-d'Avray par Wladimiroff. Le capitaine Dreyfus, qui était alors à l'Ecole de guerre et qui
venait de se marier, fut cité comme témoin dans cette scandaleuse affaire, jugée par la cour d'assises de Versailles le 25 janvier 1891.
Pendant son séjour à l'Ecole de pyrotechnie de Bourges, il a pour maîtresse une femme mariée ; il en a une autre à Paris, également mariée, et qu'il rencontre quand il y vient.
En dehors de ces relations, avouées par le capitaine Dreyfus, parce qu'il n'a pu les nier, il était, avant son mariage ce qu'on peut appeler un coureur de
Observations.
le capitaine Dreyfus lorsqu'il s'est agi
DE LE METTRE EN ÉTAT d'aRRESTATION. (Mais,
depuis, Henry s'est employé à corser le dossier.)
24. Cette partie do l'acte d'accusation en est peut-être la plus affligeante. Voir un officier, devant un conseil de gueiTe — tirer de deux ou trois aventures galantes, contre un autre officier, la conclusion que celui-ci est un traître — c'est un de ces miracles d'hypocrisie oti se révèle la main du jésuite. Quel est celui des juges, quel est celui des témoins, quel est celui des spectateurs militaires qui aurait pu échapper à une telle imputation? Quelle est l'armée européenne où elle ne ferait pas sourire ? Schopenhauer lui-même, qui dînait tous les jours à table d'hôte avec les officiers de la vertueuse Allemagne, n'a-t-il pas parié, pendant dix ans, un frédéric d'or, que ces officiers ne passeraient pas un quart d'heure sans parler « femmes ou chevaux »?
il fut cité comme témoin et déclara n'avoir jamais eu, avec M""^ Dida, que des relations mondaines ordinaires. Il paraît qu'aux yeux de la justice militaire , figurer comme témoin dans un procès équivaut au rôle d'accusé.
En quoi la circonstance du mariage, chez ces dames , est-elle aggravante pour l'accusé ?
Encore une idée de jésuite, demandant assidûment, au confessionnal, s'il s'agit d'une « femme mariée », parce qu'en ce cas, prévu h. la. Somme des péchés, la redevance en patenôtres sera plus forte.
Il faut être singulièrement à cour t de preuves contre un officier pour l'interroger assidûment sur de pareilles sornettes. A remarquer la formule « avouées
Rapport.
femmes, il nous l'a d'ailleurs déclaré au cours de son interrogatoire.
Depuis son mariage a-t-il changé ses habitudes à cet égard? Nous ne le croyons pas, car il nous a déclaré avoir arrêté la femme V... dans la rue, en
Observations.
parce qu'il n'a pu les nier ». Le capitaine Dreyfus pouvait donc nier les autres charges ?
Tonjours le même relent de confessionnal et le besoin de fourrer le nez où il n'a que faire, caractéristique du « directeur de conscience ».
^^^k'^C A^ tA^ /OtAi COUTAI g^ y^K. ^V-^ >Sft*^
^ ^y^^'^'^d^ A ^ ytuuiAjt,^
flUK/^^^^L
oupUs>^
^ ^A^ yij^^JuL e^ /Ha4<*^U4^U%
Écriture du bordereau (t)e?"so\
1893, et avoir fait la connaissance de la femme Z . au concours hippique, en
1894. La première de ces femmes est Autrichienne.
... Parle bien plusieurs langues, surtout l'allemand;
Grave reproche aux yeux de l'autorité militaire. On Ta déjà opposé à Dreyfus. Onr l'opposera à Picquart. Savoir l'aile-
Rapport.
Observations.
mand est couramment considéré comme présomption d'espionnage, quoi qu'on l'exiffc aux examens.
t-Vx^
Uy
•Wl
Écriture d'Alfred Dreyfus (uerso).
. . Elle a un frère officier au service de l'Autriche;
Autre présomption grave ! Il n'est pas permis d'avoir un frère au service de l'Autriche. Mais ce qu'il y a de pis, c'est d'avoir un frère résidant à Strasbourg ou à Melz. Dans la poétique du
Rapport.
... C'est une femme galante, quoique déjà âgée, le commandant Gendron nous l'a déclaré.
« Le capitaine Dreyfus lui a indiqué sa qualité, l'emploi qu'il occupait, lui a écrit et lui a fait des visites et finalement s'est relire parce qu'elle ne lui a pas paru catholique {sic).
... Ensuite il l'a traitée de sale espionne. Et, après son arrestation,, son esprit est hanté par l'idée qu'elle l'a trahi.
Observations.
Gésù, on ne doit pas être Alsacien, c'est malséant, inconvenant et suspect. Si l'on ajoute à cette imprudence celle d'avoir opté pour la nationalité française, de savoir l'allemand et d'avoir conservé des intérêts ou des parentés en Alsace, on est mûr pour l'ile du Diable.
Pourquoi le commandant Gendron n'est-il pas accusé de haute trahison, s'il connaît, lui aussi, cette femme, et si le fait de la connaître constitue une présomption contre le capitaine Dreyfus ?
En quoi tout cela implique-t-il trahison chez le capitaine Dreyfus? C'est, au contraire, la conduite d'un officier correct et loyal; il se retire, dès qu'il a sujet de comprendre qu'il a mal placé ses affections. Le général de Cissey, qui n'a jamais passé en conseil de guerre, savait fort bien ce qu'était la KauUa et, loin de la quitter, il laissait traîner chez elle son portefeuille ministériel.
Preuve directe de la parfaite innocence du capitaine Dreyfus, ajoutée à tant d'autres preuves indirectes. Arrêté et mis au secret sous une inculpation qu'il ignore, il cherche assez naturellement l'explication de cette aventure.
Retrouvant dans ses souvenirs l'image d'une femme g'alante qui lui avait laissé l'impression d'une espionne et qu'il avait quittée aussitôt, illui vient à la pensée que cette arrestation est peut-être un tour de sa façon. L'hypothèse n'a rien d'absurde. Le rapporteur y voit une chimère, parce qu'il sait bien, lui, que cette femme n'est rien dans l'affaire. Le capitaine Dreyfus est moins bien renseigné. Mais la supposition même qui le hante, montre combien il est loin de soupçonner la vérité. Très sottement, le rapporteur fournit donc le meilleur argument qu'il puisse apporter à la défense.
ET SP:S HESSOHTS SECIIETS
l-iS
Un mur derrière lequel il se pa>se quelque ciiose {Dessin de COUTURIER).
Livr. 13 : L'Affaire Dreyfus illustrée.
lie
Rapport.
<- § 24. — En ce qui concerne la femme Z... Bien que le capitaine Dreyfus prétende n'avoir jamais eu avec elle que des relations passagères, il est permis de croire le contraire, si on se réfère aux deux faits ci-après reconnus exacts par lui au cours de son interrogatoire : 1° une lettre écrite en juillet ou août dernier au capitaine Dreyfus, se terminant par ces mots « à la vie à la mort ! » 2° qu'il y a environ quatre mois, il a proposé à la femme Z... de lui louer une villa pour l'été, à la condition qu'elle serait sa maîtresse. L'idée du capitaine Dreyfus en lui faisant cette offre était sans doute défaire cesser ses relations avec un médecin qui l'entretenait (!!!) La femme Z... était mariée ou passait pour l'être...
... Le capitaine Dreyfus nous a déclaré avoir rompu avec elle parce qu'il s'était aperçu qu'elle en voulait plutôt à sa bourse qu'à son c.œur (sic).
u § 25. — Bien que le capitaine Dreyfus nous ait déclaré n'avoir jamais eu le g'oùt du jeu, il appert cependant des renseignements que nous avons recueillis à ce sujet qu'il aurait fréquenté plusieurs cercles de Paris où Ton joue beaucou}». Les cercles-tripots de Paris, lois que le NVasliington-Club, leBelting- Club, les cercles de l'Escrime et de la Presse n'ayant pas d'annuaire et leur clientèle étant eu général peu reconimandable. les témoins que nous aurions
Observations.
2L Le rapport tourne b.\i Décaméron.
Quelle lumière ces histoires grotesques peuvent elles apporter à la justice? Il faut le sadisme dévot d'un du Paty de Clam, pour s'arrêter à ces contes de lavandière et pour leur donner place dans un acte d'accusation.
Tout cela était tiré, d'ailleurs, de rapports de police non datés et non signés. Le capitaine Dreyfus en avait si peu reconnu l'exactitude, qu'il la nia formellement, aux débats, et que le commisaire Brisset s'empressa de battre en retraite.
Le but de cette misérable exhibition parait avoir été d'établir que le capitaine Dreyfus avait des dépenses secrètes, non portées aux livres du ménage et, par conséquent, des ressources secrètes aussi. Donc, il trahissait et demandait ces ressourcesà Schwarzkoppen! C'eslpurement inepte.
En ce cas, que devient le système delà trahison servantàalimenter un goùl morbide pour les femmes mariées? S'agit-il de souligner indirectement l'ignoble insinuation, contenue dans un paragraphe antérieur du rapport, que le capitaine Dreyfus aimait plus particulièrement les femmes mariées et riches, afin de dîner chez elles? Mais alors, la thèse des ressources spéciales demandées à la trahison n'a plus de sens. . .
2o. C'est le banal rapport de police, toujours fait sur modèle uniforme (le coût est de G fr. 2o, dont 2 francs pour le déjeuner de l'inspecteur) : « joueur, coureur de femmes, fréquente les tri-
])OtS. »
Avec un pareil système, on pourrait toujours énoncer dans un acte d'accusation les allégations les plus calomnieuses et c'est ici le cas. Il est certain que le capitaine Dreyfus n'était pas joueur. Tous les joueurs de Paris se connaissent et au-
Rapport.
pu trouver auraient été très suspects ; nous nous sommes par suite dispensés d'en entendre.
" § 2(). — Détails sur la famille et la carrière militaire du capitaine Dreyfus, précédemment dressés d'après le texte même de l'acte d'accusation, et qu'il serait oiseux de reproduire.
i< § 27. — Lors des examens de sortie de l'Ecole de guerre, le capitaine Dreyfus a prétendu qu'il devait à la cote^dite d'amour, d'un général examinateur, d'avoir eu un numéro inférieur à celui qu'il espérait obtenir : il chercha alors à créer un incident en réclamant contre cette cote, et partant contre le général qui la lui avait donnée. Il prétendit que cette cote, qui était o, lui avait été donnée de parti pris et en raison de la religion à laquelle il appartient ; il attribua même au général examinateur en question des propos qu'il aurait tenus à ce sujet. L'incident qu'il créa n'eut pas la suite qu'il espérait ; mais, depuis cette
Observations.
raient pu en porter témoignage. La liste des habitués des cercles énumérés, si elle n'est pas imprimée sous forme d'annuaire, est obligatoire pour tous les tripots et tenue à jour par la police des jeux. Il n'y a rien de plus aisé à consulter pour un juge d'instruction. On ne saurait douter que le rapporteur du premier conseil de guerre et, avant lui, du Paty de Clam n'eussent acquis la certitude que Dreyfus n'était pas joueur et qu'il disait vrai, en affirmant qu'il était allé une seule fois au Cercle de la Presse, huit ans plus tôt, pou?- y dîner. Mais, ayant fait grand bruit de ce mobile prétendu de trahison, ayant intérêt à ne pas le supprimer directement, l'accusation se contente de l'écourter, en alléguant l'impossibilité chimérique des vérifications. C'était chose possible à huis clos. Cela n'eût pas tenu une heure en audience publique ; vingt journaux auraient crié au mensonge.
27. Ceci est le second mobile hypocritement assigné à la prétendue trahison du capitaine Dreyfus. Après avoir adroitement cherché dans la passion du jeu, puis dans la passion des femmes des causes de pénurie tout à fait imaginaires et contredites par les comptes mêmes du ménage, on se rejette sur une autre thèse. Dreyfus serait une sorte de petit Coriolan, exaspéré contre son ingrate patrie et résolu à se venger d'elle. Cette histoire, pas plus que la première, ne supporte l'examen. Dreyfus traitait d'infamie la conduite de son examinateur. Ce n'est pas le premier ni le seul candidat qui en ait fait autant.
LAFFAIRE DREYFUS
Observations.
époque, il n'a cessé de se plaindre, se disant victime d'une injustice qu'il traite même à l'occasion dinf'amie.
« 11 est à remarquer que la cote dont se plaint le capitaine Dreyfus était secrète ; on s'étonne, cà bon droit, qu'il ait pu la connaître, si ce n'est par une indiscrétion qu'il a commise ou provoquée. Comme l'indiscrétion est le propre de son caractère, nous n'avons pas lieu de nous étonner qu'il ail pu connailro cette cote secrète.
« 5^ 28. — Les noles^successives obtenues par le capitaine Dreyfus dépuis son entrée au service sont généralement bonnes, quelquefois même excellentes, à l'exception de celles qui lui ont été
Observations.
Les a-t-on jamais accusés de trahison sous un prétexte aussi futile ? Il n'a jamais cessé d'aimer et de servir sa patrie, et ses accusateurs n'ont jamais établi contre lui l'ombre d'une preuve sérieuse.
Que signifie cette remarque? Veutelle faire supposer que le capitaine Dreyfus a connu cette note secrète par l'Allemagne ? Ce serait attribuer à celte puissance un service de renseignements singulièrement bien conduit. L'affaire est plus simple : le rapporteur ne sait ce qu'il dit ou ne veut pas dire ce qu'il sait.
La cote 5 avait été attribuée au capitaine Dreyfus parle général Bonnefond, qui l'avait déclaré lui-même, loin de s'en cacher, et s'en était vanté comme d'une œuvre pie. Les propos tenus par Bonnefond avaient permis à Dreyfus, sans qu'il y eut la moindre indiscrétion de sa part, de connaître cette cote et de s'en plaindre à son chef le général Lebellin de Dionne. Tel est « l'incident qu'il créa ».
Interrogé sur ce sujet par le rapporteur d'Ormescheville, Dreyfus lui conta lallaire, aussitôt le rapporteur lui donna lin démenti en le menaçant de citer comme témoins les généraux lionnefond el Lebeilin de Dionne. Dreyfus déclara qu'il en serait fort aise. Sur quoi, les deux généraux, qui auraient assurément confirmé ses dires, ne furent pas assignés et d'Ormescheville, avec la collaboration de du Paty, donna de l'incident la version qui se trouve au Rapport.
28. — Le capitaine Dreyfus, ainsi que le constate le Rapporteur, n"a jamais eu de notes défavorables qu'au 4" bureau, qui avait pour chef le colonel Fabre.
< >r., le colonel Fabre voyait tout par les
Rapport.
données par M. le colonel Fabre, chef du i^ bureau de rElat-Mnjor de l'armée.
« v; 29. — En ce qui concerne les voyages du capitaine Dreyfus, il résulte de ses déclarations à l'interroaatoire qu'il pouvait se rendre eu Alsace en cachette à peu près quand il le voulait, et que les autorités allemandes fermaient les yeux sur sa présence. Cette faculté de voyager clandestinement qu'avait le capitaine Dreyfus contraste beaucoup avec les difficultés qu'éprouvaient, à la môme époque et de tout, temps, les ofticiers ayant à se rendre en Alsace pour obtenir des autorisations ou des passeports des autorités allemandes.
« Elle peut avoir une raison que le peu de temps qu'a duré l'enquête ne nous a pas permis d'approfondir.
« § 30. — En ce qui concerne les insinuations du capitaine Dreyfus sur des faits d'amorçage qui se pratique-
Observations.
yeux de sou subordonné le commandant Berlin, qui de prime abord, par l'unique raison que Dreyfus était Israélite, lui avait témoignai l'aversion aveugle dont les jésuites n'ont pas le monopole, mais^ qui est leur caractéristique et fait partie de leur doctrine.
A noter : le colonel Fabre, seul chef hiérarchique d'Alfred Dreyfus qui lui eût jamais donné des notes défavorables est précisément le premier officier de l'Etat Major qui ait prétendu reconnaître, dans l'écriture du bordereau, la main de Dreyfus. Il est d'ailleurs probable que cette idée lui avait été suggéré ou soufflée par du Patty de Clam.
Nouveau mensonge. Il ne résulte
nullement de ses déclarations à l'interrogatoire que le capitaine Dreyfus jiouvait se rendre en Alsace en cachette à peu près quand il le voulait et que les autorités allemandes fermaient les yeux sur sa présence. Il résulte de ses déclaralions précisément le contraire.
1" En sept ans, le capitaine Dreyfus est allé en Alsace quatre fois, dont une à l'occasion de la mort de son père.
2° Depuis la loi sur les passeports (1886) il s'est vu constamment refuser par les autorités allemandes les passeports qu'il demandait.
3° A trois reprises, il est entré clandestinement en Alsace en passant par la Suisse et en prenant soin de ne pas S3 montrer au dehors pendant son séjour à Mulhouse.
L'insinuation impliquée par cette remarque manque de toute base, de toute preuve; c'est une infamie du rapporteur, parmi tant d'autres infamies.
30. — Jnmais le capitaine Dreyfus, ni à l'instruction, ni ailleurs n'a fait la moindre allusion à des faits d'amorçag-e.
Rapport.
raient, selon lui, au minislèie de la guerre, ell«^s nous semblent avoir eu pour objet de lui ménager un moyen de défense s'il était arrêté un jour porteur de documents secrets ou conlidcntiels.
« C'est sans doute cette préoccupation qui Ta amené à ne pas déguiser davantage son écriture dans le document incriminé.
" Parcontre,lesquelques altérations volontaires qu'il y a introduites ont eu pour objet "de lui permettre de l'arguer de faux pour le cas plus improbable où le dociiment, après être parvenu à destination, ferait retour au ministère, par suite de circonstances non prévues par lui.
CD
^*^ •*i^£i^>«^ yf^^ di^,,^ ^
^ cl'o^<:^^