‹ L'affaire Dreyfus. Violence & raisonChapitre 21 sur 44 · POUR L'HONNEUR XXXIII · texte numérisé non relu

POUR L'HONNEUR XXXIII

cette affaire. Les hommes ne sont point si ver* tueux ni si criminels qu'ils apparaissent parfois au prime abord, avant qu'on ait pénétré les mobiles réels de leurs actes. Comprendre^ c'est bien souvent pardonner. Que de drames peut-être dans certaines de ces consciences, que de combats intérieurs! Pour juger impartialement, avec raison et humanité, ces galonnés et ces ministres qui montrèrent un tel acharnement contre la vérité^ il faudrait reprendre l'affaire des son débuts en établir la genèse, expliquer la psychologie de ces coquins malgré eux, coquiîis peut-être par excès de fatuité, si étrange que cela soit. A tant de braves gens qui refusent de se rendre à r évidence, parce qu'ils ne peuvent admettre que ces soldats dont le passé fut sans tache mentent, commettent le crime de protéger un coupable contre un innocent, il faudrait expliquer comment, par quelle sorte de fatalité, par quelle succession de fautes, quelle déviation progrès*

XXXIV POUR L'honneur

sive de la conscience^ ces hommes d'honneur se sont mis dans cet abominable cas, dans ^obligation d'être imposteurs, iniques, pour ne point s'effondrer sous lé mépris public.

Il eût été aisé, d'abord, d effacer la tax^he, sans que thonneur de personne en souffrît, car il n'y eut, à V origine de ce drame, que le fanatisme criminel de M. du Paty de Clam^ la sottise du général Mercier et la bonne foi abusée d'un Conseil de guerre. C'est pour n'avoir pas voulu le reconnaître franchement, simplement, que les choses se sont compliquées et aggravées d'une façon effroyable^ que de mensonge en mensonge, ils furent entraînés aux pires infamies, pris dans un formidable engrenage. Voilà comment d'honnêtes gens devinrent des scélérats, par excès d'orgueil, par vanité mal placée, pour n'avoir pas voulu avouer, quand il en était temps encore, qu'ils s'étaient trompés ou qu'ils avaient été trompés comme de simples mortels.

POUR l'honneur XXXV

// en résulte que toute tentative de conçu liation est désormais impossible, L issue de la lutte entraînera, pour le vaincu^ la flétrissure définitive. Onne peut plus songer à s'épargner à Vheure où nous sommes. La partie est trop engagée, de part et d'autre, trop de blessures saignent dans les deux camps.

Sans doute, nous sommes les premiers à déplorer un tel état de choses, qui divise et trouble le pays, surexcite les haines, crée de V irréparable. Mais à qui la faute? Est-ce à nous qui, avec calme d'abord, sans insulter personne, sans soupçonner la bonne foi de nos adversaires, ne demandions que la justice et la lumière? Ou bien est-ce à ces hommes qui, dès le premier jour^ nous ont répondu par d'atroces outrages, ont aggravé l'erreur initiale, pour la défendre , — j'entends l'erreur du Conseil de guerre — d'une série de méfaits, de telle sorte que l'erreur est devenue crime?

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