LA FORTERESSE D
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Observations.
Aucun témoin ne l'a allég-ué. La thèse de l'amorçage qui lui est mensongèrement attribuée était celle de Mercier, (rapportée par du Paty de Clam) qui, d"abord, voyait làuneexplication possible poulies faits mis à la charge de Dreyfus et qui suggérait cette hypothèse.
Quant à l'accusé, il n'en n'avait jamais dit un mot ; il n'avait jamais cherché un moyen de défense quelconque pour un crime absolument imaginaire ; il n'avait pas à craindre d'être trouvé porteur de documents , n'en ayant jamais détourné.
« Ne pas déguiser davantage son écriture » restera le chefd'œuvre de ce rapport monumental, étaii I donné que l'écriture est celle d'Esterhazy.
C'est, en résumé, la thèse de Bcrtillon.
Inepte et folle avant les découvertes relatives à Esterhazy, elle devient criminelle après ces découvertes.
-ON (Fac similé).
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I/AFFAIRE DREYFUS
Rapport.
(( § 31. — Quant aux preuves relatives à la connaissance qu'avait le capitaine Dreyfus des actes ou documents incriminés dans la lettre-missive incriminée et qui Font accompagnée, le premier interrogatoire aussi bien que celui qu'il a subi devant nous établissent, malgré les dénégations subtiles qu'il y a opposées, qu'il élait parfaitement en mesure de les fournir.
« § 32. — Si nous examinons ces notes ou documents, nous trouvons d'abord la note sur le frein hydraulique du J20. L'allégation produite par le capitaine Dreyfus au sujet de cet engin tombe, surtout si Ton considère qu'il lui a suffi de se procurer, soit à la direction de l'artillerie, soit dans des conversations avec des officiers de son arme, les éléments nécessaires pour être en mesure de produire la note en question.
« § 33. — Ensuite vient une note sur les troupes de couverture, avec la restrictive que quelques modifications seront apportées par le nouveau plan.
Il nous parait impossible que le capitaine Dreyfus n'ait pas eu connaissance des modifications apportées au fonctionnement du commandement des troupes de couverture au mois d'avril, le fait ayant eu un caractère confidentiel, MAIS NON ABSOLUMENT SECRET, et IcS
officiers employés à l'Etat -Major de l'armée ayant par suite pu s'en entretenir entre eux et en sa présence.
« § 3i. — En ce qui concerne la note sur une modification aux forma-
Observations.
31. — \ix\ fait, les documents énumérés au bordereau étaient, comme on Ta montré pins haut, sans grande valeur propre — bien inférieurs en tout cas à d'autres documents livrés (avant et après) par Esterhazy et llonry, sinon pai; I N co:\ipi.i(.E PLUS ÉLEVÉ EN GHADE. Lc Capitaine Dreyfus aurait cerles été en mesure de se les procurer, comme un très grand nombre d'autres officiers. Mais il est certain qu'un officier d'artillerie n'aurait jamais commis l'erreur capitale relative au 120. Et cela suffit à infirmer la thèse de l'accusation.
32. — Le capitaine Dreyfus niait en bloc, el avec toute raison, qu'il eut possédé les documents énumérés. C'était vrai pour le « frein hydraulique du 120 » comme pour les autres : d'autant plus vrai, que la dénomination surannée donnée par Esterhazy au nouveau frein devait particulièrement dérouler un artilleur au courant des derniers perfectionnemenls. Il donnait à cet égard des explications techniques, incompréhensibles pour l'ignare d'Ormeschevilk', qui les qualifiait de <( subtiles ». (§ 31.)
33. — L'auteur du bordereau (Esterhazy) ne donne pas les modifications apportées au nouveau plan de fonctionnement et au commandement des troupes de couverture. Il dit, en forme de parenthèses, quff^des modifications seront apportées à ce nouveau plan. Comme lui et beaucoup d'autres, Dreyfus peut avoir entendu parler de ces modifications projetées sans en connaître la teneur.
Ne les connaissant pas, il ne peut pas dire qu'il les connaît pour être agréable à l'accusation. Elle en conclut qu'il ne dit pas la vérité. Celle vérité est pourtant évidente.
34. — Le rapporteur, qui en est réduit ta formuler une hypothèse sur le sens
Rapport.
lions de rartillerie, il doit s'agir de la suppression des pontonniers et des modifications en résultant. Il est inadmissible qu'un officier d'artillerie ayant été employé au premier bureau de l'État- Major de l'armée ait pu se désintéresser des suites d'une pareille transformation au point de l'ignorer quelques semaines avant qu'elle ne devienne officielle.
« î; 35. — Pour ce qui est de la note sur Madagascar, qui présentait un grand intérêt pour une puissance étrangère si, comme tout le faisait déjà prévoir, une expédition y avait été envoyée au commencement de 4895, le capitaine Dreyfus a pu facilement se la procurer.
u En effet, au mois de févi'ier dernier, le caporal Bernollet, alors secrétaire de M. le colonel de Sancy, chef du 2" bureau de rÉlat-Major de l'armée, fit un travail d'environ vingt-deux pag'es sur Madagascar, dans l'antichambre contiguë au cabinet de cet officier supérieur. L'exécution de cette copie dura environ cinq jours, et, pendant ce laps de temps, minute et copie furent laissées dans un carton placé sur la table-bureau du caporal précité, à la fin de ses séances de travail. En outre, quand, pendant les beures de bureau, ce gradé s'absentait momentanément, le travail qu'il faisait restait ouvert et pouvait par suite être lu, s' il ne se trouvait pas d'officiers étrangers au deuxième bureau ou incontk nus de lui dans l'antichambre qu'il occupait.
« Ce gradé, nous a déclaré, dans sa déposition, mais sans précision de dates, (jue le capitaine Dreyfus, qu'il connaissait, était venu quatre ou cinq fois dans cette antichambre pour voir M. ,1e colonel
Observations.
probable de cet article du bordereau,, s'étonne que l'accusé n'en sache pas, à cet égard, plus long que lui et ne chercbe pas à deviner ce que signifie cet article. Même observation qu'au § 33.
Se refuser à traduire le jargon inexact d'Esterhazy, c'est pour le rapporteur « se désintéresser des suites, etc.».
L'accusé se désintéressait surtout du bordereau, et il faut être aveugle pour lui en faire un reproche.
33, Le bordereau ne dit rien de tel et ne permet pas de déterminer cequ'était, en réalité, la note sur Madagascar.
Cette anecdote capitale et naïve est la moralité du prétendu secret des pièces confidentielles, au ministère de la guerre. Cissey les laissait traîner dans le cabinet de toilette de la Kaulla. Ici, un caporal chargé de les copier fait ce travail dans une antichambre de colonel, les laisse cinq jours dans un carton banal, va fumer sa cigarette en le& abandonnant ouvertes sur son bureau.
Puis il faut que ce soit le capitaine Dreyfus, et non le premier venu, qui en ait pris connaissance et les mentionne au fameux bordereau ! . . .
Le caporal liernollin se rappelle avoir vu quatre ou cinq fois le capitaine Dreyfus dans l'antichambre du colonel de Sancy. Ce n'est assurément pas dans ces occasions que le capitaine Dreyfus
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LAFFAIRE DREYFUS
Rapport.
de Sancy^ pendant qu'il faisait son stage à la section allemande.
« Ce document a encore pu être lu par le capitaine Dreyfus quand il a été réintégré à la section anglaise, qui s'occupait alors de Madagascar, en raison de ce qu'il a été placé temporairement dans un carton de casier non fermé.
« § 36. — Quant au projet de manuel de tir de l'artillerie de campagne du 1 4 mars 1894, le capitaine Dreyfus a reconnu, au cours de son premier interrogatoire, s'en être entretenu à plusieurs reprises avec un officier supérieur du deuxième bureau de F Etat-Major de l'armée.
" § 37. — En résumé, les éléments de l'accusation portée contre le capitaine Dreyfus sont de deux sortes : éléments moraux et éléments matériels.
« Nous avons examiné les premiers.
« Les seconds consistent dans la lettre missive incriminée, — dont les
Observations.
a pu copier le manuscrit confié à Bernollin.
Par contre, le commandant Henry, ami personnel d'Esterhazy, appartenait précisément au service du colonel de Sancy; il venait tous les jours, plusieurs fois par jour, à toute heure, dans cette antichambre, et savait tout ce qui se passait au 2' bureau, en étant l'homme à tout faire.
Voilà un manuscrit qui voyage beaucoup dans les carions non fermés. C'est la princesse de Babylone des documents secrets.
36. Le capitaine Dreyfus a connu ce projet de manuel de tir avec cinq cents autres officiers d'artillerie. Il ne s'en défend pas, mais il déclare n'en avoir jamais eu d'exemplaire.
L'officier est le commandant Jeannel.
L'accusé a vainement demandé qu'il fût entendu comme témoin : sa requête est restée sans eilet.
N. B. — Non seulement il est établi aujourd'hui où et comment qu'Esterhazy s'était procuré ce manuel de tir, mais il est également établi qu'il se l'était procurée l'aide d'un faux, en imitant l'écriture de son colonel. Cet officier a été saisi de laffaire et ne lui a point donné de suite, parce qu'il savait Esterhazy soutenu en haut lieu.